Oenophone

13/05/2015 - Cette nouvelle rubrique, destinée aux gastrophiles et autres aquaphobes, aura comme vecteur un mot puisé dans le joyeux monde du vin et de ses libations.
Sa définition sera livrée tambour battant et à bride abattue.
Pour essuyer les plâtres et pendre la crémaillère, sans plus tarder, applaudissons le CLONE qui entre en piste.
Que la fête commence…

Clone

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Plan de vigne sélectionné selon des critères précis (résistance à certains virus et maladies, régularité et rendement, profil organoleptique du vin obtenu, etc…) et reproduit par voie non sexuée de manière à ce que sa descendance lui soit en tout point identique.
C’est le copier/coller de la viticulture moderne.
Tout l’monde il est beau, tout l’monde il sera gentil. Mais en vérité, c’est un très long processus car entre la sélection de la vigne et l’implantation de sa descendance dans le vignoble il peut facilement s’écouler vingt ans.
Après quelques années d’observations et de tests en labo, les clones retenus sont à nouveau testés  mais cette fois en conditions réelles extérieures.
Ce n’est qu’après quelques années encore que le clone reçoit officiellement sa certification et son agrément  de l’Etat.
Ensuite, c’est le pépiniériste qui entre en scène, c’est lui qui est chargé de le reproduire en grande quantité pour sa commercialisation auprès des vignerons.
Mais n’y a-t-il pas un risque d’uniformisation, me direz-vous?
En effet, mais là c’est le choix personnel du vigneron qui s’applique, car pour les cépages les plus répandus, il existe pour chacun une assez grande variété de clones.
Le vigneron a donc la possibilité d’opter pour une plus grande complémentarité ou au contraire de choisir ceux qui sont les plus robustes et productifs, au détriment de la finesse.
C’est en quelque sorte « son libre arbitre » dirait le psy.

Phylloxéra Vastatrix 

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La seule évocation de son nom donne froid dans le dos.
A côté de lui Terminator est une vraie mauviette.
Il a été le vecteur de destruction massive le plus effroyable qui soit.
En moins de 30 ans il parvint à décimer  l’ensemble du vignoble européen.
Ce phénomène morbide fut signalé la première fois en 1863 dans le Gard et se répandit ensuite comme une onde de choc.
Ce n’est qu’en 1868 que le coupable fut identifié : un minuscule puceron qui s’attaque principalement aux racines de la vigne et en suce la sève.
On découvrit que la sale bête fut introduite sur le continent par des pieds de vignes importés d’Amérique, lesquels étrangement ne présentaient aucun symptôme. Tiens, tiens…
Après plusieurs années à se gratter le crâne (les botanistes) et à invoquer tous les saints du calendrier (les vignerons), la seule solution pour sauver nos nobles cépages européens fut la greffe sur plants… américains.
Alors aujourd’hui qu’est-ce qu’on dit? Merci les américains!

Botrytis cinerea

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Mais quelle est donc sa vraie nature ?
Parfois ange et mais le plus souvent démon, le pouvoir de ce champignon microscopique est immense ; rapidement il peut anéantir la vendange ou doucement la sublimer pour donner naissance à un élixir divin.
Dans le premier cas, il s’agit de la « pourriture grise » (la plus tristement répandue) et dans le second, la très vénérée « pourriture noble » celle qui permet l’élaboration des plus grands vins liquoreux (Yquem & Co.).
Ce sont des conditions climatiques et pédologiques bien particulières qui définiront de quel côté penchera la balance.
Aux perles de rosée du petit matin d’automne sur les baies gorgées de sucre doit  succéder  la tendre caresse des rayons de soleil afin d’en sécher la pruine et de permettre au botrytis d’y étendre sa toile cendrée pour ensuite y effectuer sa lente pénétration.
Après quelques jours de ce processus amoureux la baie atteint le stade ultime de « pourri noble » et peut alors être cueillie.
My sweet lord.

Daniel Marcil

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