Quoi de neuf du côté de Seyssuel ?

07/02/2018 - Pas moins de 15 domaines ont à présent réinvesti les beaux coteaux de Seyssuel; datant de l’époque romaine, ceux-ci ont tenu la dragée haute aux plus jolis crus du Rhône Nord, jusqu’au phylloxera. Qu’en est-il aujourd’hui?

20 ans après les premières replantations, alors que le vignoble dépasse les 35 ha, et alors que les vignerons ont introduit une demande officielle pour intégrer l’appellation Côtes du Rhône, l’heure est à un premier bilan.

Un Côte-Rôtie bis ?

Impossible, compte tenu de la proximité, mais aussi de l’identité des élaborateurs, qui, pour la plupart, sont issus des appellations voisines, de ne pas établir des comparaisons avec Côte-Rôtie, pour les rouges, et Condrieu, pour les blancs.
La première comparaison me semble la plus judicieuse: d’abord, Seyssuel a toujours fait partie de la Côte Rôtie (ou de ce qui s’appelait alors les vins d’Ampuis ou vins de Vienne). Cet ensemble comptait plus de 300ha avant que le phylloxera ne l’anéantisse; si, à l’Ouest du fleuve, les vignes ont été replantées, à l’Est, elles ont cédé la place à d’autres cultures ou sont restées en friches.
Ensuite, les similitudes sont grandes entre les deux vignobles: mêmes sols (schistes à mica, essentiellement), mêmes pentes, même exposition générale (au Sud-Est), mêmes cépages, mêmes pratiques culturales (échalas, forte densité de plantation).
Tout ce qui sépare Seyssuel de la Côte-Rôtie, en définitive, c’est le Rhône, et un tout petit pan d’une histoire commune plus de deux fois millénaire: si des vignes avaient subsisté à Seyssel au moment ou l’appellation Côte-Rôtie a été entérinée, en 1936, nul doute que Seyssuel en aurait fait partie. On s’étonne même que les vignerons de Seyssuel, aujourd’hui, ne revendiquent pas de rejoindre Côte-Rôtie (après tout, en 1969, l’aire d’appellation de Saint-Joseph est bien passée de 6 à 20 communes). Mais peut-être leurs collègues de Côte-Rôtie ne le souhaitent-ils pas. L’histoire a ses raisons, que la concurrence ignore.

Du côté des blancs, la comparaison avec Condrieu semble moins pertinente, les sols de granite recouverts de sables et de cailloux, plutôt acides, sont très différents. Les vins aussi.

La preuve par les vins

Pour illustrer le propos, voici quatre vins sélectionnés sur place: deux blancs de Viognier, et deux rouges de Syrah.

Sixtus (blanc) 2013 Les Vignobles de Seyssuel

De leurs deux hectares de viognier orientés au Sud, Les Vignobles de Seyssuel (alias Louis Chèze, Georges Treynard et les frères Marthouret) ont tiré un blanc sec, d’une étonnante fraîcheur. Aucune lourdeur, des notes de pin, de citron, et le vin est parfait à boire aujourd’hui.
www.domainecheze.com/histoire-de-seyssuel
http://toutestvin.com/

Louis Chèze

Christophe Pichon, Cuvée Diapason 2015

Producteur réputé de Côte Rôtie, de Saint Joseph et de Condrieu, Christophe Pichon fait cependant figure de «petit jeune» à Vienne, puisqu’il y est un des derniers arrivés. Son Viognier présente un très bel équilibre ; avec ses notes d’abricot et de mangue, il est fidèle à son cépage, mais présente aussi une étonnante vivacité (la marque du schiste ou du basalte?). Les 10 mois passés sous le bois n’ont pas trop marqué ce bébé qui vient pourtant d’être mis en bouteille ; il joue les funambules entre tension et gras, et on apprécie l’exercice. Même si, c’est sûr, il vaut mieux encore l’attendre quelques mois.
www.domaine-pichon.fr

Ripa Sinistra Yves Cuilleron 2014 et 2010

Non, cette cuvée d’Yves Cuilleron n’a rien de sinistre, au sens actuel et français du terme : Ripa Sinistra veut tout simplement dire «rive gauche».
La version 2014 présente un nez très ouvert de violette et d’eau de rose, une bouche charnue, sanguine, et si le bois se montre en finale, il ne domine pas. La même cuvée en 2010 présente des notes dévolution, mais maîtrisée ; elle séduit par la suavité de son chocolat et par son fumé. Les deux sont tout à faits recommandables, on préférera l’une ou l’autre en fonction du moment et du plat ; la première, pour son fruité-floral ; la seconde, pour son ampleur.
Vigne en haute densité (entre 8000 et 10.000 pieds). 3.300 bouteilles. Suivant les millésimes, le vin est déclaré en Vins de Pays des Côtes Rhodaniennes ou en Vin de France.
www.cuilleron.com
www.dirkgrandry.com

Autres vins appréciés : Sotanum 2014 et Heluicum 2014 (Les Vins de Vienne), Lucidus 2014 (Michel Chapoutier),  Viognier Cuvée Frontière 2015 (Julien Pilon) et Asiaticus  2013 (Pierre Gaillard).

En guise de conclusion

Seyssuel vaut le détour. On souhaite bon vent à ce jeune vignoble historique, à ce petit rocher (Saxeolum) qui brave les vagues de la renommée et de la hiérarchisation. AOP, pas AOP ? Est-ce si important ? J’ai envie de dire que c’est moins important pour les vignerons de Seyssuel, qui vendent sur leur notoriété propre et sur la qualité dans la bouteille… que pour la crédibilité du système des appellations.

Hervé Lalau

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