Libéralisation à la française

22/01/2016 - Le premier janvier dernier est entrée en vigueur la nouvelle réglementation européenne libéralisant les plantations de vignes. C'est donc à présent aux autorités des différents pays de motiver un refus d'extension.

La France, qui traîne des pieds depuis des années sur ce dossier, est cependant parvenue à libéraliser… tout en interdisant. Selon  France Agri-Mer, « chaque année, la France rendra disponible des autorisations de plantations nouvelles correspondant au maximum à 1% de la superficie nationale totale plantée en vigne.

Ce petit pour-cent est encore beaucoup trop pour certains qui y voient déjà la menace d’une concurrence: en France, pour vivre heureux, vivons cadenassés !

Aussi, certains confrères s’inquiètent, à l’image de Sud Ouest, qui titre: « En 2016, on pourra faire du vin n’importe où en France ».

D’autres, comme Le Parisien (toujours bien informé sur les produits de la terre !)  évoquent « la naissance d’une nouvelle catégorie de vins, les Vins sans Indication Géographique ». Rappelons que ceux-ci existent déjà depuis 6 ans, sous le nom de Vin de France ou Vin de la Communauté européenne (selon les années, le Vieux Papes, par exemple, adopte l’un ou l’autre de ces mentions).

D’autres confrères encore mélangent tout, voyant poindre « la menace d’une production de Champagne à Bordeaux! »

Enfin, certains redoutent la disparition des AOC, comme ce brave vigneron champenois interviewé sur Europe 1. A croire que les campagnes du CIVC (il n’est Champagne que de Champagne) ne servent à rien.

Je rappelle que les AOC/AOP fixent elles-mêmes les limites de leur aire. La réforme n’aboutira donc à aucune extension de surface en AOC, à moins que les vignerons ne le décident eux-mêmes. Et puis, on pourrait aussi parler des Safers, de tous les bâtons que l’on met en France dans les roues de ceux qui veulent reprendre une terre – quitte à la laisser en friches.

Mais l’idée même que de l’autre côté de la route nationale, du chemin ou de la colline, on puisse élaborer d’autres vins, moins chers, différents, plus libres, semble insupportable à ceux qui vivent de cette rente.

La bizarrerie, dans l’histoire, n’est-elle pas plutôt que la moitié des vins produits en France portent l’AOC? Vous en connaissez beaucoup, vous, des pyramides dont le sommet est aussi large?

Tout ça prouve, en tout cas, que les Français (et leur presse grand public) sont vraiment très mal informés sur le vin. Dommage, pour un grand pays producteur !

Hervé Lalau herve

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