In Vino Veritas

Cave des Oblats

Oblats

100 Minervois au banc d’essai

 Les Fontanilles 2013 Anne Gros & Jean Paul Tollotles-fontanilles-domaine-anne-gros-et-jean-paul-tollot

Grenat violacé, cette cuvée offre une petite taf de fumée au premier nez, puis dessine d’un trait de réglisse des impressions de garrigue où poussent pour notre plus grande joie prunelle et cassis. Superbe d’élégance et de fraîcheur, la bouche s’ourle des fruits et des herbes senties, les applique sur la soie tannique. Puis, s’étire, toujours délicate, ajoutant en finale quelques épices.
Un vin très élégant qui assemble Syrah, Carignan, Cinsault et un peu plus de Grenache. Les vignes de 25 à 55 ans poussent dans des sols de marnes, calcaires et grès. Égrappage total et élevage 50% en, 50% en inox.  www.anne-gros.com/minervois.html

 

Alsace et pinot noir

Strangenberg – Agathe Bursin – WesthaltenPinot Noir Strangenberg 2013

Cerises rouges très légèrement kirschées, petite note boisée, tanins suaves, fraîcheur et élan d’une matière au délicat équilibre. agathe.bursin@wanadoo.fr

Pierre Clavel : « Bonne Pioche » sur 4 millésimes

En janvier 2009, Pierre Clavel s’est trouvé quelques arpents de Pic Saint Loup, la terre promise des appellations languedociennes (c’est un peu comme ça qu’on le ressent, on dirait que tout le monde veut y être…).

Il était là, ce lopin, délaissé au flanc d’une colline de Saint-Jean-de-Cuculles, 14 hectares de vignes exposées Sud/Sud-Est, entourées de garrigue sauvage, mais ô combien odorante. Un sol ingrat d’éboulis calcaires et de galets attendait depuis belle lurette le premier coup de pioche. Il fallait remettre la terre en culture, en valeur. Redonner vie à ce coin perdu. Produire un superbe raisin pour qu’Estelle soit fière, comme Arsule l’était du blé de Panturle (cf. Giono, Regain).

Et comme, côté vinif, Pierre n’est pas le premier venu, nous nous sommes dits qu’une petite verticale de quatre millésimes, nous montrerait la maestria du bonhomme… 

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La technique ( en bref )

Pour rappel, la cuvée Bonne Pioche assemble 65% de Syrah 20% de Mourvèdre et 15% de Grenache égrappés à 100%, foulés et vinifiés séparément en cuves béton. La macération dure de 4 à 5 semaines. L’élevage se fait en foudres de 14 hl pendant 14 mois. Le vin n’est ni collé, ni filtré à la mise.  

La dégustation

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 Bonne Pioche 2012 Pic Saint Loup

Rubis pourpre, il nous offre un nez friand de fruits rouge épicés de poivre et de bergamote, du fruit noir ensuite souligné de réglisse et d’anis. La bouche primesautière se tend de tanins soyeux mais néanmoins bien présents. Juteuse, elle prolonge le fruité du nez, y ajoute la délicatesse florale d’un réséda, d’un pétale d’iris, puis nous laisse en mémoire gustative la subtilité d’une dentelle minérale maculée de baies et brodée d’épices. 

Bonne Pioche 2011 Pic Saint Loup

Rubis carminé à l’aspect velouté. Le nez plutôt franc impose son fruit rouge sans sourciller, cerise, framboise et arbouse nimbées d’arômes de garrigue. La bouche s’offre, gourmande, finement ourlée de tanins des plus soyeux. Son sourire est un fruit mûr que l’on a envie de croquer tout de go, sans réfléchir. Un trait épicé raffermit la lippe succulente. La finale, à l’image d’un baiser fruité, nous comble d’aise et nous encourage à récidiver. 

Bonne Pioche 2010 Pic Saint Loup

Grenat cramoisi, il arbore un nez de fruits noirs très épicé de poivre, de réglisse, d’encre de seiche, d’humus, d’aiguilles de pin avec un accent de garrigue important. La bouche est ferme, dense, elle a de l’ampleur ou du moins, elle en donne l’image. Le vin en effet garde une certaine réserve et nous promet tout bas une ouverture fabuleusement fruitée épicée d’ici quatre ou cinq années. Toutefois, entretemps, Bonne Pioche montre qu’elle en est une et nous octroie l’onctuosité de son fruit joliment empaqueté dans une soie tannique des plus raffinées. 

Bonne Pioche 2009 Pic Saint Loup

Grenat carminé au ton assez clair. Le nez un rien animal évoque le cuir et l’humus avant de révéler son fruit, mélange de confitures de baies rouges et noires bien relevées de poivre, de thym et de cumin. La bouche puissante envahit sans vergogne l’espace palatin et y distribue ses impulsions fruitées et épicées, installe sa trame tannique certes soyeuse, brodée de minéral et parfumé de pétales d’iris, ce qui raffermit l’ensemble. La fraîcheur reste heureusement de mise et donne une impulsion fluide agréable. On l’appréciera cependant mieux en compagnie d’un repas qui présentera autant de caractère que lui. – www.vins-clavel.fr

Marc Vanhellemont

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Caracterres – Les Dugois, une passion transmise – 12/2014

“…j’aime les gens modérés qui suivent le juste milieu. L’intempérance, même dans la poursuite du bien, je ne la trouve guère méprisable, mais certes saisissante, en fait, je n’ai aucun mot pour la définir“.
Heinrich Mann, La jeunesse du roi Henri Quatre. (1935)

Monique, Daniel et Philippe Dugois l

J’ai rencontré d’abord son épouse Monique, engagée au sein du comité des fêtes, lors de ma première Percée du Vin Jaune, à Lons-le-Saulnier. Daniel est apparu un peu plus tard sur la scène, enthousiaste, mais affairé à l’arrière-plan, arpentant caves et coulisses. Tous deux joyeux, mais sans exubérance, le regard complice. Tous deux fermement enracinés, lui certes un peu plus anguleux, le pas plus profond, elle, plus alerte, l’allure déliée. À les voir, on comprend mieux l’emblématique Henri IV qui trône sur les étiquettes. L’homme aussi chérissait la modération et avait l’art de garder l’église au milieu du village. Daniel y ajoute l’élégance et l’équilibre.
C’est à 21 ans que Daniel a fondé son domaine. À peine 2 ha aux Arsures qu’il vendangea en 1973 pour la première fois. Aujourd’hui, père de trois fils, il regarde, après 40 années de labeur, ses 10 ha répartis au sein du triangle d’or: Arbois, Salin-les-Bains et Poligny.
Daniel est un vrai vigneron qui tient autant à sa terre qu’à ses vignes, qu’à ses 5 ou 6 terroirs différents qu’il arpente avec la précision d’un géomètre. Il aime toutes les facettes du métier, sans vouloir en maîtriser du début à la fin toutes les techniques agronomiques. Non, sa passion lui réclamait l’acquisition d’un métier qui lui permette d’appréhender, de soigner, d’accepter, le mieux possible, l’ensemble des terroirs et leurs éléments constitutifs. Parvenir ensuite, après maintes métamorphoses, à en concilier tous les principes. Une tâche toutefois entreprise de façon ludique, comme un jeu, celui de l’humble quête du juste milieu.  Et plus joueur encore, cette pièce de Savagnin 1992, mise intentionnellement en marge des mémoires, qu’il sort d’on ne sait où, l’œil espiègle, inquisiteur de l’effet produit, témoigne de sa passion.
Cette ferveur, mémorisée avec soin et cœur dans tout ce qu’il a construit pendant toutes ces années, il savait pouvoir la transmettre…

Dévouement et transmission

En mars dernier, Daniel a pris sa retraite, laissant la main à la génération suivante. L’ainé, Philippe, après des études d’œnologie, suivies de stages en Australie et en Afrique du Sud, a repris le domaine.  Henri IV brille plus que jamais sur la Maison Dugois. Et tandis que que Monique et Daniel guettent le ou les prochains héritiers du trône, Philippe adopte la manière paysanne pour entamer sa recherche, celle de ce juste milieu qu’on appelle aussi quintessence.
Trousseau Grevillière Reflet du Roi Domaine Daniel Dugois
Comme un beau diable, ce Trousseau se pare d’un rouge à faire rougir bien moins qu’une pucelle. Il tourne, virevolte dans le verre, aguiche l’œil sans la moindre vergogne. Son parfum, certes subtil, apparaît tout aussi envoûtant. Délicate cerise, framboise délicieuse, léger accent de mûre, voire de myrtille, se soulignent de traits recherchés de poivre et de réglisse. Tout de suite, il faut que je le glisse au fond de mon gosier… aurait pu dire sans hésiter le truculent monarque qui nous sourit sur l’étiquette.
Pourtant, on nous l’avait décrit comme «un vin sage», peut-être même simple, juste frais et discret… Mais c’est là modération de vigneron, retenue de l’homme qui au travers de sa création nous révèle tout son esprit, sa maîtrise et son amour pour les choses qui malgré leur richesse gardent leur naturel. C’est oublier ce ressort, ce dynamisme qui éveille les papilles et pas qu’elles !
Coule encore dans mon gosier velours raffiné à l’angle tannique, juteux à souhait, cousu de baies enivrantes, tissé de gemmes cristallines, parfumé de quelques fleurs et racines.
Et puis cette fraîcheur ne témoigne-t-elle pas d’un esprit ouvert, de qui sait retirer des expériences acquises la quintessence du fruit. Fruit qu’il partage volontiers sans jamais rien imposer, en toute simplicité… A droite d’Henri IV, il est écrit «Reflet du Roi», mais qui est vraiment le Roi ?
Les vignes atteignent les 70 ans, elles poussent dans des marnes grises et des éboulis calcaires. La vendange est éraflée, la macération dure 3 semaines. Le vin loge en foudre pendant 2 ans. www.vins-danieldugois.com

Johan De Groef et Marc Vanhellemont

 Souvenirs, souvenirs …. Nationale 7 – 04/2014

Le rose rougit, se fait plus profond, se teinte sombre d’une dernière violence violette, obscurcit le Vacqueyras  2011 du Domaine d’Ouréa à la pourpre tissée de ténèbres, au nez gourmand qui nous réchauffe, il coule en bouche aussi  majestueux que l’étoile qui chavire à l’horizon. À la fois puissant et élégant, inexorable et délicieux, il nous emplit le corps quand le couchant nous comble les yeux. www.domainedourea.fr

 Bruxelles accueille l’Académie des Vignerons du Sud-Ouest.            – 08/2014

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Fronton – Domaine Le Roc la Folle Noire d’Ambat 2012
La famille Ribes propose depuis pas loin de 30 ans des vins qui se distinguent dans la production locale, et plus encore ces dernières années grâce à un affinement des matières. Pur 100% négrette, c’est bien elle la folle d’ambat, cette cuvée met en valeur ce cépage originel de Fronton : nez de cerises noires poivrées mâtinées d’une touche de violette, bouche tout en fraîcheur et croquant de fruit, petits tannins marqués sur la finale. € 8.50  www.leroc-fronton.com

Les Jurançons secs  2011/12 – 02/2014

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Clos Lapeyre :
Jean-Bernard Larrieu, dans ses différentes cuvées, travaille depuis 1985 à traduire au mieux les potentialités de ses parcelles, situées sur les hauteurs de La Chapelle-de-Rousse. En bio depuis 10 ans, le domaine compte près de 18ha. Trois cuvées de sec traduisent différentes origines de vignes: le Lapeyre sec (avec une nouvelle étiquette en 2012), élaboré avec des vignes de gros manseng de 40 ans,  offre un fruit croquant, de la vivacité et une grande buvabilité. Le Vitatge Vielh (prononcer Bitage Bieill) provient d’une parcelle complantée en 1945 de gros et petit manseng ainsi que de courbu. La structure se montre plus ferme et la matière plus dense, voilà les signes d’un beau vin de garde. Avec cette tension typique, propre au millésime 2010, le nez abonde de notes de fruits blancs, tandis que la bouche saline et élégante s’offre juste ce qu’il faut de gras pour habiller sa vivacité.
Le 2011 montre un peu plus de tendresse et des notes de fruits légèrement confits. La cuvée “Mantoulan”, provenant d’une parcelle aux sols plus légers, possède toujours plus de volume sans manquer de fraîcheur ni de salinité; le petit manseng lui apporte toute sa race. www.jurancon-lapeyre.fr