Ken Forrester, magicien du chenin… mais pas seulement

23/02/2018 - J’ai découvert les vins de Ken Forrester lors d’un voyage en Afrique du Sud, il y a quelques années. La Chenin Association avait organisé une dégustation de quelques vins issus de ce cépage au domaine de Klein Zalze.

De cette dégustation, j’avais retenu trois choses : le chenin se plaît bien en Afrique du Sud, même s’il ne ressemble guère à ce qu’on connaît de lui en Loire ; il y prend des identités très diverses (sec, doux, effervescent, léger ou puissant) ; troisième et dernier point : le Grand Chenin existe en Afrique du Sud, et Forrester est son prophète.

Un joli bout de Chenin

Ken ne produit pas que du chenin ; mais quand on lui demande quel vin il emporterait sur une île déserte, il répond : «un chenin» – il en collectionne d’ailleurs dans sa réserve personnelle, issus d’Afrique de Sud mais aussi de France. Pour lui, «le chenin est le riesling de la Loire, un vin qui n’est jamais ennuyeux, à la fois accessible et complexe, et avec un beau potentiel de garde». De plus, son adaptabilité à différents climats (le niveau d’humidité, notamment) est supérieure à beaucoup d’autres cépages. Une chance, car au Cap, le climat est plus globalement plus chaud et plus sec qu’en Loire.

Venu du monde de la restauration (il fut même président de l’association de horeca sud-africaine), Ken Forrester est devenu vigneron en 1993, en achetant aux enchères publiques une ferme abandonnée au lieu-dit du Zandberg, au pied de la chaîne de l’Helderberg (au sud de Stellenbosch). Et ses vignes, dont certaines sont plus que cinquantenaires. Depuis, il a rendu à la vieille maison de style hollandais et au vignoble leur lustre d’antan. Sachant s’entourer, il bénéficie notamment de l’aide d’un œnologue hors-pair, son ami Martin Meinert, qui a fait ses armes chez Vergelegen, et possède aujourd’hui son propre domaine à Stellenbosch, Devon Crest.

Une dégustation récente de trois vins de Forrester nous a permis de renouer le fil avec ce magicien du vin sud-africain, en rouge comme en blanc.

Petit Chenin Blanc 2017

Tout ce qui est petit est gentil. Comme le Petit Chablis (qui en remontre souvent à ses «grands» frères). Et le Petit Chenin ? Il est gentil, peut-être, mais pas effacé ; il nous délivre fièrement et sans se faire prier ses belles notes de pomelo, d’ananas et de pomme verte ; et en bouche, il rajoute un peu de mirabelle et de poire. Ample et long, il n’est pas si petit que ça ! Et vous savez quoi : il ne sent même pas la noisette…
Vin de négoce, mais raisins très contrôlés.

The FMC 2015

FMC pour «Forrester Meinert Chenin». Cette cuvée qui fait la fierté de Ken (et son succès dans les guides) est élaborée à partir d’une parcelle de vignes en gobelets de 40 ans, sur des sols de type Clovelly (sables alluvionnaires à forte teneur en argile), exposés Sud-Sud-Ouest (plutôt frais, donc, puisque nous sommes dans l’hémisphère Sud). Récoltés à pleine maturité, les raisins fermentent en barriques de chêne français, sans ajout de levures. Elles sont élevées sur lies fines pendant 12 mois.
Le nez de mandarine, de mangue et de maracuja est exceptionnellement flatteur ; mais ce qui frappe le plus, dans ce vin, c’est la richesse de la bouche, ample, profonde, épicée, plus grillée que boisée, et véritablement multi-couches ; elle finit très joliment sur du coing, du miel et de l’abricot.

The Gypsy 2012

Quitte à faire une cuvée d’inspiration rhodanienne (voire castelpapale), autant la faire bien : c’est le raisonnement de bon nombre de vignerons sud-africains, et certainement celui de Ken Forrester, qui vinifie avec soin et séparément ses grenaches, ses syrahs et ses mourvèdres de vieilles vignes sans avoir peur d’extraire, ni d’élever le vin «le temps qu’il faut».
Cette cuvée, qui assemble une majorité de grenache à un petit tiers de syrah (et suivant les années, plus ou moins de mourvèdre), doit son nom à son côté exubérant, «plus grand que nature», tout à fait assumé par Ken.
Nous avons aimé son fruit noir bien mûr, ses épices et herbes du maquis – ou faut-il dire fynbos? – ses tannins soyeux, sa densité, sa puissance, sa sauvagerie, son «animalité», sa démesure.
Est-ce un vin clivant ? Peut-être. IVV assume son choix, en tout cas. Et il est plutôt enthousiasmant de trouver dans un vignoble du Nouveau Monde des produits aussi ambitieux.

www.kenforresterwines.com
www.vinsetcompagnie.be

Hervé Lalau

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