Les 325 ans de la famille Nolet dans les vins et spiritueux

05/10/2016 - Gilles Nolet de Brauwere est à la tête de Cinoco, qui fête 325 ans d’histoire familiale. Il représente la 10ème génération d'une famille d'entrepreneurs toujours actifs dans le vin et les spiritueux. Nous l’avons rencontré pour vous.

IVV : Comment l’histoire a-t-elle commencé?

ducasseGilles Nolet de Brauwere : Le fondateur, Jan Lucasse Nolet, était un tisserand de Bruges, parti chercher fortune à Schiedam, dans ce qui s’appelait alors les Provinces-Unies, et où il fonde une distillerie. Nous sommes en 1691.
Les générations se succèdent, les régimes politiques et même les frontières changent. La famille se sépare en deux branches, l’une aux Pays-Bas, l’autre en Belgique.

Six générations plus tard, Jean-Charles-Hubert Nolet de Brauwere, descendant direct de Jan Lucasse Nolet, après des études secondaires à Tournai, étudie le droit et les lettres à Louvain puis s’établit à Bruxelles; la Belgique fait partie alors du Royaume des Pays-Bas. Parallèlement à ses activités de négoce de spiritueux, il devient un homme de lettre émérite, ardent défenseur de la langue et des lettres tant française que néerlandaises (Hij is ook een goede vriend van David en Conscience).
A la fin du 19e siècle, son fils Charles ajoute à la distillation et à la distribution de spiritueux, la représentation de Champagne et de grands vins français, portugais, italiens et allemands.

Le premier conflit mondial voit le pillage de l’entreprise; le second, un fort ralentissement de l’activité car patriotes, les Nolet ne veulent pas travailler pour l’occupant.
Dans l’entre-deux-guerres, la société est remise sur pied par son fils Carl, notre 8e génération, qui sera rejoint en 1955 par son fils Hugues. Ensemble, mon Grand-père et mon Père constituent alors CINOCO, acronyme de Carl Ivan Nolet & CO.
En 1964, Cinoco devient une société anonyme qui se développe considérablement sous la houlette de mon Père épaulé par son frère Jean, puis par mes frères Ivan et Geoffroy.
J’ai repris la direction du groupe en 2004 et me suis attaché à le développer et le moderniser tout en conservant les valeurs familiales. En 2006, nous avons acquis une filiale à Luxembourg.
Puis, en 2008, nous avons repris le Palais du Vin, qui nous permet d’accroître encore notre portefeuille de marques – nous avons d’ailleurs conservé l’entité Palais du Vin.
Nous devenons alors un des acteurs les plus importants de marché belge des vins & spiritueux; en ce compris les Bordeaux primeurs.

portrait-002-lIVV : Quelle est la plus ancienne maison avec laquelle vous travaillez et depuis quand?

Gilles Nolet de Brauwere: C’est justement une belle maison de Bordeaux, Borie-Manoux. Ou plutôt, la famille Castéja, avec lesquels nous sommes en relations depuis déjà 3 générations.
Mais je pourrais vous citer bon nombre de marques qui sont dans notre portefeuille depuis de nombreuses années – Bollinger, bien sûr, mais aussi Frescobaldi, Langlois Château, Dopff au Moulin, Batailley, Montredon, Jadot, Bouchard Père & Fils, Bowmore, Taylors, Marie-Brizard…
Et bien sûr, nous vendons toujours le produit avec lequel tout a commencé, le genièvre de nos cousins Nolet, de Schiedam, le Ketel 1.

IVV : Et quelle est la marque la plus récente à votre assortiment?

Gilles Nolet de Brauwere: Notre actualité la plus récente, c’est le rachat du fonds de commerce des anciens établissements Mampaey.

IVV : Il y a-t-il un dénominateur commun entre les marques ou maisons que vous représentez?

Gilles Nolet de Brauwere: «Qui se ressemble s’assemble». Bon nombre de nos fournisseurs sont des entreprises familiales, comme nous; qu’elles soient petites ou grandes. Cela signifie un certain nombre de valeurs communes. L’élément humain, le respect de la parole, flexibilité et réactivité… et le tout dans une perspective de long terme.

IVV : Beaucoup de grands groupes intègrent la distribution de leurs produits via des filiales à l’étranger. Comment les structures familiales multi-marques telles que vous peuvent elles lutter?

Gilles Nolet de Brauwere: En veillant à préserver l’élément humain dont je vous parlais, tout en se professionnalisant, pour offrir un service optimal, notamment du côté de la clientèle des grossistes, des cavistes et de l’hôtellerie-restauration.
Pour ce faire, nous avons une importante force de vente – sans doute une des plus fortes du marché belge, de sorte que nous pouvons assurer un très bon maillage de territoire.
Il y a aussi tout ce qu’on appelle le back-office, l’informatique, la logistique. Nous avons énormément investi dans ce domaine, et nous disposons aujourd’hui d’un excellent outil.

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Par ailleurs, même pour de grands groupes, l’intégration via une filiale n’est pas forcément le meilleur moyen de garantir de bien travailler au niveau local ; on peut aussi nouer des accords de type capitalistique ; ainsi au fil des années, certains de nos partenaires-fournisseurs ont pris des parts dans notre société, ce qui a permis à Cinoco de grandir sans s’endetter, et à ces fournisseurs d’être étroitement associés à notre stratégie et un l’est toujours Bollinger.
C’est tout un art de proposer des marques qui peuvent sembler concurrentes, sans jamais en défavoriser aucune ; prenez les fines bulles, par exemple ; nous représentons à la fois les Champagnes Bollinger et Deutz, ou encore les Crémants Dopff Au Moulin et Langlois-Château…

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IVV : Quel est le dernier produit de vos gammes que vous ayez dégusté en famille, et qui vous ait impressionné ?

Gilles Nolet de Brauwere: 2 Magnums de Château Batailley 2007. On a décrié ce millésime dans sa jeunesse, mais aujourd’hui, il se montre sous un très beau jour.
Et puis en blanc, le Saumur Vieilles Vignes 2014 de Langlois-Château : quelle structure ! Encore un exemple de maison familiale et historique, avec lesquels nous avons noué des relations suivies, et dont nous sommes fiers de représenter les produits.

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IVV : Vos ambitions pour les 350 prochaines années?

Gilles Nolet de Brauwere: Modestement, continuer à nous développer harmonieusement en gardant notre actionnariat familial. Le passé ne garantit jamais l’avenir, mais nous avons mis sur pied un pacte familial d’actionnaires qui doit nous permettre d’assurer une transmission en douceur de génération en génération, en associant à la marche de l’entreprise les membres de la famille, même ceux qui ne travaillent pas dans le domaine du vin & des spiritueux.
Au plan exécutif, nous avons aussi recruté des professionnels de haut niveau.
Je pense que nous avons encore de belles marges de progression dans plusieurs domaines, notamment l’internet. Nous avons plus de 4.000 clients privés qui nous commandent du vin ou des alcools. Nous réfléchissons à un nouvel outil pour mieux les fidéliser. La concurrence est de plus en plus rude, nous devons en sortir par le haut, avec des produits d’excellence, et un service d’excellence. C’est la plus belle façon pour nous d’honorer les générations précédentes, en continuant l’aventure, en approfondissant le sillon qu’ils ont tracé.
Et puis, en attendant, qu’il nous soit permis de fêter le fait d’être arrivé jusque là !

IVV : Justement, comment allez vous fêter vos 325 ans ?

Gilles Nolet de Brauwere: Nous organisons deux journées de dégustations exceptionnelles à Tour & Taxis, les 9 et 10 octobre prochain, en présence de tous nos fournisseurs. 325 vins seront présentés, autant que d’années pour notre maison. Le premier jour, le dimanche, il y aura deux concours de dégustation à l’aveugle et un buffet vignerons ; le lundi, une Masterclass Bordeaux 2011 et le soir un dîner de gala qui réunira famille, management et nos principaux partenaires fournisseurs.

Hervé Lalau

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