Il y a-t-il plus Carignan que celui de Cariñena…

17/10/2018 - On ne sait trop quand le Carignan est apparu. Mais, c’est à coup sûr l’Aragon qui en a fait son berceau. Le village de Cariñena lui a donné son nom.

Mais d’où vient-il ?

On le dit certes aragonais. Mais sa trace remonte à tellement loin dans le temps qu’on peut imaginer une autre naissance qu’ibérique. La piste phénicienne, corroborée par quelques chercheurs italiens, voudrait son origine maritime. Ce serait ces infatigables marins commerçants qui l’auraient amené à la fois en Sardaigne et sur les côtes catalanes. Et cela en deux temps, tout d’abord en Sardaigne vers le neuvième siècle avant JC et quelques dizaines d’années plus tard sur les côtes de la Péninsule. Le cépage aurait migré vers l’intérieur des terres et trouvé un endroit idyllique pour son développement, l’Aragon. On sait que les populations indo-européennes qui peuplaient la région commerçaient avec les Phéniciens dès la fin de l’âge du bronze. Mais, quoi qu’il en soit, le Carignan a trouvé là un endroit totalement adapté à son caractère bien trempé.

Carignan de pierre

 Pourtant, le sol fait de pierre et encore de pierre, le climat continental, rude en hiver, étouffant en été, les précipitations rares, mais parfois diluviennes, ne semblent pas être des conditions optimales pour une production sereine. Détrompez-vous, le Carignan/Cariñena de la DO Cariñena semble se réjouir de cette terre qui nous paraît ingrate pour nous offrir un bel éventail de vins. Présenté en vin jeune, le voilà fruité et croquant, bien élevé, le voici toujours agréable, mais avec plus de fond, au caractère certes affirmé, mais toujours amène. Pas d’amertume, ni de tanins âpres ou encore de goûts végétaux, le cépage donne là peut-être le meilleur de lui-même. Les vignerons de Cariñena l’avaient abandonné, répondant un temps aux sirènes des variétés internationales, puis se sont recentrés sur le Grenache/Garnacha. Ce dernier majoritaire en Cariñena s’associe volontiers au Carignan/Cariñena. C’est un peu comme deux frères qui aiment se retrouver pour ensemble nous proposer de jolies cuvées. Le Carignan reste pour le moment minoritaire, bien loin de son faste d’antan. Mais gardons confiance, le cépage a déjà regagné son estime passée et reprend du ‘terrain’ petit à petit.

Son comportement

Rustique, c à d en langage ampélographique, résistant tant à la chaleur qu’au froid, à la sécheresse qu’au vent, il a le port érigé et débourre tardivement. Il se contente du peu de terre qui macule les cailloux et en tire, si l’on n’y veille une production importante. Comme les pluies sont rares en Aragon, il ne souffre guère de l’oïdium ou du mildiou, maladies auxquels il est fort sensible. Ses grappes, cylindro-coniques, sont plutôt grosses et ailées, aux baies sphériques et serrées, à la peau épaisse noir bleuté qui donne un jus blanc. La maturité arrive tardivement et demande chaleur.

Il nous fait des vins

Au degré alcoolique peu élevé, ce qui en ces temps de réchauffement est un avantage tant en solo qu’en assemblage.
En cuve, il arbore une robe violacée parfumée de fruits rouges. En bouche, le vin vient flatter les papilles de sa soie tannique maculée de jus de cerise, de fraise et de groseille. Sa fraîcheur bien installée booste les notes fruitées.
Après un élevage de 5 mois, sa robe apparaît rubis cramoisi, aux senteurs de fraise et de rose ancienne rehaussées de zestes d’orange confite et nuancées de fleurs d’amandier. La bouche s’épice de poivres rose et noirs, souligne les fruits d’un trait de réglisse. Croquant et généreux, il adopte un caractère espiègle, l’air de dire, vous avez vu de quoi je suis capable.
Après un élevage de 10 mois, le voilà grenat au nez un peu fermé qui demande patience et quelques girations pour nous révéler ses premiers fruits, arbouse, griotte et pêche de vigne, corbeille fruitée bien épicée de poivre blanc et de cannelle, enluminée de l’inattendue et l’élégante note florale du cynorrhodon. La bouche suave et fraîche déploie sa trame tannique serrée certes, mais immensément juteuse. Un vin à la fois dense et gourmand.
J’invite nombre de nos lecteurs à se rendre compte de leurs propres yeux et papilles de la qualité des vins de la DO Cariñena. Une route des vins y existe, elle passe par 11 bodegas, ainsi que les principaux sites touristiques et gastronomiques de la région.

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Marc Vanhellemont

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