L’Argentine développe ses mentions d’origine

13/11/2017 - A l’instar de nombreux pays du Nouveau Monde, qui réalisent l’attrait des mentions d’origine à l’Européenne, l’Argentine met sur pied un nouveau zonage de ses vignobles. Un peu trop vite ?

Grosso modo, en Argentine, jusqu’au tournant du millénaire, la situation était très simple ; on distinguait cinq grandes zones viticoles, à savoir, du Nord au Sud : Salta/Catamarca, La Rioja argentina, San Juan, Mendoza/Uco et le Sur argentino.

Ces 5 grandes zones, qui correspondent à des provinces (sauf la première et la dernière, qui en englobent plusieurs), continuent d’exister, dans les faits comme sur les étiquettes.

Une pyramide à trois étages

Mais depuis 1999, l’Argentine a mis en place un système de mentions à trois étages : Indication de Provenance (IP), Indication Géographique (IG) et Dénomination d’Origine Contrôlée (DOC).

La première catégorie s’applique aux vins de table – les noms utilisés étant ceux des provinces ou grandes zones citées plus haut, sans que cela implique une notion de qualité (la taille de certaines provinces argentines dépassent celle de bon nombre de pays d’Europe); la seconde, elle, correspond à peu près à notre notion d’IGP  – la provenance déclarée étant  celle des raisins, mais pas forcément celle du lieu de vinification ou d’embouteillage, car cette mention n’exige pas que tout le processus de production soit réalisé dans la zone délimitée. La troisième, enfin, équivaut à peu près à nos AOC.

Deux DOC…

Il n’existe actuellement que deux DOC de vin en Argentine : Luján de Cuyo (utilisée depuis 1991, et entérinée en 2005) et San Rafael (depuis 2007).

La première, qui ne s’applique qu’aux vins contenant au moins 85% de malbec, s’étend sur onze districts du département de Luján de Cuyo, qui en compte 14, pour une surface totale de plus de 450.000 ha – mais tous ne sont pas plantés, bien entendu. Les vignes se situent à une altitude de 825 à 1080 m au-dessus du niveau de la mer.

Luján de Cuyo

La seconde est une sorte d’oasis viticole au Sud de la province de Mendoza, grâce à l’eau de deux rivières descendues des Andes, le Diamante et l’Atuel. La dénomination s’applique à tous les cépages. Le département qui lui donne son nom est aussi vaste que la Bretagne ou la Belgique, mais toute sa surface est loin d’être exploitable, car les Andes occupent sa partie ouest, et des zones désertiques encerclent sa partie cultivable, autour de la ville de San Rafael ; c’est là que se situent l’essentiel des caves (au nombre d’une douzaine). Cette zone produit notamment de superbes bonardas de vieilles vignes.

Mendoza

A noter que les cahiers des charges de ces deux DOC stipulent une durée d’élevage minimum (entre 24 mois pour la première, 20 pour la seconde, dont 8 mois en fût de chêne), un peu sur le mode espagnol.

Ce qui restreint évidemment les possibilités d’utilisation pour les producteurs.

D’ailleurs, à lire la presse ou les blogs de vins argentins, on n’a guère l’impression que la mention DOC est le grand critère de sélection du critique, du sommelier ou surtout de l’amateur de vin. Rappelons qu’au contraire du Chilien, dont le vignoble est essentiellement destiné à l’exportation, l’Argentin moyen consomme du vin (avec environ 25 litres per capita, il en boit à peu près deux fois plus que son voisin de l’autre côté des Andes).

Mais près de 100 IG !

Mais à côté de ces deux DOC, on compte à présent près d’une centaine d’Indications Géographiques ! On citera notamment Valle de Cafayate, San Carlos, Salta, Paraje Altamira, Chilecito, Jujuy, Neuquén… ou Patagonia. Cette dernière englobant 5 provinces, y compris la Terre de Feu (mais là encore, tout cet immense territoire est loin d’être adapté à la vigne).
Pour ceux que cela intéresse, voici le lien vers la liste complète éditée par le gouvernement argentin : www.inv.gov.ar/inv_contenidos/pdf/IG/ig.pdf
Mais plusieurs autres IG sont en gestation, notamment Los Chacayes, San Pablo ou Gualtallary…

Valle de Cafayate

Un risque de confusion

Il se pose donc un double problème : d’une part, la mise en place rapide d’autant d’IG a de quoi troubler l’esprit du consommateur comme de l’acheteur professionnel. De l’autre, ces IG sont un peu comme des poupées russes : certaines en contiennent d’autres, ce qui fait qu’on a du mal à établir une véritable géographie, sans parler d’une hiérarchie.

Enfin, certaines portent le même nom que des IP (Mendoza, par exemple), ou même que les deux DOC ; ainsi, un vin produit à Luján de Cuyo mais qui n’est pas du Malbec ne peut pas être DOC Luján de Cujo, mais il sera IG Luján de Cuyo ; ce qui constitue une autre source de confusion.

Le nouveau système avait sans doute des intentions louables, puisqu’il visait à mieux distinguer les origines ; il correspondait aussi à la mise en exploitation de nouveaux vignobles, notamment vers le sud, en Patagonie (l’Argentine possède aujourd’hui en province de Chubut les vignobles les plus au Sud du continent austral) ; ou bien vers le haut, sur le piedmont andin ; cette double extension visant à trouver des terroirs différents et mieux adaptés aux cépages qui aiment la fraîcheur ; avec comme avantage non négligeable un prix des terres peu élevé. Et des bodegas comme Fin del Mundo ont prouvé que la qualité pouvait être au rendez-vous.

Mais cette frénésie aboutit à un certain désordre – il nous manque une clef de lecture claire et précise. Il faudra donc attendre que les choses se décantent, que les vraies mentions, celles qui présentent vraiment des éléments de différenciation qualitative, émergent du lot (ou que les autres disparaissent, faute d’intérêt).

En attendant, les amoureux du vin argentin continueront probablement à se référer à ce qui constitue encore, à ce jour, la meilleure garantie : le nom du producteur.

Hervé Lalau

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