Vertige en Valais, la Combe d’Enfer

23/04/2018 - Le Valais offre une viticulture étonnante, établie sur les pentes vertigineuses de la rive droite du Rhône oriental pour la majorité. Bien exposé au sud, le soleil éclaire ce patchwork d’abruptes murailles. Mais quand on croit avoir tout discerné, quelques endroits creusent encore plus fort leur à-pic insensé. Comme la Combe de l’Enfer dont le nom doit plus à la douleur des mollets qu’à Lucifer.

La combe

 La paroi presque à la verticale regarde le gros village de Fully du haut de ses murets. Elle se dessine en arc de cercle pour mieux s’arcbouter face au vide. Une construction humaine qui remonte déjà à quelques siècles, mais que les hommes entretiennent année après année. Leur ingéniosité a transformé cette ancienne moraine glaciaire pentue à plus de 90% en terrasses viticoles. Quelques vignerons encaveurs se partagent cette raideur minérale considéré comme l’un des meilleurs terroirs de Fully. Quand Claudine Desfayes a décidé de reprendre quelques parcelles au beau milieu de la combe, son père lui a crié folie ! Mais la passion l’a emporté et aujourd’hui, plus rien à regretter, l’endroit réclame certes une masse importante de travail pénible, mais au vu du résultat, cela en vaut la peine. Elle a été la première à planter, avec la complicité de son mari, Yvon Roduit, le Cornalin et l’Humagne rouge sur ce terrain jusque-là réservé aux cépages blancs. Ils y poussent depuis avec grâce entre 500 et 600 m, le Païen (=Savagnin) se réserve la partie supérieure des 0,7 ha qu’ils possèdent.

 

Cornalin Combe d’Enfer 2016
La Rodeline

 Le grenat sombre aux reflets améthyste de la robe renvoie l’image de l’abrupte combe au couchant. Il s’en dégage une atmosphère fumée aux accents de confitures de fruits noirs et de réglisse. Il suffit d’y plonger le nez pour en ressentir l’élégance, mais aussi la puissance et la complexité. La bouche le confirme. Tout d’abord la fraîcheur y installe un terrain propice à découvrir le fruit, gelées de mûre, de fraise et d’airelle, relevées de réglisse et de fève de tonka. La saveur subtile du chocolat vient lisser les tanins qui dans leur trame emballe toute la puissance aromatique.


Voilà un Cornalin à la fois aérien et racé au potentiel à peine dévoilé.
Le Cornalin pousse au beau milieu de la combe, à l’endroit où il fait le plus chaud. Le capricieux cépage offre-là un rendement de 600g/m2. Il se cueille bien évidemment à la main vu la pente peu mécanisable. Il est vinifié et élevé en cuve inox. Ce 2016 se boit déjà grâce à la pureté de son fruit, mais sa longueur augure d’un potentiel de garde de plusieurs années.

www.rodeline.ch

Marc Vanhellemont

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