Primeurs 2014 – Part 1/2/3/4/5

07/04/2015 - Fabian Barnes, le correspondant exclusif d'In Vino Veritas à Bordeaux,
nous rend compte des dégustations des Primeurs 2014.
Presque en direct, au jour le jour, il nous fait part de ses impressions, de ses coups de cœur et de ses coups de gueule... Un vrai feuilleton: 24 Heures Chrono, les Experts à Pauillac, Bordeauxland !!!
A ne pas rater…

Alors, ce 2014 ?

«Un millésime sauvé par une belle arrière-saison»:
cela n’a sans doute jamais été aussi vrai!

La reprise végétative démarre particulièrement bien au début du printemps 2014. La fin du mois de mars est chaude et incite un débourrement précoce, en avance d’une dizaine de jours sur la moyenne décennale. Mais cette bonne nouvelle sera la seule jusqu’à la dernière semaine d’août.
A partir de mi-avril le temps se gâte, température basse, pluie, et enchaine sur mai dont la seconde moitié s’avère fraiche, pluvieuse, et même orageuse, perturbant la floraison et engendrant une mauvaise fécondation, en particulier celle du Merlot et des parcelles précoces. Début juin est idéal pour les parcelles tardives et le Cabernet-Sauvignon, néanmoins, globalement, la floraison affiche un peu de retard par rapport à la moyenne décennale.
Le pire est à venir! Juillet, août : l’été n’arrive pas. Les températures restent fraîches, la pluie s’invite en permanence, la contrainte hydrique est, de fait, insuffisante pour stopper la croissance de la vigne. Celle-ci va timidement enclencher sa véraison avec 8 jours de retard par rapport à la moyenne décennale, mais surtout tout en continuant sa croissance. La véraison est lente et hétérogène et elle s’étale jusqu’à fin août. La couleur a du mal à venir, les baies grossissent plus que de raison et sont exposées à la pourriture.
A ce stade, il y a peu d’espoir pour la récolte, tous les vignerons craignent un nouveau 2013, voire pire.
Notons dans le détail que le Libournais a été plus arrosé que le Médoc ou les Graves, et que les Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon, plus tardifs, sont en meilleure posture au regard de leur exposition à cette triste saison, ce, depuis la floraison. Le Libournais et l’Entre-Deux-Mers ont même essuyé des orages de grêle.
Tout va changer à partir de la dernière semaine d’août. Les Bordelais dînent dehors le soir en chemise: l’été s’installe. Il fait battre tous les records au mois de septembre, pas une goutte de pluie ou presque (deux jours seulement), une luminosité incroyable et des températures largement au-delà des moyennes saisonnières. Octobre prolongera ce cadeau du ciel, même s’il est un peu arrosé par intermittences, entre le 4 et le 16 octobre.

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Château Fougas

 

De bons rouges un peu partout,
de très bons rouges surtout rive gauche.

Les vendanges de Merlot débutent la dernière semaine de septembre avec des baies de tailles et de poids beaucoup plus élevés que d’habitude. Les dernières parcelles, notamment de Cabernet (mais pas seulement, certains Merlots, contrairement à l’ordre des choses, ont été rentrés après les Cabernets sur quelques propriétés, notamment rive droite) sont vendangées après la mi-octobre.
Les propriétés de la rive gauche, en raison de leur encépagement en Cabernet Sauvignon, et parce qu’elles ont été moins arrosées par les pluies durant l’été, sont beaucoup mieux loties que la rive droite. La dégustation de tous ces vins pendant les Primeurs le confirme nettement.
Néanmoins, le Cabernet Franc et les sols argileux, rive droite, ont permis de tirer le meilleur profit de l’arrière-saison.
Dans l’ensemble, Bordeaux rouge 2014 est un bon millésime qui nous réserve beaucoup de plaisir.
Qui plus est, les vins affichent des traits de caractère typiquement bordelais, de la chair, du jus, du fruit et de la droiture. Bizarre, pouvons-nous penser, au regard de cette climatologie qui ne dessinait pas les courbes et les pics attendus dans le Bordelais.
Pas tant que ça, ai-je envie de penser. Depuis deux décennies, les vins de Bordeaux sont de plus en plus opulents, de plus en plus chauds, de plus en plus massifs et perdent plus ou moins de leur typicité bordelaise, sauf dans les petits ou mauvais millésimes.
Si l’on considère juste que le climat a pris son temps, que le printemps a duré 15 jours de plus et que l’été s’est décalé : ce n’est plus « août fait le moût » mais septembre, cette année. Nous arrivons donc à des vendanges non pas tardives mais juste normales en Octobre !
Les raisins de Cabernet-Sauvignon, naturellement tardifs, sont cueillis juste à maturité, et ressemblent aux bons et très bons millésimes précédents.
En revanche, les Merlots ayant fortement grossi en taille et poids ont beaucoup plus de jus que d’habitude mais pas pour autant plus de sucre, ils ont de bonnes teneurs en acidité et ont eu une faible synthèse d’anthocyanes.
Voici peut-être la réponse. Le Merlot étant l’objet de la course à la concentration et à l’exubérance, cette année où le vigneron ne pouvait que croiser des doigts pour que tout se passe pour le mieux, il n’y a pas de sur-maturité, pas de haute extractibilité,  pas de forte richesse alcoolique, pas de faible acidité. De ce fait, les vins de Merlot sont frais, fruités, juteux, peu colorés, et à chair tendre et croquante.
Assemblés aux Cabernets qui apportent la droiture, nous obtenons, dans un bon millésime, des vins à la franche typicité bordelaise. CQFD !

Des blancs secs excellents

L’équation normale, vous la connaissez tous: à Bordeaux, quand c’est une grande année à rouge, elle est mauvaise pour les blancs, et inversement. Tout tient essentiellement à la qualité climatique du mois d’août. Cette année les blancs secs ont été servis, la fraîcheur estivale a préservé les Sauvignons et Sémillons, la dernière semaine d’août et la première de septembre ont permis d’éviter la pourriture et ajuster la maturité.
Les vendanges ont pris place la 2ème et 3ème semaine de septembre dans des conditions idéales.
La particularité du millésime réside dans de très fortes acidités, avec des taux d’acide malique pouvant atteindre 6 grammes par litre. De ce fait, les vignerons ont souvent été conduits à réaliser l’inhabituelle fermentation malo-lactique, afin de faire chuter l’acidité.
Les vins sont remplis de fraîcheur aromatique et gustative. Les grands blancs ont de l’intensité, de la viscosité et de la puissance. Les plus simples sont variétaux, frais et vifs.

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Les liquoreux me laissent dubitatif

Techniquement, les raisins blancs traversent le mois de septembre et début octobre sans pourriture noble. Fin septembre, une première trie est lancée mais peu convaincante. Il faut attendre les pluies des 8 et 9 octobre pour que le botrytis se développe et les vendanges prennent place la deuxième quinzaine d’octobre, profitant de journées chaudes et ensoleillées favorables pour rôtir les baies.
Le résultat est que les grands vins sont grands, d’une pureté rare dans la fraîcheur et la complexité, et d’une élégance remarquable. Le problème est que ces grands vins sont bien peu nombreux.
La grande majorité des crus dégustés sont sans intérêt, plats, aqueux ; ils ne racontent rien.
Sans doute le sulfitage n’a t-il pas arrangé les choses, et certains rétorqueront qu’il faut choisir entre préserver les vins sous 50mg de SO2 pour l’élevage et seulement 15mg pour flatter les dégustations en primeur.
Quoiqu’il en soit, les meilleurs crus, à commencer par le «patron» Yquem, ont présenté des vins exceptionnels et je ne peux croire une seconde que le sulfitage explique tout.
Espérons que je me trompe: rendez-vous après mise.

Fabian Barnes

MARDI 7 AVRIL

Aujourd’hui, les vins de « Côtes » sont à l’honneur. Pour ce rapport, je ferai la synthèse des dégustations d’aujourd’hui avec toutes celles menées ces deux dernières semaines : dégustations syndicales, CVBG Dourthe Kressmann, La Grappe (Stéphane Derenoncourt), Les Clés de Châteaux (Michel Rolland) et Hubert De Boüard Consulting, pour un ensemble de plus de 200 vins et en évitant de répéter des coups de cœur précédemment cités.
Les généralités descriptives ne sont pas de mise ici, tant les sols et la climatologie sont variables entre les appellations les plus au nord et celles les plus au sud.
En revanche, voici de quoi se faire une bonne opinion sur la réalité viticole de ce millésime 2014, tant nous avons à faire ici à des vins de transpiration, des vins de vigneron plus que de banquier!
Quelques vins sont notés «fades», «amers», «asséchants» ou encore «sans intérêt» mais les défauts les plus rencontrés sont  «simple» «léger», «rustique», «manque de chair», «manque de profondeur».
Toutefois, pour la grande majorité des vins dégustés, les qualificatifs «bon fruité», «juteux», «vineux» reviennent très régulièrement et nous promettent des vins offrant beaucoup de plaisir quand ils seront sur table.
Bien entendu, certains (souvent les mêmes chaque année) sont plus complexes, plus nourris que d’autres.
En tout cas, si l’on aime le Bordeaux, voici un millésime, pas grand, certes, mais qui affiche les principales caractéristiques qualitatifs des Bordeaux vrais: le fruit, le jus et les tannins.

Les Côtes de Bordeaux

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Château Godard Bellevue

 

Coup de cœur pour un vin de Malbec: Arbo Malbec du Château Godard Bellevue pour lequel j’ai écrit «on a envie de le boire et c’est bien le premier!».

Les Cadillac

Les Château Reynon et Château Haut-Coulon à la structure bien assise et ne manquant pas de jus et de fruit. La cuvée Héritage du Château Les Guyonnets et le Château Sainte-Catherine dans une expression très en souplesse d’un bout à l’autre.

Les Bourg

Mon cru préféré est sans doute le Château Martinat ainsi que sa cuvée Epicuria pour leur vinosité et leur longueur. Mais j’attendrais aussi beaucoup de Château Bujan de belle composition dans l’équilibre, de la cuvée Péché du Roy du Château Haut-Guiraud pour sa gourmandise, la cuvée Maldoror du Château Fougas malgré son caractère oxydatif, les Château Mercier et la cuvée Altus du Château Montfollet après que l’élevage ai dompté leur rusticité.

Les Blaye

Le Château Bel Air La Royère est toujours au top, le leader de cette appellation. Puissance, chair, fruit, tenue, longueur : impeccable !
Il est talonné de près par le Château Monconseil Gazin, juteux et onctueux.
Suivent les Château Haut Bertinerie, gourmand, le Château Mélignan, doucereux et plein de fruit, et le Château Grand Secret, un vin droit et frais.
Enfin je relève des vins habitués des coups de cœur, des vins faciles, bien buvant, pas prétentieux, très bien orchestrés où rien ne dépasse : la cuvée Vieille Vigne du Château Segonzac, le Château les Jonqueyres et la cuvée Les Trois Moulin du Château Lacaussade Saint-Martin.

Les Castillon

Coup de cœur pour un sacré bonhomme: Régis Moro. Il nous vinifie trois beaux vins, une opulente cuvée Joanna, une assise et puissante cuvée Pélan et un Vieux Champs de Mars moins imposant mais très frais et velouté.
Au sommet de l’appellation, nous retrouvons Le Château Montlandrie bien en chair et rempli de fruit jusqu’au bout et le Clos Puy Arnaud toujours dans la  droiture et l’élégance.
Nous pouvons compter également le Château Veyry, sévère mais il va s’épanouir au cours de l’élevage,  et la cuvée Sacha du Château de Laussac qui nous offre déjà un volume épatant.
Enfin, notons le Clos Louie et le Château Côte Monpezat qui devraient s’avérer de très jolis flacons.

Les Francs

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Château Ad Francos

 

Le Grand Cru de cette appellation et sans aucun doute le Château Ad Francos, vinosité, droiture, élégance, du jus et du fruit tout du long.
Ma surprise vient du Château Nardou qui a probablement vinifié ici son meilleur millésime depuis que je le goûte : une belle chair fruité et juteuse.
Quant au Château La Prade, nous l’attendions, il est bien là, moins monolithique qu’à son habitude mais pouvant se vanter d’une jolie profondeur.
Dans le répertoire « bien buvant » le Clos Fontaine nous offre un vin sur le fruit et la tendresse : charmant. 

Les Graves de Vayres

Château Goudichaud et La Fleur des Graves du même château, fruit, chair et droiture pour ces vins à plus de 50% de Cabernet Sauvignon.

 

JEUDI 2 AVRIL

La rive droite, c’est le pays du Merlot (même s’il y en a aussi pas mal sur la rive gauche). Merlot sur sables, Merlot sur argiles, Merlot sur calcaires, Merlot sur graves ; Merlot en plateau, en vallée ou en coteaux, plus ou moins associé au Cabernet Franc: sans compter les autres cépages minoritaires voir confidentiels, voilà déjà de quoi multiplier les paramètres menant à la réussite ou non de ce millésime.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que 2014 est particulièrement hétérogène. A tel point que nous nous demandons souvent si tous les crus ont vinifié le même millésime !

Saint-Emilion

Voici l’illustration parfaite de ce dernier propos. L’expression aromatique et gustative de vins provenant de vignes dans les sables de pied de côtes, comparée à celle à de vins de vignes sur argiles en plateaux et plus encore en coteaux, affiche une différence saisissante. En considérant deux vins très bien vinifiés, dans le respect de l’équilibre du vin et avec la même proportion d’encépagement: le premier est rond, souple avec des tannins fondus et un fruité plutôt cuit, le second est droit, avec une structure rectiligne et assise, un fruité franc et frais et affichant de la nervosité. Une franche impression de deux millésimes différents.

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Château Villemaurine

Nous les attendions, ils sont là : Château La Gaffelière très en finesse, Château Pavie Macquin et  Château Troplong Mondot  aux trames serrées et plus appuyées.
Le Château Valandraud, fidèle à son image, s’affiche dans l’opulence et la puissance.
Parmi les Grands Crus Classés,  les Château La Tour Figeac et Château Villemaurine, très élégants, sont aux avant poste. Dans un style plus chaud et doucereux, les Château Soutard et Château Grand Mayne surprennent par leur chair et leur éloquence.
En Grand Cru, pour le fruité juteux je vous livre Le Petit Cheval du Château Cheval Blanc, Château Laforge, Château Godeau, Château Edmus.

 Pomerol

Pomerol est un peu plus simple à décrypter, moins disparate, les sols sont, caricaturalement, des graves – des graves argileuses, des graves sur argiles et des sables. Le cépage très largement dominant est le Merlot, il est précoce et sensible, la nature des sols a fait la différence: pour traverser septembre et début octobre sans encombre, il fallait de l’argile, sinon les vins sont éteints et minces.
Rien de grand, mais de belles compositions, des vins vineux et juteux:

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Château Gazin

Les Château Gazin et Château La Conseillante en tête pour leur longueur et leur tenue;  les Château La Pointe et Château La Croix de Gay les talonnent avec de belles densités; enfin, les Château Bel Air, Château Le Bon Pasteur, Château Clinet et Clos René offrent rondeur, souplesse et élégance.

 

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MERCREDI 1er AVRIL

Une journée tournée vers les appellations médocaines, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe, Moulis, Listrac et Haut-Médoc. Une dégustation satisfaisante qui laisse entrevoir que le millésime a été plus favorable aux vins de la rive gauche qu’à ceux de la rive droite.

Saint-Julien,
sans doute la plus réussie des appellations en 2014

Une belle émotion à Saint-Julien où la réussite est générale sur l’ensemble des vins de ces dégustations. Certains flacons font l’objet de quelques défauts du millésime (milieu de bouche flottant ou manque de finale), mais tous ont l’empreinte caractéristique du millésime : la droiture, la vinosité, le caractère juteux et le fruité.
A vrai dire, c’est aussi l’empreinte caractéristique du style «Bordeaux», ce qui ne peut que ravir nos palais.
Nous rentrons tout de suite dans le vif du sujet avec le Château Beychevelle, du fruit, de la droiture, de la tenue et de l’élégance.
Le Château Branaire Ducru, lui ressemble fort, en un peu plus charnu.
Le Château Talbot, et le Château Gruaud Larose sont de très belle facture, avec sans doute plus de fraîcheur, de nervosité.
Le Château Gloria s’impose, tout comme le Clos du Marquis : délicieux, l’un comme l’autre. 

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Château Beychevelle

 

Pauillac est bien au rendez-vous

Pauillac n’est pas en reste. Des vins comme on les attendait, avec un corps plus dense, plus épais, des tannins plus fermes, plus massifs.
Dans ce répertoire, le Château d’Armailhac, le Château Grand Puy Lacoste et son voisin le Château Grand Puy Ducasse présentent sans doute la puissance plus appuyée.
Le Château Clerc Milon est plus feutré, plus vineux, et le Château Haut-Bages Libéral pourrait presque être un Saint-Julien, avec sa bouche plus juteuse et sa structure plus discrète.
Enfin, le Château Lynch Moussas ne passe pas inaperçu : une belle composition. 

Saint-Estèphe a produit quelques perles

Saint-Estèphe affiche de belles réussites également. Tout n’est pas à retenir, l’association de structures tanniques naturellement très appuyées en raison du terroir, et les fins de bouche souvent un peu minces en raison du millésime, engendrent des finales rudes, dures, comme si nos joues étaient prises dans un étau !
Mais ce n’est pas le cas des flacons suivants :
Le Château Calon Ségur est superbe dans sa droiture, son fruité et sa tenue. Son second vin, le Château Marquis de Calon est à retenir également.
Le Château de Pez présente un vin très feutré pour l’appellation.
Le Château Haut-Marbuzet, comme à son habitude, est très frais, fruité juteux, d’une certaine tendresse et donne vraiment envie.
Le Château Lafon Rochet, tout aussi fruité et juteux, peut se vanter de son charme. 

Poujeaux-Le-Cuvier

Château Poujeaux-Le-Cuvier

 

A Moulis, toujours les mêmes

Les Château Chasse Spleen et Château Poujeaux. Les deux ont un bon jus, le premier est plus droit avec une structure toujours plus affirmée, le second, plus mûr, plus généreux en fruité. 

Le Haut-Médoc, c’est vaste !

Le Haut-Médoc, comme nous pouvions nous en douter, en raison de la diversité des terroirs, est de qualité très hétérogène. Des vins frais et fruités, d’autres grisonnants, voir ternes. Des vins équilibrés, d’autres arrogants, des vins fins d’autres puissants, des vins légers, d’autres complexes.
Bref, voici une sélection de quelques crus que je serai content de déguster après la mise en bouteille.
Le Château Belgrave est de bonne facture, fruité, juteux, de bonne tenue et longueur. Manque peut-être un peu de fraîcheur, mais c’est un joli flacon.
Le Château La Tour Carnet est assez réussi également, dans une version plus dense, et plus chaude aussi.
Le Château Petit Bocq et le Château Cambon La Pelouse sont à noter, un tannin un peu sévère mais l’élevage devrait l’adoucir.
Le Château Potensac, le Château Camensac et le Château Senejac, promettent des vins aimables, fruités, juteux et bien buvants.

MARDI 31 MARS

A Margaux, « y a du vin » !

Ce matin, direction le Médoc. Le Château Fourcas-Hosten accueille la dégustation de l’Union des Grands Crus de Bordeaux pour les appellations Médoc, Listrac, Moulis et Margaux.
En raison du peu de représentants des trois premières appellations, je ne traiterai ici que de l’appellation Margaux. Pour les autres, vous attendrez que j’en ai gouté davantage !
Margaux affiche de belles réussites. Tout n’est pas parfait, tout n’est d’ailleurs pas forcément bon.  Des milieux de bouche qui flottent un peu et des vins qui semblent chercher leur chemin. Bref, tout n’est pas bon; mais ce qui est bon est vraiment bon.
Du vin, du jus, du fruit, de la chair et souvent de l’élégance. Un millésime pas franchement évident, alors bravo, en particulier pour ces quelques premiers coups de cœur :
Un Château Malescot Saint Exupéry, très en forme, de belle élégance, le Château Labégorce, de mieux en mieux chaque année, devenant très classieux, et un superbe Château Prieuré-Lichine qui présente cette année, à mon palais, le meilleur des Prieuré-Lichine jamais gouté, non pas en comparaison de puissance, mais de droiture et d’élégance de sa partition.
Talonnant de près ces trois-là, je note les belles réussites des Château Monbrison et Château d’ Angludet.

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Château Monbrison

 

Le « team » Derenoncourt toujours en pole position !

Avec l’équipe Derenoncourt, nous traversons le Bordelais de long en large et en travers. Pas une appellation n’échappe à son savoir faire, petits, moyens ou grands terroirs, riches ou modestes propriétaires, tous ont droit au même objectif : la subtile expression d’une terre et d’un pied de vigne.
Christine, Hannah, Stéphane, Frédéric, Simon, Romain, Julien, tous des amoureux de la terre, de ses textures et ses parfums, non pas de pompeux créateurs mais de humbles, sensibles et respectueux interprètes de partitions qui avaient juste besoin d’être souvent dépoussiérées, parfois décryptées.
Julien … Julien Lavenu … un jour il faudrait que je vous le raconte ou plutôt que je l’invite à se raconter. Julien explique les nuances complexes de la terre au verre aussi simplement, aussi facilement que Jean-François Zygel nous parle des œuvres de la musique classique.
Non, je n’exagère pas, déguster les vins avec cette équipe, ce n’est pas simplement mesurer ou peser, c’est comprendre, apprendre, pour peu que l’on soit prêt à entendre que le vin n’est pas un produit mais un fruit.
Oui je sais, les rabat-joies diront que je me répète chaque année, les envieux souligneront ma partialité. Pourquoi les dégustations devraient être solennelles, austères et tristes ? J’aime la vie et quand en chemin elle me sourit j’aime juste l’exprimer pour la partager, c’est aussi simple que cela.
Faut-il avoir un balais dans le derrière lorsqu’on déguste et juge pour être crédible ? Je suis un amoureux, un jouisseur, je ne viens pas à une messe et j’essaie d’éviter les bois de Boulogne, en revanche je ferai boulimie de bouillons de culture.
Bref, chez l’équipe Derenoncourt, il y a de jolies perles ici et là dans toutes les appellations, et la confirmation que ce millésime 2014, en rouge, n’est pas un grand millésime, mais un bon voir très bon millésime. 

Coups de cœur

 A Bordeaux
Château Grée Laroque revient sur le devant de la scène avec un fruit juteux, une chair gourmande et un tannin juste en appui de l’ensemble, Château Jean Faux et Château Courteillac, toujours réguliers, droiture et fraicheur pour le premier, rondeur et suavité pour le second.

A Saint-Foy Bordeaux
Le Château Hosten-Picant, en particulier sa cuvée Lucullus, vient de produire le Hosten Picant qu’il n’avait encore jamais produit. Fini le chiffon à cirer, de la vérité, de la sincérité, un jus énorme et de la profondeur. 

A Blaye,
Le Château Magdelaine Bouhou est parfait dans sa conduite tout comme nous l’avions épinglé les millésimes précédents.

A Castillon,
Le Domaine de l’A bien sûr, immanquable : volume, densité, vinosité et tendresse.
Château Claud Bellevue, impeccable : chair, longueur profondeur.

Dans le Fronsadais,
Le Château Vrai Canon Bouché produit encore un superbe Bordeaux, dans la droiture, le fruité, et même l’élégance.

A Pomerol,
Le Château Petit Village est évidemment bien présent, pas de doute il y a du vin !
Mais je voudrais surtout vous appeler à surveiller le Château Saint-Pierre, nouvellement dans l’équipe, un vin d’un potentiel énorme, qui manque pour l’instant d’affinage mais à surveiller de très près.

Dans les Graves,
Le Château Fougères regorge de fruit, de jus, de gourmandise.

A Saint-Emilion Grand Cru,
Le Château Lucia possède un fruit énorme, et offre une belle bouche facile et tendre.
Le Château Capet Guiller : du vin, du vin, du jus, du fruit, de la tenue.
La cuvée Passage Secret du Château Lamarte : densité et droiture, le fruit bien présent.
Enfin, le Château Rol Valentin : élégance, élégance, élégance !

En Saint-Emilion Premier Grand Cru Classé
Le Château Clos Fourtet est un monstre de finesse et d’élégance, pas un cheveu ne dépasse tout du long.
Le Château Larcis Ducasse est tout simplement superbe, beaucoup plus juteux et classieux qu’opulent.

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Château Larcis Ducasse

Dans le Médoc,
Le Château d’Agassac a rarement été aussi fin et bon, gagnant en milieu de bouche et en tenue.
Le Château Saint-Paul, le Château Malescasse et le Château Hanteillan, dans l’ordre croissant de leur empreinte tannique, sont de beaux vins de fruits, faciles et qui raviront papilles et portemonnaies.

A Saint-Julien,
Château Talbot est de très bonne classe, juteux et élégant.

A Margaux,
Le Château Prieuré- Lichine ne fait que confirmer la dégustation précédente

 

LUNDI 30 MARS

Grande effervescence dans le Bordelais, cette année, le début du printemps coïncide avec les Primeurs.
Après avoir goûté ici et là différents vins de Bordeaux, afin de se faire une première idée du millésime, ce lundi 30 mars débute la semaine folle des Primeurs, celle de toutes les dégustations organisées autour de celles de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.
Des centaines et des centaines d’échantillons nous attendent aux quatre coins du vignoble bordelais; il ne reste plus qu’à s’y rendre: déguster, cracher, noter, remarquer, et avaler… les kilomètres !

Graves et Pessac-Léognan tiennent leurs promesses.

Ce matin, c’est le Château Pique Caillou, dans l’appellation Pessac-Léognan, qui nous reçoit pour la dégustation des Graves et Pessac-Léognan de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.
Une belle dégustation dont nous attendions beaucoup. D’une part, parce que quelques-uns des meilleurs crus et crus classés de la région y sont réunis et que chacun des crus produit en majorité des rouges et des blancs secs. D’autre part, parce que l’été humide et frileux a été propice à la vinification de grands blancs et que l’arrière-saison, de septembre à octobre, avec des conditions estivales, a sans doute sauvé la maturation des raisins noirs. Fleurons du Bordelais, ils doivent nous donner la température de ce millésime dans les deux couleurs.

Les blancs

Choses promises, choses dues. Nous avons incontestablement à faire à un beau millésime de blancs secs. De la fraîcheur, de la viscosité et de la puissance, de l’intensité, de la tension et de la tendresse et ce, dans une expression qualitative plutôt homogène pour l’ensemble des crus.
Château Malartic-Lagravière est mon coup de cœur numéro 1, la composition est parfaitement orchestrée et très raffinée.
Le Domaine de Chevalier, moins sévère que d’habitude, est mon second coup de cœur.
Les Château Smith-Haut-Lafitte et Château Pape Clément  ne sont pas en reste et se partagent mon troisième coup de cœur.

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Château Malartic-Lagravière

 

Les rouges

 

Pour les vins rouges, il ne s’agit pas d’un grand millésime, mais d’un très bon millésime et d’une signature particulièrement dans le pur style «Bordeaux»: de très jolis vins, bien droits, avec des tannins en place et fins, généreux de fruité et beaucoup de fraîcheur, une belle composition, et même de l’élégance, ainsi se présentent les meilleurs.
L’ensemble est plus hétérogène que pour les vins blancs. Certains vins manquent d’équilibre, en particulier dans la gestion des tannins, surtout que les milieux de bouche ne sont pas, sur ce millésime, des plus nourris.
Mon premier coup de cœur, haut la main, est attribué au Château Smith-Haut-Lafitte pour sa densité, son intensité, sa profondeur et son éloquence.
Cette dégustation révèle aussi quelques très bonnes surprises pour les porte-monnaies.
Mes coups de cœurs en rouge :
Le Château Carbonnieux a produit là un de ses meilleurs millésimes, un vin remarquable dans son expression et son équilibre, comme je n’en avais pas gouté chez ce cru depuis fort longtemps.
Ma seconde belle surprise est celle du Château de France qui nous livre une composition parfaitement orchestrée dans la droiture et la tenue. De beaux tannins et un croquant gourmand.

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Château Smith-Haut-Lafitte

 

 Rien ne va plus pour les liquoreux !

Ce lundi après-midi c’est le Château Guiraud à Sauternes qui reçoit la dégustation des Sauternes et Barsac de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.
«Petit», «tout petit» mime mon pouce et mon index.
A quelques exceptions près, les vins ne racontent pas grand-chose et surtout pas le botrytis que nous attendions. Dans l’ensemble, ils sont relativement plat, avec des milieux de bouche aqueux et très souvent, une amertume dérangeante.
De série en série, aucun vin ne m’enthousiasme, jusqu’à atteindre la dernière série où enfin se révèlent quelques petits bijoux bien nourris et élégants.
Ces perles malheureusement bien rares sont :
Le Château Lafaurie Peyraguey et le Château La Tour Blanche nous offrent de belles densités en conservant beaucoup de fraîcheur. Le Château Guiraud s’illustre de nouveau avec une belle vinosité et une élégance qui le rend unique.
Fabian Barnes

 A suivre ….

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2 commentaires

  • Marc L. says:

    Cher IVV.

    Merci pour ces commentaires sympathiques et vivants. On s’y croirait.
    J’attends la suite avec impatience.

    Amitiés,

    Marc

  • […] Quant au 2011, il en fait même une de ses rares « Belles bouteilles » du Médoc pour ce millésime, à l’égal de Château Lagrange, de Château Lafon Rochet, de Château Haut-Marbuzet, de Château Sociando-Mallet et de Château Poujeaux. Il figure aussi dans sa sélection des primeurs 2014. […]

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