In Vino Veritas

la buena vida

Buenavida FR

 VIGNOBLES DE L’EXTREME

 Garnacha ultima sur les hauts de Méntrida 

 Entre Tolède et Madrid, en plein cœur de l’Espagne, la DO Méntrida repousse les limites de l’implantation du Grenache. Accrochées au flanc de la Sierra de Gredos, les vignes des Jiménez-Landi regardent de haut le Tage couler au loin.


Une ancienne propriété familiale
 Les vieux ceps témoignent de l’attachement de la famille à ces terres arides; le vin de Grenache a toujours empli leur cave. Le travail difficile a progressivement poussé la génération précédente à abandonner les pentes ingrates du piémont de la Sierra pour ne garder là qu’une maison de vacances. Mais en 2004, José et Daniel, qui sont cousins, décident réhabiliter les vieilles parcelles. D’oublier qu’il faut leur en donner beaucoup pour recevoir en retour à peine de quoi faire quelques bouteilles. De montrer qu’à Méntrida, on peut viser l’excellence, même si la DO, qui s’étend sur 9.000 ha, voue l’essentiel de sa production au vrac. Telle était leur quête, leur esprit.
Puis Daniel a repris son vol, à la recherche des Grenaches les plus extrêmes de la région, tandis que José assurait le devenir de la propriété familiale.

Toujours plus haut
Les pas de Daniel l’on conduit à El Réal de San Vicente, dans la Valle del Tiétar. Là, quelques arpents de Grenache montent de 700 à 1.000 mètres. Les jus qui en coulent sont certes un peu légers en couleur mais ne manquent ni de force, ni de caractère, la teinte comme l’habit ne font ni le moine ni le vin. L’altitude apporte aussi cette agréable fraîcheur qui soutient le fruit et redessine le Grenache en une épure aux allures de Nebbiolo. Daniel nous en persuade: «les Grenaches d’altitude de le Sierra de Gredos donnent des vins plus élégants, plus fins, peut-être les plus grands du monde…». Le sol fait de sable de décomposition granitique apporte aussi son quota d’élégance.

la-uvas-de-la-ira-2012-jimenez-landi hLas UVAS de la IRA 2012 Vino de Pueblo DO Méntrida
Ces raisins-là ne nous mettent pas en colère, mais nous charment par la délicatesse de leur robe, entre le vermillon et le rubis. Le nez, d’abord discret, évoque les griottes confites légèrement fumée et nuancées d’un trait de réglisse, d’un soupçon de gentiane et d’une pincée de poivre. En bouche, la soie délicate des tanins déroule  son fruité recherché sur le tapis des papilles. Attentives, ces dernières palpent avec délectation la chair offerte, subtilité de fruits rouges, succession de groseille, de framboise et de fraise qui s’ajoutent à la cerise. Les épices relèvent les velléités fruitées et allongent à n’en plus finir l’exercice savoureux. La fraîcheur, elle aussi épurée, soutient avec doigté la structure aérienne de ce vin d’altitude.
La vendange n’est pas éraflée et macère sans levurage. L’élevage de 10 mois se fait en différents contenants usagés qui vont de la barrique aux foudres de 2.000 et 3.000 litres en passant par le demi-muid. La conduite de la vigne se fait en biodynamie, on s’en doutait.
Un vin surprenant qui tourne les regards vers cette appellation peu connue. Quand il coule dans le verre, on se demande ce qu’on nous sert. Peu de couleur, pas vraiment expressif au nez, puis en bouche, la révélation.  ¡Revelación de un vino de carácter! 20.77€

Marc Vanhellemont