Primeurs de Bordeaux : pourquoi il est urgent d’attendre

01/04/2018 - Pour la première fois, cette année, en plus de 20 ans, nous ne publierons pas de dossier Primeurs de Bordeaux.

Vous connaissez la polémique déjà ancienne qui entoure cette manifestation : pour certains, les vins seraient trop jeunes pour être dégustés ; certaines cuvées seraient assemblées spécialement pour l’événement, afin d’être plus flatteuses au moment de la dégustation, et ne seraient donc pas représentatives du produit fini – nous parlons tout de même de grands crus, de vins susceptibles de traverser, sinon les siècles, au moins les décennies.

Ajoutez à cela que les vins sont présentés étiquettes visibles, avec tous les risques que cela comporte d’influencer les esprits faibles.

Quoi qu’il en soit, In Vino Veritas a toujours participé aux Primeurs, et vous en a toujours rendu compte, avec les réserves d’usage, et dans l’esprit d’objectivité qui s’impose.

Cette année, cependant, nous avons décidé d’innover.

Nous avons pris le parti de mettre en attente les commentaires de nos dégustateurs qui assistent aux Primeurs, le temps qu’ils s’affinent. Je parle des commentaires.

Nous comptons donc les publier seulement en mars 2025, quand les vins devraient commencer à être prêts à boire.

Il sera particulièrement intéressant, d’ailleurs, de comparer les commentaires d’aujourd’hui, et les vins de demain.

Rares sont les magazines, en effet, qui osent revenir sur leurs commentaires passés, quitte à faire amende honorable. A en rabattre un peu sur leur enthousiasme pour des vins qui n’auraient malheureusement pas tenu toutes leurs promesses.

Quid du cas inverse, nous direz-vous ? Celui de crus «lapidés» par la critique et qui se seraient révélés meilleurs que prévu après quelques années ?

Il s’agit là d’un cas d’école: aucun magazine sérieux, parmi ceux qui visent les investisseurs en vin, ne se risquerait à lapider des grands crus – car quoi, qu’il soit jeune ou vieux, d’un millésime «classique», ou «du siècle», de raisins naturellement mûrs ou d’osmose exceptionnelle, un grand cru est toujours grand. Sinon, on l’appellerait autrement. Et on le vendrait beaucoup moins cher.

Que tout ceci ne vous empêche pas de faire honneur au poisson. J’espère seulement qu’il est de primeur – pardon, de première fraîcheur.

Hervé Lalau

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