Le cep du centurion

23/11/2016 - Les centurions romains portaient un cep de vigne en signe de leur grade. Mais pourquoi donc?

La question n’est peut-être pas d’une actualité brûlante, mais la réponse est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle permet également, par la bande, d’aborder l’importance du vin dans la civilisation.
Et quand on s’appelle In Vino Veritas, comment résister à l’appel de la culture latine ?

Vitis, vitis

vitis-centurion Revenons d’abord aux textes.

Le centurion romain est un officier généralement sorti du rang, qui commande une soixantaine de soldats (une centurie) – c’est donc à peu près l’équivalent d’un capitaine commandant une compagnie, de nos jours. Cependant, dans la légion romaine, on n’en trouve que dans l’infanterie (les cavaliers, eux, sont commandés par des décurions).

Le centurion constitue l’ossature de l’armée. Il marche avec sa troupe, se plaçant à sa droite au combat (généralement la place la plus exposée).

Comme symbole de son autorité, il porte un casque à crête transversale et surtout, une vitis (une vigne), un cep de vigne relativement droit, d’une longueur d’environ 80cm, qu’il utilise pour signaler une manœuvre, pour faire rentrer les soldats dans le rang, mais aussi pour les inciter à la vaillance ou les corriger en cas de manquement à la discipline.

Dans le dictionnaire de Sextus Pompeius Festus, on trouve ainsi  l’expression «Sub vitem proelliari» qui évoque le fait que les centurions doivent recourir à des coups de cep pour forcer les soldats à se battre.

Cet usage du bâton de commandement s’est étendu jusqu’à nous : les Maréchaux en portent. Notons aussi que par extension, en anglais, le mot staff (bâton), désigne également l’Etat-Major, l’autorité militaire suprême.

Dans l’Armée romaine, le cep de vigne est un objet d’une grande importance symbolique ; sa remise aux centurions fait l’objet d’une cérémonie militaire.

On comprend aisément l’utilité d’un bâton de commandement ; mais pourquoi spécialement en bois de vigne ?

Valeur symbolique

rome-soldatPremière interprétation, de l’ordre de la symbolique: la vigne est un élément très fort de la culture antique méditerranéenne.

Plante-liane à croissance rapide, avec ses vrilles, on lui associe de multiples vertus, notamment l’abondance, la régénération, le lien, la force, la paix. Dans l’Egypte antique, où elle est abondamment cultivée, elle revêt déjà une grande importance ; or, l’Egypte a une influence non négligeable sur la culture grecque, puis romaine ;  elle est également très présente dans la Bible.

Dans le cas spécifique de Rome, la vigne peut représenter l’ascendant culturel de Rome au travers de ses armées, notamment face aux barbares, qui ne la connaissent pas. Le vin est une boisson noble, cultivée, voire d’essence divine.

Nos ancêtres les Gaulois (et les Germains) ont effectivement reçu de Rome leur amour du vin, on trouve des traces de libations assez tôt dans la Gaule en contact avec les Romains.

Les représentations de Bacchus, figure héritée du Dionysios errant, illustrant à la fois l’ivresse et la sagesse (in vino veritas) sont toujours accompagnées d’un pampre. Le même Bacchus utilise un cep de vigne pour tuer le serpent à deux têtes envoyé par Junon qui voulait l’occire.

Plus terre à terre

Deuxième interprétation, beaucoup plus terre à terre: sous la République romaine, la loi interdit de frapper un citoyen romain, sauf avec un cep de vigne, sa légèreté ne risquant pas de blesser trop gravement celui qui reçoit le coup. D’ailleurs, Tacite cite le cas du centurion sadique Lucillius, affublé du surnom d’Altera («une autre !»), parce qu’il réclame une nouvelle vitis à chaque fois qu’il en casse une sur le dos d’un soldat, afin de pouvoir poursuivre le châtiment.

De plus, le bois de la vigne, qui est une liane, est à la fois résistant et léger. Voilà qui a son importance quand on doit le porter toute la journée, à la main ou au côté.

Pour finir, notons que les ceps de vigne sont aisés à trouver dans tout le pourtour du Mare Nostrum.

Ces explications sont sans doute moins poétiques, mais ne sont pas dénuées de bon sens.

Hervé Lalau

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