Noter les vins… ou pas

27 /03 / 2015 - Certains critiques donnent des notes aux vins. D’autres, des étoiles. D’autres, rien du tout.
Cela mérite sans doute qu’on s’y attarde un peu.

De mon temps…

De mon temps, à l’école d’avant 68, on notait sur 20. Mes enfants, eux, ont tout eu: des notes sur 10, sur 100, sur 50+20, parfois même sur 47 (sans compter les points bonus). En primaire, bien sûr, ils ne recevaient pas de points, mais des feux verts, orange et rouges (pour « compétences acquises », « en voie d’acquisition » et « non acquises »); le but avoué étant de ne traumatiser personne – d’ailleurs, contrairement à nous, qui connaissions les notes de toute la classe, annoncées par le professeur, celles de mes enfants étaient aussi secrètes que le code d’accès de l’appartement de Julie Gayet. Moyennant quoi toute leur classe est passée dans le secondaire, même ceux qui savaient à peine écrire, ce qui prouve l’excellence du nouveau système.
Mais pour revenir au vin, il me semble qu’une note ne peut avoir de vraie valeur que si elle a le même sens pour tous. C’est loin d’être le cas.

70 points pour rien ?

Ainsi, dans les concours de vins, la note minimale pour obtenir une médaille est généralement de 82/100.
En fait, si on y réfléchit bien, les 70 premiers points ne servent à rien.
Si l’on estime que 12 est la note à partir de laquelle on peut attribuer l’argent (ou le bronze), alors 82-70= 12.
Pour la médaille d’or, la note est de 85. Là encore, 85-70 = 15. CQFD.
Quant aux vins au-dessus de 90, ils sont tous Grandes Médailles d’Or… Passées les bornes, il n’y a plus de limites.
Il faut dire que cette notation s’appuie généralement sur une fiche OIV qui, sans doute, a ses mérites, mais où, si l’on suit le règlement à la lettre, et hormis quelques défauts oenologiques criants, le simple fait d’être versé dans un verre donne déjà 40/100 au produit: mettez une croix  partout dans la colonne insuffisant, c’est ce que vous obtenez.
Le même raisonnement s’applique peu ou prou aux notations « à la Parker »: en dessous de 90, pas de salut; pas de notoriété. A se demander à quoi servent les 89 premiers points.
Quant à moi, je préfère les notes sur 20. C’est mon côté Old Europe.
Reste à voir ce que recouvrent ces notes.
Ainsi, Jancis Robinson applique la grille suivante:
•20 points: Exceptionnel
•19 points: Digne d’une grande attention
•18 points: Un peu au dessus de Supérieur (sic).
•17 points: Supérieur.
•16 points: Remarquable.
•15 points: Moyen.
•14 points: Médiocre.
•13 points: Défectueux.
•12 points: Plus que déséquilibré.
J’ai du mal à suivre, je l’avoue. La moitié de 20 étant 10 (oui, j’ai fait les maths classiques), et même en tenant compte de la propension de nos amis anglais à conduire à gauche, à mesurer en douzièmes de pieds et à couper les cheveux en quatre, un vin défectueux ou plus que déséquilibré ne devrait pas obtenir plus de 9.
Ma notation est sans doute moins précise que celle de Jancis – ou plutôt, je ne me suis jamais donné la peine de mettre des mots sur chaque nombre.
Ce qui est sûr, c’est que 12 est la note minimale pour que je parle d’un vin – c’est d’ailleurs aussi le minimum pour les sélections que nous faisons chez In Vino Veritas (toujours à l’aveugle, bien sûr).
Un 14 est déjà une belle note. Un  16 ou un 17 sont des notes exceptionnelles, que je ne donne qu’assez rarement.
Il m’arrive de donner des demi-points; c’est le cas, par exemple, quand l’impression générale donnerait 15, mais qu’un petit manque de longueur, ou un nez un peu faible, m’incite à redescendre d’un cran, à 14,5.

Tous des éléphants !

Reste le problème du 20/20
Là encore, comme dans l’enseignement, c’est plus une affaire philosophique, voire d’engagement politique,  qu’une affaire de calibration.
La perfection existe-t-elle? Pour un devoir de maths, sans doute: là où il n’y a qu’une réponse possible, pas de doute possible, on peut obtenir le maximum des points. Mais pour une dissertation de français, un travail de dessin, un examen de musique, c’est plus difficile. A moins bien sûr que le prof ne décide que tout le monde a le droit à la note maximale, parce que toute hiérarchisation porte en germe une inégalité.
Ah, l’inégalité! Vous connaissez l’histoire: une équipe de souris dispute un match de foot contre une équipe d’éléphants. Au début de la partie, emporté par l’action, un éléphant écrase une souris. Le capitaine des éléphants vient s »excuser auprès du capitaine des souris. « Ne vous excusez pas, répond celui-ci, ça aurait très bien pu nous arriver aussi ».
Nous sommes tous des éléphants… en puissance.

Et pour  le vin?

Il m’est arrivé de donner 20/20. Ou plutôt, 100/100, car c’était dans un concours, à Québec. Mais c’était un peu de la provocation.
Je me trouvais dans un jury où tous mes collègues me donnaient l’impression de finasser. Etait-ce de l’inexpérience? La peur de s’engager? Une difficulté à se situer? Toujours est-il que tous les vins obtenaient des notes entre 80 et 83. Tous n’étaient pourtant pas médiocres, loin de là. Et il n’y avait aucune sorte de logique – les 80 n’étaient pas spécialement moins bons que les 83. J’étais systématiquement plus haut que la moyenne, mais deux autres jurés (sur 6) donnaient des notes très basses.
En cas de grand écart, il nous arrivait de discuter notre note. J’ai entendu alors à plusieurs reprises, chez mes deux collègues, une formule du genre: « Pas mal du tout, je donne 74/100 ». Quand on sait que la plus petite médaille est à 82, il y avait de quoi se poser des questions.
Arrive un superbe liquoreux (nous avons su plus tard qu’il s’agissait d’un Tokaji de Disznokö).
Je lui ai donné 100/100. Comme d’habitude, mes deux collègues ont donné 78 et 81, ou quelque chose du genre – avec de grands sourires. En voyant ma note, ils ont commencé à se poser des questions; la présidente du jury aussi – on essaie en général d’éviter des écarts trop importants, et là, plus de 20 points séparaient la note la plus basse de la note la plus haute. J’y suis allé de mon petit laïus: « Il y a deux façons de noter. Soit on ajoute des points pour arriver à la note qu’on veut; soit on retire des points par rapport à la meilleure note possible. Vous dites que vous appréciez ce vin. Expliquez moi où vous enlevez les points. Pour moi, il est parfait, nez, bouche, longueur, expression, aucun défaut, je lui mets 100. Maintenant, à vous de jouer. »

Résultat des courses; je suis resté à 100 et tous ont changé leurs notes; le vin a obtenu la grande médaille d’or.
Je n’en suis pas peu fier. Ca fait du bien, parfois, d’avoir raison.
Mais en dehors de ce cas particulier, j’avoue qu’il est rare que je donne la note maximale. Peut-être parce que je veux la réserver aux très grands vins; peut-être parce que je veux inconsciemment prouver que je suis plus  exigeant que je ne suis en réalité. Peut-être parce que la perfection n’est pas de ce monde.
A la réflexion, j’ai tort: tout vin qui suscite l’enthousiasme (et ce n’est pas si rare que ça) mériterait sans doute la note maximum.
Maintenant ami lecteur, votre avis m’intéresse. Quel type de notation vous semble-t-il le plus adapté au vin? Ou préférez-vous qu’on ne donne pas de notes?
Préférez-vous qu’on décrive le vin? Ou pas?
Qu’on vous dise quelques mots sur son origine? Ou son producteur?
Ou voulez-vous qu’on laisse le tout  à votre imagination?
Qu’on parle de l’étiquette? Ou des conditions de la dégustation? De la quantité qu’on a bu, et de ce qu’en pense la belle-mère?
D’avance, merci de vos réactions. Après tout, c’est pour vous qu’on fait tout ça!

Hervé/Lalau

 

 

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