Intemporel Grand Cru

28/03/2018 - Au Château Franc-Mayne, à Saint-Emilion, c’est un peu comme chez Picasso, il y a eu plusieurs périodes. L’argent circule, les vignerons se succèdent, le Grand Cru reste.

Pour s’en tenir aux 50 dernières années, il y a d’abord eu la période du négociant Theillasoubre (jusqu’en 1984) ; puis la période AXA (jusqu’en 1996) ; puis la période Georgy Fourcroy (de 1996 à 2005) ; c’est à ce moment-là que j’ai connu la propriété. Puis, il y a eu la période Laviale-Van Malderen, qui vient de s’achever avec le rachat du domaine par un homme d’affaires parisien, Jean-Pierre Savare.

Quand chaque nouveau propriétaire veut imprimer sa marque

A chaque rachat, bien sûr, pour les commentateurs que nous sommes, «on allait voir ce que l’on allait voir».
Certains des propriétaires ont investi dans la technologie au chai, d’autres dans l’oenotourisme, d’autres n’ont quasiment rien fait. A présent, il semble que la nouvelle équipe, menée par Mme Cazeneuve, veuille « restructurer le vignoble ».
Car oui, même un Saint-Emilion Grand Cru peut avoir besoin de restructurer son vignoble !
J’ai l’air de persifler, bien sûr, et pourtant, je ne souhaite que du bien à Franc-Mayne.
C’est juste que j’ai du mal à concevoir qu’un domaine soit Grand Cru une fois pour toutes, alors qu’il peut changer régulièrement de propriétaires, de gestion, d’orientations commerciales, de techniques de culture ou de vinification…

Le cru et le cuit

Une comparaison culinaire – un domaine pas si éloigné du vin, après tout: quand le cuisinier d’un restaurant étoilé s’en va, la ou les étoiles sont remises en jeu. Il ne suffit pas que le restaurant soit situé ici ou là, il faut que la cuisine soit au niveau. Pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas aux Grands Crus?
Car en définitive, un cru n’est vraiment grand que parce qu’un vigneron en révèle le potentiel…
C’est tout le mal que je souhaite, bien sûr, aux nouvelles équipes en place au Château Franc-Mayne. Je nous le souhaite aussi, car après tout, personne n’a envie d’acheter trop cher un Saint-Emilion Grand Cru, juste pour la mention sur l’étiquette. 

www.chateau-francmayne.com

Hervé Lalau

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