Romorantin, 500 ans après

22/08/2019 - De passage à Cheverny cet été, je n’ai pu m’empêcher de prendre contact avec la vedette locale – non je ne parle pas de Tintin, mais du Romorantin, le cépage identitaire de l’appellation Cour-Cheverny où il fête les cinq siècles de son arrivée.

Son histoire est intéressante. Fils du Gouais, comme tant de cépages français, il est aussi fils du Pinot Noir, ce qui en fait un frère du Chardonnay, de l’Aligoté et du Melon de Bourgogne, qui ont les mêmes parents.

C’est d’ailleurs de Bourgogne qu’il serait arrivé à Romorantin; il aurait en effet été apporté à la demande de François I. Celui-ci voulut un temps faire de la petite bourgade solognote sa capitale et y construire son château idéal, vignes comprises. Avant de se rabattre sur Chambord. Si l’on suit cette thèse déjà ancienne, on pourrait donc dater assez précisément son arrivée dans la région: ce serait en 1519. Cinq siècles tout juste!

Cependant, cette hypothèse jusqu’ici communément admise est réfutée par l’étude récente d’Henri Galinié, rendue publique lors des Rencontres des Cépages Modestes de 2017, comme vient opportunément de me le faire savoir un de nos lecteurs, Jean Rosen. La diffusion du Romorantin dans la région de Blois garde donc sa part de mystère.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, on en trouve sur une soixantaine d’hectares, entre Cormeray, au Sud, et Montlivaut, au Nord, sur une bande de terres sableuses et siliceuses qui longe la Loire jusqu’aux abord de la Sologne, sur une dizaine de kilomètres.

Aujourd’hui, on en trouve sur une soixantaine d’hectares, entre Cormeray, au Sud et Montlivaut, au Nord, sur une bande de terres sableuses et siliceuses qui longe la Loire jusqu’aux abord de la Sologne, sur une dizaine de kilomètres.

Vieilles vignes !

Autre fait saillant dans la longue histoire du Romorantin: à Soings en Sologne, au Domaine de la Charmoise, Henri Marionnet en possède 36 ares; 36 ares qui n’auraient sans doute pas atteint une telle célébrité s’il ne s’agissait de vignes franc-de-pied, pré-phylloxériques, et donc, probablement, parmi les plus vieilles vignes de France.

A noter que depuis quelques années, on replante du Romorantin sur le domaine du Château de Chambord lui-même. Pour le 500èmeanniversaire du château (attesté, celui-là), 7,5 hectares devraient rentrer en exploitation (dont une bonne partie, francs de pied), la première récolte devant se faire cette année.

En attendant, j’ai dégusté trois exemplaires de vins déjà à la vente, en sec et en demi-sec.

Domaine de la Champinière – Cour Cheverny 2018

Preuve que les notes de dégustation n’ont parfois pas grand-chose avec la géologie, ce vin de sables m’a paru très minéral, au sens de roche, de pierre à fusil. Il est bien sec, mais ses jolies notes florales, au nez comme en bouche, tempèrent cet aspect un peu brut de décoffrage. Il y a de la subtilité dans ce vin encore tout jeune, qu’on peut résolument garder en cave. Prix à la Maison des Vins de Cheverny : 9,4 euros.
Alain Chéry exploite ce domaine familial de 14 ha, situé à Cour Cheverny, et qui produit des vins des deux appellations Cheverny et Cour-Cheverny.
chery.alain@orange.fr

Benoît Daridan – Cour Cheverny – Vieilles Vignes 2016

« Miel et fleurs blanches », promet la contre-étiquette. Pas faux, dirai-je. Mais si ce nez charmeur laisse imaginer une bouche un peu molle, la suite dément formellement: ce vin est à la fois structuré et plein de vivacité.
Situé à Cour-Cheverny, le domaine Daridan compte 21 hectares. Une petite partie de la cuvée (20% environ) est élevée en bois.  Prix à la Maison des Vins de Cheverny (pour le millésime 2017): 11,10 euros.
www.benoit-daridan.com

Domaine du Vardet – Demi-Sec «La Douceur du Roi» 2017

La pomme est un arôme assez fréquemment perçu dans les vins, mais souvent, dans le style granny smith, pomme verte ; alors qu’ici, on a plutôt la version douce, golden. La bouche ajoute des notes de fleurs de sureau et d’acacia. Cette cuvée est issue de raisins récoltés en sur-maturité ; sa douceur est très bien fondue ; un style de vin délicat, assez, plus tendre que sucré, qui se prête aussi bien à l’apéritif qu’au repas.
Prix à la Maison des Vins de Cheverny : 9,90 euros.
Le Domaine du Vardet (8 hectares à Mont-près-Chambord répartis entre Cheverny et Cour-Cheverny) appartient à la famille Morin.
www.domaineduvardet.com

Faites vous votre propre idée!

Si vous passez à Cheverny ou à Chambord cet été, que ce soit sur les traces de Tintin ou de François Premier, faites-vous donc votre propre idée sur ce petit frère de l’incontournable Chardonnay. 

Maison des Vins de Cheverny : www.maisondesvinsdecheverny.fr

Hervé Lalau

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