Evviva Frascati !

31/05/2019 - Lyon a le Beaujolais, Nantes a le Muscadet, Vienne le Gemischter Satz, Marseille le Cassis, Toulouse le Fronton. Et Rome? Le Frascati, bien sûr !

Cette association ne date pas d’hier, puisque des actes de la ville de Frascati font déjà état de l’existence de ses vins et de leur succès dans la Ville Eternelle… en 1515, au temps des Borgia et des Colonna.

Le vin du bush

Frascati viendrait de frasche, broussailles. Les anciennes villas romaines de Tusculum (où ont vécu Caton et Cicéron) en étaient couvertes, en effet. Longtemps en conflit avec Rome, sa voisine, Tusculum fut rasée par les troupes papales, et Frascati, un des hameaux adjacents, abrita les réfugiés dans des huttes de branchages – deuxième origine possible du nom.
Quoi qu’il en soit, Frascati devint alors le centre d’une nouvelle cité, à laquelle papes, cardinaux et nobles italiens apportèrent leur soutien actif, s’y faisant construire des villas d’agrément, dont la plus célèbre, sur la Pizza Roma, est la Villa Aldobrandini. Cette arrivée de riches propriétaires dope l’économie locale, et incite les viticulteurs à produire des vins de qualité. Plus tard, à la fin du 18ème siècle, ces villas et le site pittoresque des Colli Romani attirent à Frascati des artistes comme Goethe ou Byron, qui la font connaître dans l’Europe du Romantisme.
De tout temps, un des agréments principaux de la région n’était autre que ses guinguettes, ou fraschette, où l’on pouvait boire le vin produit dans les collines toutes proches, entre la Via Tuscolana (la partie la plus basse, à l’ouest de Frascati), Cocciano (au Nord) et Fontana Candida (au Nord Est).

Descente aux enfers de la médiocrité

Hélas, aujourd’hui, le Frascati coule à flots presque aussi abondants que ceux d’une crue du Tibre – 2,5 millions de bouteilles bon an mal an, auxquelles il faut ajouter les quelque 2 millions de bouteilles de Marino (Castelli Romani).
Je dis hélas, non parce que je réprouve le succès commercial d’une appellation, mais parce que cette abondance s’est traduite par une baisse de la qualité – tiens, on parle souvent de montée en gamme, rarement de descente. Et pourtant, c’est le cas. Un rapide store-check dans un magasin de Rome, la semaine dernière, permettait de constater que les premiers prix commençaient… à 2,45 euros.

La zone de production

La zone de production comprend 8.300 ha, répartis entre cinq communes situées à une vingtaine de kilomètre au Sud-Est de Rome: Frascati, Grottaferrata, Monte Pozio Catone, Monte Compatri… et Rome (ces deux dernières, pour une petite partie de leur territoire). Il s’agit du versant nord des Monts Albins, un terroir d’origine volcanique qui comprend des sables de pouzzolane, du tuf et des roches magmatiques. Pour être complets, précisons que Marino, le Lac d’Abano et la résidence d’été du Pape, Castelgandolfo, se trouvent juste au sud de l’aire d’appellation.
Il existe une catégorie supérieure (c’est le cas de le dire), celle du Frascati Superiore, qui s’est vu décerner en 2011 la DOCG. Mais son aire est la même que celle du Frascati tout court, et ses limites de rendement (11 tonnes à l’hectare) restent relativement élevées.
On note bien une élévation du degré d’alcool minimum de 11 (pour le Frascati simple) à 12° (pour le Superiore), mais on imagine bien qu’en ces temps de réchauffement climatique, ce n’est pas là un seuil particulièrement difficile à atteindre.
La vraie garantie de qualité, c’est donc la signature des producteurs qui font de leur mieux pour sortir de la masse – toute ressemblance avec ce qui se passe en Muscadet, en Cava, en Beaujolais, et j’en oublie, n’est pas fortuite.

Typologie

Mais que peut-on attendre d’un bon Frascati, qu’il soit superiore ou non? D’abord, qu’il fasse honneur à la malvoisie – Malvasia del Lazio ou Malvasia di Candia, même si l’on n’est pas très sûr de leur parenté avec la malvoisie de Grèce, c’est au moins la promesse d’un certaine qualité d’arômes, et d’un minimum de gras.
Comme exemple, j’ai choisi celui de Conte Zandotti, sur le terroir volcanique de San Paolo ; la belle demeure patricienne enchâssée dans les vignes, et à laquelle mène une allée de cyprès, vaut le détour à elle seule. Son 2017, parfait à boire aujourd’hui fait la part belle à la Malvasia del Lazio (70%), à laquelle s’ajoutent ici le Trebbiano, le Greco et le Bombino, (chacun à hauteur de 10%).
Cette cuvée offre au nez une abondance de fruits tropicaux (mangue, ananas), des agrumes, et des fleurs blanches (genets, fleurs d’oranger) ; la bouche n’est pas moins généreuse, avec des notes d’herbes d’aromatiques (sauge), d’anis et de frangipane.
Inutile de vous dire que ce type de vins s’accorde avec une belle palette de plats, du poisson à la volaille, en passant par les artichauts… à la romanesca, bien sûr.
www.cantinecontezandotti.it/index.html
www.uvinum.be

A titre de conclusion… ou de mise en bouche

Bref, que vous visitiez Rome… ou votre trattoria préférée, il est urgent de redécouvrir les charmes du Frascati.
Pour vous y aider, voici quelques adresses et leurs importateurs.

Hervé Lalau

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Conte Zandotti

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