Retour au País

01/02/2017 - Il y a quelques années, la filiale chilienne de Miguel Torres s’est mise en tête de réhabiliter le vilain petit canard des cépages sud-américains : le País.
Après un premier essai (joliment transformé) du côté des effervescents, elle s’est lancée dans le rouge.

Longtemps réservé aux assemblages de vins de table et à la consommation familiale de viticulteurs (on l’appelle d’ailleurs aussi la uva corriente, le cépage courant), le País est une des premières variétés de vigne à avoir été apportée en Amérique par les Espagnols, notamment des prêtres, pour la célébration du culte – d’où son nom en Californie, le Misión. Il s’agit en fait de Listán Negro, un vieux cépage castillan rustique et résistant, toujours cultivé aujourd’hui aux Canaries.

Au Chili, délaissé par les grandes maisons d’exportation dont le développement passait par des cépages internationaux, le País a beaucoup décliné à partir des années 1980 ; il n’a cependant pas disparu (il en reste quelque 15.000 ha), car pour les viticulteurs, les gens de la terre, notamment les plus anciens, c’était tout un pan de leur histoire ; celle d’un pays sauvage, un peu brut de décoffrage, et d’une vie simple.

Catalogne ou Chili, la même passion pour l’héritage viticole

Quelle ironie de l’histoire, d’ailleurs, que ce soit un groupe espagnol qui ait perçu le potentiel de développement de ce vieux compagnon de route du campesino chilien, y compris à l’export ! Il faut dire qu’en matière de récupération de vieux cépages, Miguel Torres a fait ses preuves en Espagne; n’a-t-il pas contribué à sauver le Garró, le Moneu et le Querol, entre autres? Curieusement, au Chili, la première concrétisation de ce travail fut une fine bulle, le Santa Digna Estelado Rosé (lancé en 2011) ; l’entreprise chilienne était alors dirigée par Miguel Torres Junior, qui a repris depuis la direction générale du groupe.
Dès le premier millésime mis sur le marché, cet Estelado a brillé par son originalité : fruit rouge au nez, structuré en bouche, relativement vineux, voire tannique, mis rafraîchissant en finale, une nouvelle étoile était née. Et il ne s’agissait pas d’une étoile filante: année après année, cette cuvée confirme.

Noches de Verano

Mais Torres s’est rapidement intéressé au cœur de cible de ce cépage: le rouge. Et plus précisément, le rouge de large soif. Avec ce Noches de Verano 2014, c’est réussi. D’un abord très séduisant (j’ai hésité entre Gamay et Carignan primeur), il offre un nez de cerise noir et de mûre, une bouche souple et franche, quelques notes fumées, un poil de gaz; fluide mais non fluet, ce vin est harmonieux, sans chichis,  comme son étiquette, qui évoque les anciens habillages de bouteilles tressés. La macération carbonique a sans doute contribué à assouplir les tannins de ce sacré País, mais ne lui a rien enlevé de sa personnalité. Si ce vin était une personne, on dirait d’elle : «elle a du chien», ou bien encore «un je ne sais quoi». De quoi passer de jolies nuits d’été, en étanchant sa soif, et plus si affinités… Ce vin n’a pas vu le bois. Il titre 12° d’alcool.

Une chance pour le Secano 

Les raisins proviennent du Sud de la vallée du Maule, au cœur du Secano interior ; une zone aux sols pauvres de granit, loin des grands centres (nous sommes à 350 km de Santiago), et qui, contrairement aux autres grandes régions viticoles chiliennes, n’a jamais connu l’irrigation. Une zone de longue tradition viticole, mais aux rendements aléatoires, et quelque peu oubliée par la révolution de la viticulture d’exportation ; une zone qui pourrait à présent renaître, non seulement grâce au País, mais également au Carignan, un autre cheval de bataille de Miguel Torres Chile. On en reparlera…

www.migueltorres.cl
Spar Belgique

Hervé Lalau

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