Quelques perles du Péloponnèse 

27/01/2017 - Ce 13 janvier dernier, la dynamique Vicky Corbeels (Viconsult) présentait à la presse une masterclass sur les vins du Péloponnèse, avec le concours de l’association des producteurs régionaux (l’ENOAP) et de l’Ambassade de Grèce.

J’y ai retrouvé avec plaisir les produits de deux appellations découvertes au début des années 2000: Nemea (en rouge) et Mantinia (en blanc).
Mais ce fut l’occasion de mettre à jour ces connaissances, de mieux les situer dans l’offre régionale, et plus généralement, dans l’offre grecque.

Quelques chiffres

Le Péloponnèse est une vaste presqu’île de quelque 21.000 km (les deux tiers de la Belgique), reliée au continent par l’isthme de Corinthe. C’est aussi la deuxième région viticole grecque avec plus d’un tiers de la production nationale. Elle compte quelque 180 vignerons, dont un gros quart sont affiliés à l’ENOAP. La superficie totale est de l’ordre de 19.500 ha.

Il s’agit d’un vignoble très morcelé – la plus grande unité viticole ne dépasse pas 8 ha, même les producteurs les plus importants possèdent plusieurs parcelles.

Le Péloponnèse est aussi la région qui compte le plus grand nombre d’appellations d’origine (GPO) : 7 au total. Outre Mantinia et Nemea, déjà cité, il y a aussi et les quatre AOP de la région de Patras, au Nord-Ouest (Muscat de Patras, Patras, Mavrodaphne de Patras et Muscat de Rion). Sans oublier, à l’extrême Sud-Est, Monemvasia, qui a donné son nom à la Malvoisie, vin d’excellence développé notamment par les Vénitiens.

A noter que toutes ces AOP ne peuvent être produits qu’à partir de cépages autochtones. Ceux-ci représentent plus de 9/10 des plantations, avec en tête, le Roditis (34%), suivi de l’Agiorgitiko (19%), du Moscofilero (9%) et du Mavroudi (7%).

Le Péloponnèse est majoritairement une région de blanc (à 60%). Ce qui s’explique notamment par son relief montagneux et sa pluviométrie étonnamment élevée, notamment à l’Ouest et au Nord.

L’altitude des vignes (qui va de 200 à 900m) est un facteur important. Plus que l’élevage ou les cépages, c’est sans doute cet élément qui devrait être retenu pour la détermination de véritables crus (qui n’existent pas, actuellement). L’atomisation du vignoble rend cependant la chose malaisée.

Trève de bavardage, venons en à la dégustation. Point positif : tous les vins présentés sont loyaux et marchands, sans défauts œnologique. La Grèce viticole a beaucoup progressé dans ce domaine De là à dire que tout est intéressant, non. Le Péloponnèse aussi présente son lot de vins communs, vaguement fruités, plus que vaguement boisés, de vins qui ne nous parlent pas, ou qui choisissent la facilité de la technologie. Mais il en reste assez pour séduite l’oenophile un tant soit peu exigeant… et curieux. En voici quatre.

 

Tetramythos Organic Winery Retsina

Premier échantillon dégusté, premier coup de cœur – et c’est un Retsina. Cela vaut sans doute une explication.
Le Retsina a connu ces dernières années une petite révolution ; d’une part, les (bons) élaborateurs sélectionnent de mieux en mieux leurs vins de base (du rhoditis, essentiellement, dans le Péloponnèse); d’autre part; ils ont amélioré le procédé d’infusion de la gomme de résine ; ils en ont réduit la teneur en résine, son emploi massif comme anti-oxydant n’étant plus nécessaire dans l’œnologie moderne. Ajoutons que le Péloponnèse dispose de très belles pinèdes de la variété pin d’Alep, la plus qualitative pour l’obtention de la résine.
Ces progrès sont évidents dans ce retsina de la maison Tetramythos, qui, loin de vous niquer le nez avec des effluves de térébenthine, vous charme avec une odeur de pinède sous le soleil, vous titille la langue par sa fraicheur légèrement mentholée, et achève de vous surprendre (ou de vous séduire, au choix) par une belle âpreté et une note fumée en finale. Il y a bien longtemps que je n’avais goûté un si beau résiné.
www.tetramythoswines.com/en
www.canette.be

Tselepos Blanc de Gris Arcadia 2015

Son nom, ce deuxième vin le doit à la teinte du cépage moscofilero, plus rosé que blanc. Il présente quelques notes muscatées au nez, mais surtout, une très belle acidité ; cette vivacité fait mentir ceux qui pensent que les blancs du Sud sont mous ! Ce vin a été fermenté en barrique.
Situé près de la ville de Tripoli, en Arcadie, le domaine Tselepos dispose d’une belle palette de parcelles d’altitude (750m, en moyenne), entre schistes et argiles. Outre une quarantaine d’hectares à Mantinia, il possède également 15 ha à Nemea.
Ce vin, présenté en IGP Arcadia, est issu de la zone de collines de Perpatiates. Il est élevé sur lies.
Malgré la relative proximité de la mer, l’Arcadie est une zone plutôt froide l’hiver (il y neige régulièrement) et chaude l’été – une des plus continentales de la presqu’île.
Pour information, le Mantinia de la ligne Tselepos Classic (toujours à base de Moscofilero), est également tout à fait recommandable (j’ai pu en déguster à d’autres occasions en Grèce).
www.tselepos.gr
www.canette.be

Estate Constantin Gofas Nemea 2014

Avec ce vin, nous abordons la plus vaste appellation de Grèce, Nemea (3000 ha), qui est également le berceau du cépage Agiorgitiko (Saint Georges), alias Sang d’Hercule, en référence à la mythologie.
Aucune odeur de fauve dans ce vin, comme pour le lion de Némée, mais peut-être un peu de son cuir. Mais aussi, du poivre, de la cerise, et de la violette. Avec ce  flot d’arômes, on voit qu’il y a bien une vie pour le Saint Georges au delà du boisé – ce vin a passé 12 mois en barriques. En bouche, apparaît un fumé délicat, quelques notes de queues de cerise (on ne va pas se disputer pour ça !) ; l’acidité est suffisante pour soutenir cette belle matière, et on se dit qu’il a envore un beau potentiel de garde. J’ai pensé un Taurasi (mais la Campanie n’a-t-elle pas été longtemps grecque ?)
Le domaine Gofas, fondé en 1959 et toujours familial, se répartit entre deux beaux « crus » (officieux à de Nemea, Daphné  et Koutsi. Ici aussi, un facteur qualitatif plus déterminant, à mon sens, que le nombre de mois d’élevage, et qui devrait un jour pouvoir avoir sa place sur les étiquettes.
www.ktimagofa.gr
www.oenogea.be

Monemvasia Winery Monemvasia-Malvasia 2012

C’est sans doute l’appellation du Péloponnèse qui a connu le plus gros succès dans l’histoire, grâce à la Malvasia, grande vedette du monde viticole au moyen-âge et à la renaissance (même si le nom de malvoisie a été récupéré depuis par bon nombre de régions viticoles dans le monde). Sa reconnaissance officielle, comme AOP, est cependant assez récente (2010)
Les conditions d’élaboration de ce vin naturellement doux (non mûté, donc) sont assez draconiennes. Tout d’abord, ne sont admis dans les cuvées que la Malvoisie (minimum 51%), l’Asprouda (un solide cépage local), le Kidonitsa (redécouvert récemment en Laconie) et l’Assyrtiko (bien connu à Santorin). Les raisins sont passerillés sur souche, puis ils fermentent naturellement, sans ajout d’alcool pour arrêter la fermentation. Ils doivent ensuite passer 2 ans en barrique, dans la zone de production. A noter qu’à Monemvasia, on assemble assez souvent plusieurs millésimes, celui indiqué sur l’étiquette étant le plus jeune.
Monemvasia est aussi le nom d’une cave fondée en 1997 dans la forteresse de la ville, et qui s’est donné comme objectif de renouer avec la Malvoisie d’antan, et a réalisé au fil des années plusieurs expérimentations à partir de différents clones de Malvasia et de Kidonitsa. C’est l’illustration d’in nouveau souffle dans la viticulture grecque, celui du progrès technologique s’appuyant sur les cépages locaux et qui revisite des traditions ancestrales à la lumière de la science.
Ce qui frappe dans ce vin, c’est la belle intégration des arômes et du sucre. Côté arômes, l’amateur est servi avec du raisin sec, de l’abricot, des amandes, du coing, du miel, mais aussi quelques notes de cacao, et une petite pointe de quinquina en finale. Bref, un vin doux mais très long, et dont la douceur n’ennuie pas.
www.malvasiawines.gr
www.alexopoulo-sa.com

Hervé Lalau

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