Le Trousseau, un roman à clef

Que peuvent bien avoir en commun le Portugal et le Jura français ?
17/04/2015 - Le Trousseau, bien sûr. Et je ne parle pas de la garde robe des Duchesses de Bragance, mais du cépage qu’on nomme aussi Bastardo (shocking !), Maria Ordonha, Merenzano (en Espagne), ou encore Gros Cabernet (en Australie).
Les aventures de ce Trousseau, on pourrait faire un vrai roman. A clef, bien sûr !

Le Trousseau, un roman à clef

Que peuvent bien avoir en commun le Portugal et le Jura français ?
Le Trousseau, bien sûr. Et je ne parle pas de la garde robe des Duchesses de Bragance, mais du cépage qu’on nomme aussi Bastardo (shocking !), Maria Ordonha, Merenzano (en Espagne), ou encore Gros Cabernet (en Australie).
Les aventures de ce Trousseau, on pourrait faire un vrai roman. A clef, bien sûr !

trousseau

Mais quelle est cette improbable parenté ? Et où s’écrit le premier chapitre de son histoire? Contrairement à ce que disent nos amis du Jura, la deuxième question n’est guère plus facile que la première.
Certaines recherches d’ADN semblent indiquer que le Trousseau fait partie de la famille des Traminer : il descendrait du Savagnin, mais serait aussi apparenté au Chenin et au Sauvignon. Il serait même le père du Genouillet, déjà évoqué ici. Ce qui situerait son berceau dans l’Est de la France.
Mais d’autres analyses mettent en avant une origine plus sudiste : notre Trousseau aurait pour parents le Duras et le Petit Verdot. Ce qui ferait de lui un Béarnais mâtiné de Languedocien, lié à la famille des Carménets, voire aux lambrusques. Le roman devient un peu confus.

 

Cîteaux, Chypre ou Compostelle ?

Quant à son expansion dans la Péninsule Ibérique, la piste la plus souvent évoquée est le Chemin de Compostelle. Une théorie que semble confirmer la présence du Trousseau en Galice, et son aire de répartition au Portugal (surtout au Nord du pays).
Mais il se pourrait aussi que ce soient les Cisterciens qui l’aient apporté de Bourgogne, au cours du règne d’Alphonse II,  dès le début du 13ème siècle).
Dernière théorie: le cépage serait arrivé au Portugal… de Palestine via Chypre (où on en trouve encore des traces), Malte ou la Crète. Voire Madère. Tout ça n’est donc pas très clair.
Mais avec un nom pareil (le Bâtard), faut-il s’étonner d’avoir du mal à retrouver sa famille ?

 

Pur ou assemblé ?

Quoi qu’il en soit, contrairement au Trousseau jurassien, le Bastardo est rarement vinifié seul au Portugal – parmi les exceptions notables, on trouve Niepoort, avec son Projectos Bastardo, et Marques Ferreira, avec son Conceito Bastardo.
Il entre cependant fréquemment dans la composition des vins de Porto, du Douro, du Dao et plus rarement, des Madère.
Aujourd’hui, le Jura abrite moins de 200 ha de Trousseau, le Portugal, environ 1.200.
A noter qu’il existe plusieurs clones de ce cépage (au moins 5, rien que pour le Portugal) et même une version blanche. Dans le Jura, on a identifié une variante particulière, le Trousseau à la Dame, ou Trousseau des Dames, reconnaissable à ses grappes particulièrement aérées. S’il n’y se développe guère, c’est qu’il est assez capricieux.
Pour illustrer les potentialités de ce voyageur, voici  deux vins produits par le même producteur jurassien, Daniel Dugois.

 

dugois 2

Dugois Arbois Trousseau Grévillière 2013

Un beau fruit rouge qui évoque irrésistiblement le pinot, mais en bouche, sans transition, on part sur quelque choses de plus corsé. De beaux tannins réglissés et quelques notes de sous bois en prime. 10.80€

 

Dugois Arbois Trousseau La Damelière 2012

Cette variété de Trousseau est sensible à la coulure et ses rendements sont assez faibles. Les grains sont généralement plus petits et les jus plus denses ; au nez, le fruité est plus noir que rouge (mûre et cassis), et il s’accompagne d’épices, de gentiane, d’épinette; en bouche, ce vin présente des accents plus sauvages – délicieusement sauvages. 13.00€

 

Le domaine

Toujours familial, le domaine Daniel Dugois est installé aux Arsures, mais ses 10 ha de vignes se répartissent entre Salins les Bains, Arbois et Poligny, sur argiles rouges, sables gréseux ou « graviers gras ».
Depuis 2007, Daniel est aidé de son fils Philippe, qui a fait ses classes en Afrique du Sud et en Australie.
Sur ses étiquettes, la figure rubiconde du Bon Roy Henri (tiens, un Béarnais !) vient rappeler que le Vert Galant aimait à offrir des bouteilles d’Arbois à ses compagnes. Il paraît qu’il «égaie les amours». Ca ne coûte rien d’essayer ! www.vins-danieldugois.com

zoom-philippe-daniel-dugois-vigneron

Hervé Lalau

www.cavedesoblats.com

Pour accéder aux autres «Ces Pages oubliées», cliquer ici

 

 

 

Laisser un commentaire