Vins, Crowd Funding et Manifeste ….

20/11/2015 - Tout naturellement, Jérôme van der Putt nous revient avec sa moisson de cuvées sans soufre (ou à peine) glanées cette fois de Bordeaux à Gaillac en passant par la Toscane, sans oublier quelques conseils pour lire et pour vivre nature…

Du Bordeaux … autrement

 Autrement - Labour au chevalIn Vino Veritas, le magazine qui a de la suite dans les idées : dans le numéro d’octobre 2010, déjà, les cuvées Autrement 2006 et 2007 du Château Lamery y étaient déjà encensées alors que Jacques Broustet se lançait tout juste dans la biodynamie. Aujourd’hui, le domaine fait toujours moins de 5 hectares. En fait de château, il s’agit d’une bâtisse ancienne avec un chai minuscule mais qui sent bien le vécu. Il est situé à Saint-Pierre d’Aurillac, sur la rive droite de la Garonne, à 50 kilomètres au sud-est de Bordeaux.
L’accueil est très jovial, avec un vigneron en pleine bagarre avec sa vigne exubérante, de l’herbe qui pousse partout, des pêchers magnifiques, des ruches, rien ne manque au décor pittoresque. Malgré une apparente nonchalance, le patron des lieux ne laisse rien au hasard parce que pour produire des vins complètement naturels – rien que du jus de raisin fermenté – avec des qualités gustatives aussi réjouissantes, il faut beaucoup de travail et de discipline. Petits rendements, travail à la vigne avec le cheval et tout le reste à la main, vendanges évidemment manuelles et puis c’est tout. La cuvée Autrement vieillit 9 mois dans des barriques de plusieurs années. Aucune concession, donc, mais le résultat est là, du bon vin pas trop cher avec une petite renommée qui commence à s’installer et une production qui s’exporte maintenant plutôt bien. La cuvée Autrement 2011, assemblage de cabernet sauvignon, franc, merlot et malbec donne un vin à la robe rouge sombre mais lumineux. autrement-2012-chateau-lamery-jacques-broustetDégusté fin 2015, une légère note d’évolution est notée pour la couleur; mais au nez et en bouche, par contre, le vin est éclatant de fraîcheur. Rien que du fruit rouge en quantité, sur le cassis et aussi de la violette et surtout pas de bois (ouf!), des petits tanins veloutés bien intégrés qui donnent une structure bienvenue. Le vin est fluide et gouleyant. Quelle différence avec un Bordeaux, disons… plus classique: ce vin est dégusté d’un trait parce que, comme c’est marqué sur la bouteille, ce vin est « Plaisir et santé au naturel ».  17.00€ www.chateaulamery.com
www.basin-marot.be 

Dégusté pour vous

 Es d’Aaqui, Cuvée C SV 2012

pinto

Une quille étonnante, parfaitement jouissive et qui mérite quelques explications. Jean-Louis Pinto est installé à Gaillac et achète de jolis raisins bio en parfaite santé autour de chez lui, qu’il vendange parfois lui-même. Cet artisan-négociant-vinificateur produit de toutes petites cuvées diverses et variées en blanc et rouge. La cuvée C SV 12 résulte de l’assemblage d’un quart de chardonnay vinifié en blanc et de trois quarts de sauvignon vinifié en rouge, grappes entières et 3 semaines de macération. Tout petits rendements, vendange manuelle en caissettes et aucun ajout de quoi que ce soit sauf une pichenette de SO2 à la vinification du chardonnay, en foudre d’acacia. Le vin un peu trouble est pourtant d’une belle couleur miellée, avec des reflets de cognac et tirant sur un thé rouge. Vin charnu et profond, fruits blancs mûrs à souhait, sur la poire avec une bonne acidité. Ce vin complexe tout en rondeur se déguste avec bonheur sur un plat de tajine, après un rapide passage en carafe et servi autour de 10 °C. http://vinovivo.be

Fuori Mondo, Cuvée Libero 2013

libero

Olivier Paul-Morandini continue tranquillement sa route sur sa petite et jolie propriété sur les hauteurs de Campiglia Marittima (sur le littoral toscan, avec l’île d’Elbe en face). Il y a 2 ans déjà, j’ai eu le plaisir de visiter les lieux, guidé par ce néo-vigneron encore étonné de sa nouvelle vocation. Nous avions dégusté alors une multitude de dames-jeannes et de flacons, avec des projets de cuvées mono-cépage. Je suis déjà un fervent supporter de son Lino 100% sangiovese, très élégant, et maintenant, j’ai pu déguster un de ces projets commercialisé sous le nom de Libero. Il s’agit presque d’un mono-cépage, composé à 90% de ciliegiolo – dont le nom dérive du nom italien de la cerise, ciliegia – avec un anecdotique complément de merlot et de carmenère. La couleur est lumineuse et violacée, avec un nez qui offre de la cerise tendance griotte (tiens donc !) et aussi de la prune ainsi qu’une touche de tomate séchée. Peut-être que je me laisse emporter par l’ambiance locale mais c’est très goûteux. Beaucoup de fraîcheur, le bois et les petits tanins se sont intégrés et la bouche se remplit d’un fruit généreux et croquant. Quel plaisir de découvrir des cuvées originales et surtout délicieuses. www.fuorimondo.com
www.titulus.be

Vin naturel et crowd funding

Terril du Crachet à Frameries Crowd funding : pas de panique, ça n’est pas un additif chimique ni une maladie cryptogamique mais simplement un moyen moderne pour un entrepreneur de faire financer son projet à l’avance, sans demander de l’argent à la banque mais plus prosaïquement au plus grand nombre de citoyens qui s’identifient avec le projet et qui souhaitent le voir se matérialiser. Avec la possibilité de donner de petites sommes qui, au final, font les grandes rivières et donc de collecter le budget nécessaire. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un projet de documentaire sur le vin naturel entrepris à partir de la Belgique par le photographe réalisateur Rino Noviello [www.noviello.be].

Rendez-vous sur le lien qui expliquera mieux que moi ce dont il s’agit : [www.kisskissbankbank.com/vin-nature-vin-vivant]. J’aime la démarche et ce que j’ai pu en voir, avec les vignerons visités, augure de belles choses. J’ai participé et je vous encourage à le faire également si vous êtes séduits, pour avoir une autre voix que celle de Jonathan Nossiter, qui est un peu seul sur le créneau depuis quelques années !

Lecture

«Manifeste pour le vin naturel»,

 Manifeste vin naturel 1Jean-Paul Rocher a édité Jules Chauvet, Jacques Néauport et beaucoup d’autres auteurs qui ont écrit sur des sujets épicuriens (cf. « L’art de la braise en plein air, de feu Raymond Buren » !). J’étais fier qu’il ait accepté de publier mon livre « Vin bio, mode d’emploi ». Mais il nous a quitté brusquement en 2012, rejoignant son ami Marcel Lapierre au paradis des amateurs de vins naturels, de ripailles et de discussions sans fin. Sa fille aînée, Marie Rocher, poursuit son œuvre à pas feutrés en collaboration avec les Editions de l’Epure qui – après la publication des «Tronches de vin, le guide des vins qu’ont de la gueule» – a publié récemment un texte court, intitulé «Manifeste pour le vin naturel».

L’auteur, Antonin Iommi-Amunategui, tient le blog «No wine is innocent». Ce petit ouvrage tout en énergie se nourrit de la réflexion de plusieurs vignerons producteurs de vins naturels et aussi de la journaliste américaine Alice Feiring («Le vin nu», aux éditions Jean-Paul Rocher). Tout ce petit monde se pose la question de savoir s’il faut ou non réglementer le vin naturel. Je cite le vigneron Richard Leroy dont je partage totalement le point de vue : «Je n’ai pas de définition parce que le vin devrait toujours être naturel. Personnellement, je parle plus d’éthique … ce serait important de clarifier les choses. A savoir indiquer tous les produits (ajoutés) sur l’étiquette. A partir de là, les gens se ferait une définition du vin naturel. Moi je mettrais : 100% jus de raisin. Et si le consommateur achète un grand cru de bordeaux, il doit savoir qu’il a été concentré, thermo-vinifié, etc. Il faut tout savoir.»

Olivier Cousin, vigneron revendiqué insoumis ne dit pas autre chose : «Je suis contre les règlements, mais je suis pour la vérité. Si tu mettais les intrants sur l’étiquetage, plus besoin de réglementation.» Très rafraichissante lecture et qui agite les neurones, pour la bonne cause. www.epure-editions.com

Jérôme van der Putt


Colofon JvdP - IVVvinnaruriste 1

Illustration Rémy Bousquet

 

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