Les Courbis, duo fraternel: peu de mots, des actes…

01/07/2015 - Après une terrible tempête nocturne, un berger quitta à jamais la vallée ardéchoise qui l’avait accueilli, abandonnant biens et troupeau. Quelque temps après, Grand Père Courbis passa par-là et acheta la bergerie délaissée, charmé par ce lieu lové au creux d’un impressionnant amphithéâtre calcaire, abrité du vent du Nord. Cet abrupt ingrat, il le transforma, Dieu sait comment, en une terre à la blancheur accueillante. L’endroit est le plus méridional de l’appellation Saint-Joseph, mais aussi le plus saisissant.
On crie au fou pour moins que ça !

Les Royes vues du ciel (1)Les deux frères, Dominique et Laurent, ont hérité de cette passion familiale. Ils s’en nourrissent sans relâche pour travailler et retravailler encore et encore le rude escarpement jusqu’à ce qu’il leur livre le meilleur de ses fruits. Avenants et sobres en mots, on les perçoit tout de go ardéchois de caractère.

Laurent est actif au domaine depuis 1993. Cela l’attirait. C’est lui le plus jeune des deux, il ressemble le plus à sa mère. Il nous a reçus chaleureusement et c’est avec des yeux rieurs qu’il nous a dévoilé son affection pour le vignoble, invariablement haut et pentu. La dernière acquisition n’y déroge pas, 1 ha de Saint Péray planté à 380 mètres d’altitude, ou encore depuis bien plus longtemps celui-là, le brûlant Cornas de la Sabarotte. Et à Chateaubourg, leurs racines, l’icône conduite au beau milieu de la singularité géologique du coteau des Royes aux Marsanne et Syrah sur sols calcaires.  Une exception au sein des granits qui peuplent l’AOC St-Jo. Les Royes, une « carrière vineuse ».
Dominique est l’ainé. Chaleureux et robuste montagnard, on comprend d’emblée son amour pour les trekkings en haute montagne ou les randos au creux des déserts nord-africains. On se l’imagine bien correspondre au caractère paternel. Ce qui évidemment pour les deux, le père pionnier et son enfant chéri, a dû être un vrai défi. C’est pourquoi, on a vu un Dominique jeune et sauvage parcourir le monde. S’arrêtant un instant au domaine viticole de Bob Wollersheim à la Prairie du Sac dans le Wisconsin. En 1988, il s’installe au domaine et il devient le travailleur opiniâtre du vignoble. Les Royes ne se gagnent qu’en mouillant sa chemise. Les deux frères sont complémentaires… et humbles: ils ne se voient pas comme des créateurs,  mais comme «vignerons et maillons de la transmission transgénérationnelle».

Et la génération suivante? C’est encore un peu tôt pour en parler. Ce qui compte aujourd’hui, c’est le travail. Et Les Royes demandent endurance musculaire et attention quotidienne. Simplement parce que pareille pente ne reste jamais vraiment en place, tributaire d’une nature loin d’être placide. De plus, un tel escarpement nécessite à la fois un esprit clair et une pratique adéquate avec les vignes, voire une relation de soumission avec elles.
Au propre comme au figuré, remarquons qu’on dégringole plus vite jusqu’en bas qu’on atteint les glorieux sommets. Le fragile équilibre de l’élégance préfère une progression silencieuse aux grands discours. Pas de mots, des actes.

Les Royes 2012

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Syrah des plus élégantes, comment d’un pareil terroir es-tu née…
Sombre comme le couchant, comme le ciel taché de sang, ta robe se tisse du labeur quotidien, fibres serrées d’un velours rêche et côtelé. D’elle émane ce parfum sauvage qui semble au premier nez indomptable. Pierres éclatées, herbes rases, bouquet sévère, pas la moindre fioriture, le message est clair. Mais la sueur versée requiert faveur, et rien n’est accessible à qui en a payé le prix. Le discours du coup s’assouplit. Et déjà un semblant de suavité pointe sans hésiter. Son caractère affirmé s’emplit de générosité. Se lâche enfin pour offrir fleurs et fruits aux parfums délicats de violette et d’iris, de gelées délicieuses. Ses lèvres sourient, se maculent du jus des baies senties. Il ne reste peut-être que le relief tannique pour nous rappeler la farouche inclinaison, quoiqu’assoupli. La fraîcheur rappelle, elle, aussi l’ardeur de la tâche, la force du sol qui réclame celle de l’âme pour atteindre l’équilibre. Le sourire charmeur fait tout oublier, récompense le travail accompli, troque la retenue contre largesse et volubilité.
Les Syrah de trente ans s’accrochent au sein de l’arène calcaire des Royes. Orientées plein sud, elles regardent l’appellation Cornas qui débutent à leur pied.
Vendangées manuellement, on ne peut s’imaginer autrement, elles sont éraflées à 100% et vinifiées en cuves fermées pendant 3 semaines. Leur élevage de 18 mois se fait pour 1/3 en fûts neufs, les deux autres tiers en fûts de 1 et 2 vins, agrémenté de soutirages réguliers. 26.00€  www.vins-courbis-rhone.com
www.vrankenpommery.com – www.gvb-wines.be – jacques.delire@skynet.be – www.henribloem.nl – www.lacavedacote.ch – www.blavignac.ch – www.martel.ch

Johan De Groef et Marc Vanhellemont

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