Les Experts, Saison 22

Pour ce premier édito de notre édition 100% numérique, quoi de mieux que de vous parler de communication ?
L'autre jour, à Paris, je suis tombé sur une bouteille de Vouvray portant le macaron "Saveurs de l'Année". Je connais mal cette opération, et je ne suis guère convaincu par les macarons en général - combien de Vouvrays étaient en lice? Combien d'effervescents?

Mais ce macaron a eu au moins un mérite: celui de me donner en l’envie d’en savoir plus. Je suis donc allé sur le site de Saveurs de l’Année pour voir ce qu’on dit de ce Vouvray (Félicien Brou, pour ne pas le nommer).
J’ai d’abord appris que ce n’est pas une, mais deux de ses cuvées qui sont Saveurs de l’année: le brut et le demi-sec. Beau doublé!
Surtout, j’ai pu lire les commentaires laissés, d’une part par des professionnels, de l’autre par le panel de consommateurs. Voici ceux relatifs au brut.

D’abord celui des « Experts »:
« Le Vouvray Demi-Sec présente des notes de citron, de coing confit et de fruits mûrs avec de légères notes grillées. Très bel équilibre entre le sucre et l’acidité qui confère à cette cuvée élégance et harmonie. »
Et voici celui des consommateurs:
« Odeur entrainante, bulles légères, goût fruité et sucré. Son coloris (sic) jaune pâle lui donne une apparence festive agréable ».
Ce petit exemple montre bien l’écart qu’il y a entre le vin tel que nous autres professionnels le percevons, et le vin vu par le consommateur lambda (buveur, mais pas forcément oenophile).
Je ne sais pas si cet écart grandit ou non, je ne sais pas s’il est « normal » ou pas, et même si nous devons nous efforcer de le réduire.

Mais j’y vois plusieurs explications.
D’une part, il y a la question du bagage. Des pros qui dégustent tous les jours devraient normalement avoir à leur disposition plus de «mots pour le dire», et même – on l’espère, du moins – plus d’aptitude à reconnaître tel ou tel arôme, telle ou telle saveur.
D’autre part, le critique déguste pour décrire, tandis que l’amateur déguste pour boire.
Cela m’a fait me poser la question qui tue: sommes-nous utiles? Nos descriptions aident-ils le consommateur dans ses choix? Le rassurent-elles ou le perturbent-elles? Sont-elles superflues ? Voire hors sujet ?
Mais voilà que je généralise. Il y a tellement de consommateurs différents! Faut-il, sous prétexte d’être accessible au plus grand nombre, au parfait néophyte, en revenir au degré zéro de la communication, renoncer à tout espoir d’élever le niveau? Faut-il se couper du lecteur plus exigeant ?
Je réponds non.
Donc, Les Experts continuent. Pour notre 22ème saison, rien ne change : nous vous parlerons des vins qui nous plaisent, avec nos mots à nous.
Hervé Lalau

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