Jean-Marc Roulot, vigneron-acteur, acteur-vigneron

20/10/2017 - Jean-Marc Roulot est à l’affiche du dernier film de Cédric Klapisch, « Ce qui nous lie ». Mais Marie-Louise Banyols le connaît depuis bien plus longtemps pour d’autres talents : ceux de vigneron.

«Ce qui nous lie» se passe en terres bourguignonnes, Jean-Marc ne pouvait que s’y trouver à l’aise, de très nombreuses scènes font partie de son vécu. Son histoire n’est pas banale : certes, il avait commencé à travailler au domaine avec son père, mais, manquant de motivation, à ses 20 ans, il annonça à ses parents stupéfaits : « Je ne veux pas être vigneron. Je quitte la maison. Je veux devenir comédien, ça me démange ! » 

Il laisse alors derrière lui l’exploitation familiale et part passer le concours du Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris qu’il réussit à intégrer, dans la classe de Michel Bouquet. Il monte sur les planches au début des années 80…

Deux métiers, pour être libre

Mais en 1989, sept ans après le décès de son père, Jean-Marc, qui a alors 33 ans, estime qu’il est « dommage de ne pas s’occuper » du domaine. Il retourne donc à Meursault et se met à la vinification pour de bon, tout se promettant de ne pas arrêter la comédie; en quelque sorte, il a simplement inversé les priorités. Une promesse qu’il a tenue puisqu’aujourd’hui encore, il se partage entre les deux professions. «Avoir les deux métiers, m’a rendu plus libre. Au cours des castings, si j’ai le rôle, je suis très content mais si je ne l’ai pas, ça n’est pas grave. Ça m’a donné cette liberté-là».

Il semble avoir trouvé son équilibre. J’ai d’abord connu le vigneron au cours d’une visite traditionnelle dans le vignoble, à la fin des années 90 ; j’y suis revenue régulièrement tant j’étais fascinée par l’expression de ses Meursaults, très purs, et tendus, plus frais, que les autres Meursault de l’appellation opulents, riches et concentrés, marqués souvent par un boisé omniprésent. Jamais, lors de ces visites, il ne m’a parlé de son autre passion, il était très discret sur ce sujet. C’est plus tard que j’ai connu l’acteur, grâce à Jonathan Nossiter, réalisateur de Mondovino et à la projection du film «Rio Sex Comedy»,  en 2011. J’ai alors découvert un autre homme : j’ai découvert chez lui une grande sensibilité, une écoute de l’autre, une humilité remarquable ; Jean-Marc est un homme accessible.

 

Ce qui nous lie : Photo Ana Girardot, François Civil, Jean-Marc Roulot

Plusieurs autres rencontres amicales, liées cette fois-ci à son «statut» de vigneron ont confirmé cette personnalité si attachante. La dernière, c’était en Espagne, au mois d’avril dernier, à l’occasion de la projection « Les Vies du Vin » un film produit par Carlos Orta Cimas et Lola Taboury. Il y dépeint sa dualité entre le théâtre et la vigne qui n’a pas toujours été facile. Sa façon de se raconter est prenante, rien de théâtral, que de la sincérité en toute simplicité. Les passages du film dans lesquels on le voit jouer au théâtre sont éblouissants, et la façon dont il parle du vin prouve qu’il s’est fait volontairement piéger. J’ai compris que le théâtre l’avait beaucoup aidé à faire du vin, ça lui a permis de définir ses choix, de ne pas rester dans le sillage de son père, de connaître sa propre personnalité et de savoir exactement où il voulait aller. Finalement, il s’assume, comme vigneron et comme comédien, et réussit dans les 2 rôles.

Un homme, un style

Jean-Marc représente la sixième génération de ce domaine familial de 15 hectares de vignes situées sur la commune de Meursault, il s’impose aujourd’hui comme l’un des vinificateurs les plus talentueux de l’appellation, et, il a fait du Domaine Roulot une des plus belles réussites de la Côte de Beaune. C’est en partie aux côtés de son père qu’il a appris à vinifier, il a simplement voulu chercher à aller un peu plus loin. Ainsi, peu à peu, il a acquis un style singulier : il recherche avant tout la pureté. Contrairement à ce que l’on peut lire parfois à ce propos, le style ne prend pas le pas sur les nuances du terroir, la recherche de pureté pouvant justement servir de révélateur à ces subtiles nuances qui distinguent les parcelles d’un climat à un autre. Pour en arriver là, il a arrêté progressivement les engrais et tous les traitements chimiques pour aboutir en 2000 à une viticulture en biologie, depuis une dizaine d’années, il a évolué en complétant avec des pratiques en biodynamie… Le père de Jean-Marc fût l’un des premiers à vinifier séparément ses différentes cuvées de Meursault village, pour exprimer au maximum la diversité des caractères des terroirs d’origine et leur singularité ! «J’ai envie que mon vin soit d’un arôme précis, persistant lorsqu’on le boit, sans discontinuité entre le nez et la bouche, qu’il soit clair afin que chacun ressente la variété des terroirs.»  Il a créé une émulation pour un style qui aujourd’hui est devenu une ligne de conduite pour toute une génération de vignerons. Cette griffe, il l’obtient par des vendanges à juste maturité, il goûte beaucoup le raisin.

«J’essaie de faire des vins qui me font plaisir, des vins pour un palais qui s’est construit petit à petit ! »

Tout le travail de la cave vise à favoriser la tension et la fraicheur des jus, davantage que la puissance et le gras. La fermentation alcoolique se fait en fûts avec levures indigènes ainsi que les fermentations malolactiques, les bâtonnages sont espacés et légers. L’élevage sur lies sans bâtonnage se poursuit jusqu’aux vendanges suivantes. A lieu alors un soutirage, et le vin est mis en petites cuves inox avec sa lie. Six mois plus tard, lorsque le vin est à nouveau soutiré avant sa mise en bouteille, la lie a quasiment disparu. Le vin est alors mis en bouteille avec un micro-collage et une légère filtration.

Jean-Marc assure qu’un élevage long en cuve permet d’apporter de la texture en bouche, du soyeux, et resserre les vins afin qu’ils prennent de la verticalité : le vin échange avec sa lie. Il accorde une grande importance aux fûts et à leur entretien. Le fût ne doit pas marquer le vin (il n’utilise que 20% de fûts neufs), il a horreur du jus de planche !

Sa recherche de la qualité ne s’arrête jamais ; si les vins dits «naturels» ne le laissent pas indifférents, il leur reproche quand même parfois une certaine homogénéité de goût, surtout pour les blancs. Ce qui ne l’empêche pas de réfléchir à l’emploi du SO2, s’interdisant une utilisation systématique, en goûtant très régulièrement, et donc en choisissant par rapport à la dégustation plutôt qu’à des résultats d’analyse.

Les propos récents d’Antonin Iommi–Amunategui, « Le vin conventionnel contient jusqu’à 12 pesticides, le vin naturel, aucun », l’ont indigné, il les a trouvés outranciers et caricaturaux, et il n’aime pas les chapelles: «Il n’y a pas d’un côté ceux qui auraient tout bon et de l’autre ceux qui n’auraient rien compris ; tout le monde cherche et il y a des voyous des 2 côtés, y compris chez les nature. Le vin, c’est plus compliqué et plus nuancé que ce voudrait nous faire croire Antonin ! »

Pureté et élégance des vins

Pour illustrer le propos, voici 2 cuvées qui démontrent, chacune à sa manière, la virtuosité de ce grand vigneron.

Meursault 1er Cru Le clos des Bouchères 2011

Il s’agit d’une parcelle de 1,38ha. Située à 260 m sur sol peu profond et caillouteux d’acquisition récente. Ça n’est qu’en 2011 que les vignes ont été rachetées à Labouré-Roi avec l’aide d’investisseurs. Ce Premier Cru est idéalement situé.
Il ressemble à l’idée qu’on se fait d’un Meursault de Jean-Marc Roulot : un bouquet remarquablement élégant et raffiné, unique et interminable ! Il offre des senteurs de poire, de fleurs blanches et de zestes d’agrumes d’une grande finesse. La bouche parée d’une discrète minéralité est à la fois dense et tendue, avec une grande fraicheur et une texture soyeuse. On y sent une belle tension sous-jacente. La finale arrive sèche, franche, pure et délicate, dotée d’une touche saline qu’on pourrait qualifier de « minérale ». Très beau, élégant, il brille d’une classe naturelle.

 Meursault Les Luchets 2007

Pourquoi Les Luchets? Parce que Jean-Marc a écrit une pièce intitulée « Meursault, Les Luchets » que j’adore : il y parle de son amour du vin autour d’un verre de Meursault. Voir, écouter, boire cette pièce et tout comprendre ! Jouant son propre rôle, il initie les spectateurs aux mots du vignoble : « Aux Luchets, on a 23 ouvrées. Une ouvrée c’est 4,28 ares, la superficie qu’un vigneron pouvait tailler en une journée. » C’est une parcelle de 1,02 ha située en amont des Meix-Chavaux, à 280 m d’altitude. Le sol perd en argile et gagne en calcaire.
2007 est un beau millésime de garde ; la robe arbore une jolie couleur d’un jaune lumineux. Le vin s’ouvre sur des notes d’agrumes (citrons confits), se développe avec des notes de fruits (pomme-poire), et de miel, il termine avec des effluves salines. Il a beaucoup d’énergie. La bouche ciselée révèle toute sa finesse, sa droiture et sa profondeur pleine de fraîcheur. Précision absolue, très belle longueur et superbe tension finale.
Grand caractère, Jean-Marc reflète sa personnalité dans ce meursault village très pur et encore en devenir.
Les meursaults produits par Jean-Marc Roulot sont des vins fins, racés et longs, et s’inscrivent dans le temps. Ses trois derniers millésimes préférés sont 1996, 2004 et 2014.

+33 3 80 21 21 65 – roulot@domaineroulot.fr

Marie-Louise Banyols

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