Et le Meilleur Vin du Monde est…

03/07/2015 - L’AFP s’est fendue d’une dépêche pour célébrer l’événement: le Meilleur Vin Blanc du Monde est sud-africain. C’est le Chenin «Family Reserve» 2013 de la maison Kleine Zalze, à Stellenbosch.

Excellent domaine, au demeurant, que j’ai eu l’occasion de visiter lors d’un voyage du Circle of Wine Writers (Kleine Zalze est d’ailleurs un des piliers de la Chenin Blanc Association).

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Cependant, ce n’est pas moi qui ai attribué ce titre, mais le Concours Mondial des Vins de Bruxelles. Ou plutôt, ses dégustateurs.
Ou plutôt… Mais remettons d’abord tout ça dans son contexte.

Des pommes, des poires, des secs, des doux…

J’ai beaucoup de mal à conceptualiser cette notion de Meilleur Vin Blanc du Monde, sachant qu’avec un tel intitulé, on mélange tellement de pommes et de poires.
Imaginez que je vous propose deux Chenins vinifiés en sec: vous pourrez sans doute me dire si vous préférez l’un ou l’autre. Mais si je vous propose un Savennières et un Quart de Chaume, c’est déjà plus difficile. Pourtant, nous sommes toujours en Loire, et toujours sur le même cépage. Alors imaginez que je vous demande de départager un Muscat de Kélibia, un Chardonnay de Corton, un Sémillon de Barsac, un Riesling d’Alsace, un Crémant de Loire et un Chasselas du Dézaley…
Quelle serait la valeur de la comparaison? A peu près nulle.
Mais il y a plus.

Et ceux qui n’étaient pas dans mon jury?

 Au Concours de Bruxelles, comme dans les autres Concours, les jurés sont répartis en tables de 5 ou 6. Il y a une soixantaine de tables, et tous les jurés ne dégustent donc pas tous les vins – c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a autant de jurés.
Alors le vin auquel est décerné le titre de meilleur vin blanc, ou rouge, ou liquoreux, ou que sais-je, n’est rien d’autre que celui qui a reçu d’un jury – et d’un seul – le plus grand nombre de points dans sa catégorie. Selon que tel ou tel jury est plus ou moins large dans ses notations, on aura donc tel ou tel résultat; et rien ne dit que le meilleur du jury A, noté 85, n’aurait pas « battu » le meilleur du Jury B, noté 92, s’il avait été présenté au jury C.
Rien ne dit non plus qu’un vin non présenté n’aurait pas battu le Chenin de Kleine Zalze.
Bref, ce genre de titre ne veut rien dire. Il faudrait plutôt parler de « Meilleure note décernée par un jury pour un vin blanc parmi les vins inscrits au Concours Mondial de Bruxelles ».

Dommage que la dépêche de l’AFP et ceux qui la reprennent sans plus se poser de questions, comme La Libre Belgique, entretiennent le flou; car ce texte évoque un « vin choisi en Italie par 299 experts venus de 49 pays, qui ont goûté pendant trois jours plus de 8.000 vins venus de 45 pays ».
Amis de la précision et de l’information vérifiée, corrigeons pour nos confrères débordés ou absents de la rédaction le jour de la parution: non, les 299 experts n’ont pas tous dégusté ce vin, mais au maximum un ou deux jurys de 5 ou 6 membres (et je prends en compte le fait que certains vins puissent être dégustés deux fois au titre de contrôle, ce qui est tout à fait marginal).
Dommage que les jurés eux-mêmes ne dénoncent pas cette pratique qui revient à leur faire cautionner, en vrac, des vins qu’ils n’ont même pas pu juger. Est-ce de l’ignorance? Une confiance aveugle? Du copinage? Du je-m’en-foutisme?
Encore heureux que le vin de Kleine Zalze primé ne soit pas son Sauvignon! Notre compère Marc Vanhellemont serait ainsi passé pour un amoureux de ce cépage – sans doute celui qu’il aime le moins.

Hervé Lalau

 

 

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