Yves Cuilleron, un granit au cœur de Viognier

01/02/2016 - Au premier regard, j’ai eu l’impression d’être devant un bloc de granit. Mais dès les premiers mots, certes d’une conversation réfléchie, Yves Cuilleron s’est transformé en un homme passionné au sein duquel battait un cœur de … Viognier.

Cuilleron01big1Yves descend d’une famille d’horticulteurs de Verlieu, un hameau de la commune de Chavanay au sud de Condrieu. Toutefois, dans les années 20 (du siècle dernier), son grand-père cultivait déjà la vigne. Il embouteilla même son vin à partir de 1947. L’autonomie semble couler dans leur sang…

Rien ne laissait prévoir que la quatrième génération se vouerait entièrement à la viticulture. D’autant plus que Condrieu ressemblait à une région moribonde. En 1965, Yves n’avait que 3 ans, le vignoble s’était réduit à 8,5 ha. Seul Georges Vernay y croyait encore.
Si Yves étudia la mécanique, il n’en appréciait pas pour autant le vin. Plaisir de la dégustation qu’il savoura d’autant plus durant son service militaire en Alsace. Découverte d’un vignoble qui titilla ses racines. Condrieu fut alors une bénédiction ou une heureuse coïncidence ou peut-être une tournure mentale… bref, Yves opta pour la vigne, pour cette vie active, pour le métier de vigneron (pas faiseur de vin). Ou comme il le dit « du vin à la vigne ».
Comme il pouvait reprendre le domaine de son oncle (2,5 ha de St Jo, 1 ha de Condrieu) vu que ses cousins n’avaient aucune envie de suivre les traces de leur père, Yves entama une formation à Mâcon avant de rejoindre Châteaubourg pour un an de stage chez les Courbis. En 1987, il s’est installé définitivement, son oncle à la retraite le secondant encore au début. Yves fit cette année-là de son premier vin, son premier Condrieu.

Ce qui semble communicatif, c’est cet ensemble de jeunes vignerons talentueux qui investirent l’AOC Condrieu, et qui tel un courant puissant firent renaître l’appellation. Yves vibrait à l’unisson de ce souffle enivrant. Et dès lors, il semblait évident, qu’après une rapide réflexion, il désigna « Les Chaillets » comme son vin emblématique. Cette cuvée, son vin de Chavanay,  issu de ses parcelles les plus anciennes apparaît comme sa signature, la marque des terrasses les plus représentatives du vignoble.

C’est une âme affamée qui aime apprendre et expérimenter. Ce qui le voit en constante évolution. C’est un maître qui a l’attitude d’un élève avide d’enseigner, qui peut et aime se nourrir des autres. Très tôt, il se rapprocha de François Villard, lors d’un stage effectué chez lui par ce dernier en 1988-1989, avant d’enchaîner un suivant Pierre Gaillard. Prémices du trio. Travailler ensemble engendre plus de d’échanges et de réflexions tout en laissant chacun libre d’articuler son propre style, son âme ennemie des concepts idéologiques préconçus. Il est dès lors évident que chaque vin contient quelques « jolies » imperfections qui le différencie du vin parfait… sans âme.Cuilleron02big 1

Yves évolua d’adolescent passionné voulant au travers de surenchères et de recherche de puissance « entrer en scène » à papa pondéré, fier de ses deux filles et de son fils, tout en gardant l’œil rivé sur l’équilibre, la subtilité et la fragilité.

Yves ne fût pas seulement un participant mais aussi acteur important du renouveau des appellations septentrionales du Rhône comme Saint-Péray. Après une trentaine d’années, son domaine comte 60 ha répartis sur 6 crus nordiques. Au total, plus de 20 cuvées et une troisième cave en construction sur les bords du fleuve. Avec François et Pierre, il fit renaître en 1996 le vignoble complètement disparu de Seyssuel au sud de Vienne avec les Vins de Vienne. Il devint aussi responsable du syndicat des vignerons de Condrieu et fit en sorte que l’appellation se dote d’une carte des terroirs. Rhône Vignobles – l’association de quinze vignerons – correspond à sa philosophie.

Lors de notre entretien en Avignon nous terminâmes la conversation par une interprétation ludique de l’étiquette héritée de son grand-père. Yves a beaucoup de respect pour les témoignages historiques : cette étiquette se lit comme une cuiller renversée avec au-dessus le nom Cuilleron  inscrit dans l’attache du manche. Cuilleron boit son vin à la cuiller… Son nom se met en bascule – comme un castel de granit – fermé des quatre côtés avec en-dedans le nom des cuvées. À l’intérieur aussi une référence au passé, aux tonneliers de Chavanay qui assemblaient les pièces en chêne pour les Côtes du Rhône.

Cuilleron, ancré dans la tradition et le granit, domaine familial autonome dont l’assise sert de support à son propre dynamisme source d’un authentique style rhodanien septentrional.

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Les Chaillets CondrieuLes-ChailletsBig1

 Pâle, d’un blanc légèrement jaune comme le soleil qui se levait jadis quand Condrieu à peine renaissait. Le nez survole quelques bourgeons et boutons floraux prémices des senteurs à venir, indications des joies futures.
Sur la réserve, il demande un peu de temps, celui d’apprendre à connaître qui le déguste avant de se livrer. Giration après giration, il se nourrit de ce qui l’entoure, puis livre enfin ces parfums de citron jaune, d’armoise et de poivre blanc.
La bouche, c’est déjà autre chose, pas d’attente, une expression qui s’installe sans trop trainer. Elle a le goût du bâton de réglisse, celui que l’on mâchouillait et qui apportait une impression à la fois douce et ligneuse aux tisanes de tilleul.
Elle joue ensuite avec les dentelles minérales qui couvrent avec délicatesse et raffinement la puissance retenue.
Puis la voilà qui nous en dit un peu plus, nous parle des abricots jadis plus nombreux, de la violette oubliée, de la liqueur de poire qui réchauffait les cœurs et les âmes. Le vin s’ancre dans le passé pour nous prédire un avenir intense, nous apprendre la patience, nous faire comprendre que l’équilibre et l’harmonie qui l’habitent sont gages de longévité. Longévité qui à chaque fois récompensera notre attente par une complexité de plus en plus dévoilée.

Les Viognier ont été plantés en 1989 et les deux années suivantes au-dessus de Chavanay dans granits à muscovites.
La cuvée se complète toutefois d’une parcelle qui date de 1936 et deux autres de 1960 et 1970.
Yves choisit les raisins les plus concentrés de cet ensemble pour élaborer les Chaillets.
La fermentation (sans levurage), longue de 3 semaines à 1 mois, se fait en barriques comme l’élevage de 9 mois bâtonnage à l’appui. La fermentation malolactique se fait, ce qui est important pour les Condrieu destinés à la garde, elle ajoute un notable surcroît de complexité.

www.cuilleron.com

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Johan De Groef et Marc Vanhellemont Johanmarc

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