Languedoc: dix ans dans le rétro…

20/08/2018 - Une dégustation exceptionnelle de domaines phares des Coteaux du Languedoc dans les millésimes 2007 et 2008.

Le stress hydrique fut important en 2007 sur les vignobles du Languedoc. Les précipitations de la période automne-hiver furent très faibles, déficitaires de près de 50%. Bien que les pluies printanières aient permis de compenser en partie ce déficit hydrique hivernal, l’été fut très sec.
Mais alors que le printemps avait été très chaud jusqu’à la fin juin, l’été s’est montré plutôt frais : ce fut une des clés de la réussite du millésime, avec des nuits tempérées en août et fraîches en septembre. La fraîcheur des nuits fut favorable à la coloration des peaux ainsi qu’à une maturation lente donc à l’obtention de tanins mûrs et soyeux.

En 2008 la nature s’est partiellement rattrapée, car la pluie, sans pour autant être excessive, fut au rendez-vous. Car si l’automne et l’hiver avaient été marqués par des précipitations déficitaires de près de 30% par rapport à une année normale, ce déficit se vit compensé par une très bonne capacité des pluies de printemps à reconstituer les réserves souterraines permettant ainsi une bonne reprise des cycles végétatifs au printemps. L’été 2008 fut plutôt chaud avec plus de 850 heures de soleil sur la saison.  Toutefois, après un début de mois d’août chaud, un temps plus frais à compter du 15 s’installa jusqu’à fin septembre avec des minimales allant parfois jusqu’à 4°C la nuit durant la période. C’est pourquoi, 2008 fut au final un millésime tardif et frais, les baies conservant un niveau élevé d’acidité, intéressant pour l’équilibre mais qui excluait toute recherche d’extraction et de haute concentration.

La dégustation

Château L’Engarran – Cuvée Quetton 2008
AOC Languedoc Saint Georges d’Orques

Un terroir chaud de galets villafranchiens et un millésime plus frais, résultat un bon équilibre alcool-acidité pour un assemblage syrah, mourvèdre et grenache malgré une extraction de tanins assez poussée. Le temps n’a pu que partiellement les affiner.
www.chateau-engarran.com
www.winetime.be  – www.anverres.be  – Colruyt

Ermitage du Pic Saint Loup – Cuvée Gaucelm 2008
AOC Languedoc Pic Saint Loup

Sur le terroir le plus pluvieux du Languedoc, syrah et grenache de plus de 80 ans en sélection massale ont produit un vin avec beaucoup de droiture, de fraîcheur, de tenue. La matière a gardé du fruit. Les sols argilo-calcaires ont contribué à l’excellente tenue dans le temps avec une persistance finale sur la minéralité.
www.ermitagepic.fr

Domaine de Montcalmès 2008 – AOC Languedoc Terrasses du Larzac

Les sols sont ici de terres rouges mêlées de calcaire lacustre. Le terroir est moins pluvieux et plus chaud que Pic Saint Loup. Rien d’étonnant donc à avoir une matière plus enrobée, elle garde néanmoins de l’élévation, de la fraîcheur. Caractéristique du domaine par ailleurs, cette extrême élégance de tanins due à un artiste de l’élevage en barriques.
http://domainedemontcalmes.fr

Prieuré Saint-Jean de Bébian 2008 – AOC Pezenas

Trois types de sols arides et caillouteux ici : argilo-calcaires à galets du villafranchien, calcaires lacustres et basalte. Superbe nez de fruits noirs, poivre blanc, noix muscade. 10 ans et la bouche a accentué la présence du terroir dans la tension, la droiture du vin. Encore une note de tapenade, des épices aussi. Mais la matière reste marquée par l’élevage en barriques.
www.bebian.com
www.lechemindesvignes.be

Domaine d’Aupilhac – Cuvée La Boda 2007 – AOC Languedoc Montpeyroux

Ce vin assemble deux terroirs et quatre cépages :  d’une part, Aupilhac, des terrasses en coteaux argilo-calcaire avec éboulis calcaires en alternance, en fonction de la pente, avec des marnes bleues issues de l’Helvétien; d’autre part, Cocalières, amphithéâtre volcanique sur roche mère calcaire aux vignes encore jeunes en 2007. C’est la raison pour laquelle la matière est plus ample que profonde, elle allie la puissance du premier avec la fraîcheur du second.
www.aupilhac.com

Mas Jullien 2007 – AOC Terrasses du Larzac

Tout le Languedoc sait ce qu’il doit au travail et à la personnalité d’Olivier Julien. Ce millésime offre ici un grand équilibre à une matière aux tanins encore structurants qui ont encore du temps devant eux. Carignan, mourvèdre grenache et syrah ont profité de la fraîcheur minérale apportée par des éboulis calcaires dans une zone chaude. Fruits rouges et noirs réglissés, garrigues, touche lardée.
masjullien@free.fr
www.cavedesoblats.com

Château Pech Redon – Cuvée l’Epervier 2007 – AOC Languedoc La Clape

60% syrah et 40% grenache de sol calcaire pour ce vin à la matière d’origine bien concentrée, à la structure tanique encore très présente même si 10 ans de vieillissement ont éliminé les aspérités. Un nez de coulis de cassis, des notes balsamiques de romarin aussi.  Il y a de la profondeur, une vinosité juteuse et généreuse ainsi qu’une finale poivrée de bonne persistance.
www.pech-redon.com
www.wine-not.be  – www.cavedesoblats.com   – www.sobelvin.be  – www.cantinadelmulino.ch   – www.gazzar.ch  – http://cave-a-jules.ch  – http://languedoc-weine.ch  – www.vinoblesse.nl  – info@crelier.ch

Domaine Peyre Rose – Clos des Cistes 2007 – AOC Languedoc

Ah, Marlène Soria, quelle personnalité elle aussi! Ses vins sont autant à son image qu’ils sont l’expression du terroir des coteaux caillouteux argilo-calcaire de Saint Pargoire. L’assemblage est constitué de syrah (85%) et de grenache. Après 10 ans, il offre un premier nez floral avant de s’ouvrir sur une complexité riche des arômes d’olives noires, truffe, cistes, garrigue, mûre, pruneau, cuir. Le calcaire et une légère influence marine lui ont apporté une fraîcheur qui participe de l’équilibre d’une matière par ailleurs dense, charnue. Bonne persistance finale.

Au final, cette dégustation, si elle nous démontre la capacité des grands vins du Languedoc à vieillir heureusement, fait en même temps la démonstration de la diversité et de l’influence des terroirs de coteaux sur la personnalité des grands crus. Il n’en sera pas autrement avec les millésimes récents qui, sans doute, auront encore un supplément de finesse, de précision grâce à l’évolution du travail tant dans les vignes que dans les caves.

Bernard Arnould


Photos principale : « Vignoble a l’aube Saint-Jean de Bébian »

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