Le vignoble bordelais dévasté par le gel

15/05/2017 - Deux épisodes de températures négatives ont frappé l'ensemble du Bordelais fin avril alors que la vigne avait non seulement bourgeonné mais avait bien démarré son activité foliaire.
Les 21 et 22 Avril, une première vague de froid sur tout le territoire français impacte les vignobles d'Alsace, de Champagne, de la Loire ou de l'Hérault.
Le Bordelais, au soir du 21 Avril, estime que près de 10 000 hectares sont touchés entre 5 et 80%.

Ironie du sort, c’est aussi un 21 Avril que le gel a frappé massivement le Bordelais en 1991.
26 ans plus tard, les vignerons bordelais se rassurent mutuellement en se disant qu’heureusement, ce n’est pas 1991.
Mais une semaine après, le 27 puis le 28 avril, un deuxième épisode de gelées, avec des températures atteignant – 5°c, frappe l’ensemble du vignoble bordelais et sème le chaos.

Toutes les appellations sont touchées sans exception.

Certaines le sont plus que d’autres, et sur un même vignoble, les dégâts varient d’une parcelle à une autre. Les vignobles les plus épargnés sont ceux qui ont pu être partiellement protégés par le micro-climat de l’Estuaire.
Ainsi, le Nord Médoc est le moins touché et les appellations de Saint-Julien, Pauillac et Saint Estèphe sont les plus préservées, bien que le gel concerne tout de même entre 10 et 50% du vignoble.

Au Sud Médoc l’estuaire a été moins profitable, on parle de 50 à 80% de vignes gelées pour Margaux et, situées plus dans les terres, celles de Listrac et Moulis sont brulées de 80 à 100%.

En amont de l’estuaire, sur les rives de la Garonne, alors que les Graves et le Sauternais sont atteints entre 50 et 100%, Pessac-Léognan est touché entre 10 et 50%;  sur la rive droite, la région dites des Côtes de Bordeaux-Cadillac et le fond de l’Entre Deux Mers ont aussi eu cette chance bien relative de n’être gelés qu’entre 10 et 50%.

En revanche, sur la rive droite de l’estuaire et sur les rives droite et gauche de la Dordogne, c’est à dire du Blayais jusqu’à Sainte-Foy, le spectacle est effrayant. Le Blayais et le cœur de l’Entre Deux Mers sont meurtries à 50%, le Bourgeais, le Libournais (Fronsadais, Saint-Emilionnais, Castillonnais) de 80 à 100%.

La traversée de ses vignobles est lourde de tristesse. Un océan brun, où même plus une feuille n’a survécu.

Actuellement, on parle de 80% du vignoble bordelais touché.

Pour faire un bilan final, il faudra attendre au moins début juin, afin de voir si une partie du vignoble a pu réagir. Certains bourgeons pourraient repartir et chaque pied de vigne dénudée va de fait avoir tendance à vouloir compenser le manque.
Mais il faut s’attendre à un minimum de 50% de pertes sur l’ensemble du Bordelais.

L’ambiance à Bordeaux est carrément morose. Les conséquences économiques ne sont pas seulement le fait de produire moitié moins de vin.
Bordeaux compte plus de 115.000 Ha, quelque 8.000 vignerons et engendre 55.000 emplois directs et indirects.

Outre  les secteurs des bouteilles, capsules, caisses, cartons, barriques qui seront touchés à leur tour, il y a ces myriades de petites mains qui travaillent à temps partiel ou à façon pour réaliser tous les travaux en vert (ébourgeonnages, effeuillages, éclaircissages, vendanges …) qui resteront à la maison.

Le fossé va s’amplifier entre riches propriétés et vignerons modestes. Je m’explique.
Les riches propriétés ont fait allumer des braseros dans les vignes par leurs employés, ont brassé l’air avec des éoliennes ou des hélicoptères.
A risque d’exposition au gel équivalent, ils produiront donc plus de 2017 que les voisins, et pour autant, profitant de l’image médiatique de ce millésime catastrophique, ils n’hésiteront plus à augmenter le prix des 2016 pas encore sortis.

Les plus modestes, en revanche, outre le fait d’avoir perdu leur récolte, ou au moins une grande partie, n’ont pas les moyens d’avoir souscrit une assurance récolte; de plus, ils n’auront aucune fenêtre pour augmenter les prix des 2016; d’une part, parce que le marché ne pourrait l’absorber; d’autre part, parce que beaucoup de vignerons vendent leur récolte en vrac et qu’en ce qui concerne les 2016, les ventes sont déjà conclues, et ils n’ont pas de stock.

Pour beaucoup de vignerons bordelais, la faillite guette. La Chambre d’Agriculture a mobilisé tous les acteurs de la viticulture : services de l’Etat, collectivités, syndicats viticoles, CIVB, banques, assurances… Ils doivent plancher sur toutes les mesures envisageables : mesures fiscales, report de cotisations sociales, mise en place du chômage partiel, prise en charge d’intérêts de prêts bancaires, aménagement de l’endettement, prêt de trésorerie, report des plantations prévues, autorisation d’achat de vendange, mise à disposition de parcelles entre vignerons, et évidement mobilisation de la VCI (Volume Complémentaire Individuel) qui permet à un vigneron d’utiliser les stocks ainsi constitués les années précédentes en surplus des rendements maximum autorisés pour compenser les pertes de volume, en l’occurrence sur ce millésime 2017.

En attendant leurs discussions et accords, un négociant a pris les devants : l’Etablissement Jean-Pierre Moueix a offert par solidarité une rallonge de 100€ par tonneau déjà acheté de 2016 à tous ses fournisseurs.

Fabian Barnes

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