Du Chardonnay dans le Muscadet ? Non merci !

18/01/2019 - Nouvelle année, nouvelles règles? En tout cas, le nouveau cahier des charges de l’AOC Muscadet, tel qu’entériné par l’INAO, prévoit notamment l’entrée du Chardonnay dans l’encépagement.

Voir ici pour ceux qui aiment la littérature administrative: lien

Cette modification est cependant encore soumise à une procédure dite «d’opposition» «Toute personne ayant un intérêt légitime peut émettre une opposition motivée (…) en écrivant à l’Institut national de l’origine et de la qualité, à l’adresse suivante: 16, rue du Clon, 49000 Angers».

Comme consommateur, je me crois légitime à le faire, au nom de la protection du consommateur, justement. Et voici mes motifs.

  • Muscadet n’est pas une région ni un village, c’est le nom local du cépage que seuls quelques ampélographes distingués connaissent sous le nom de Melon de Bourgogne (abrévié en Melon tout court, pour ne pas froisser les Bourguignons… qui ne l’utilisent plus).
  • Muscadet est le mot couramment utilisé pour désigner cette variété dans le Pays Nantais depuis le 17ème siècle, et c’est ce seul cépage qui a donné le nom à l’appellation en 1936. Personne n’aurait eu l’idée de l’appeler « Melon de Nantes », parce que ce n’est pas son nom usuel.

A titre de preuve on citera le chartier du Château de l’Oiselinière: «le 20ème jour de janvier de l’an 1635 en noz courtz de Nantes et de Clisson… ont esté présans noble homme Jan GOULLET sieur de LOYSELLINIERE …baille… 78 boysselées de terre… et la planter en bonne plante de vigne blanche de muscadet de quatre pieds de distance…»

On est là devant un des rares cas dans le vin en France où il y a identité entre le cépage et le produit, et ce, depuis plus de 4 siècles.

Avec l’introduction du chardonnay, même à titre accessoire, cette identité n’existera plus, et le consommateur, qui penserait de bonne foi acheter un 100% muscadet (alias melon) en achetant du Muscadet, risque d’être trompé.
Par ailleurs, même si le Chardonnay est limité à 10% de l’encépagement mesuré dans la totalité des parcelles d’un domaine, comme c’est proposé, qui empêchera les élaborateurs de dépasser ce pourcentage dans une cuvée? Voire d’élaborer des cuvées 100% chardonnay, toujours sous le nom de Muscadet?

Au fait, que cherche-t-on avec cet ajout de Chardonnay ? A faire des vins plus gras, plus massifs, moins Muscadet? A changer de style? A accroître la base des approvisionnements ? Et pourquoi ceux qui ont planté du Chardonnay dans la région n’en feraient-ils pas d’excellents IGP, plutôt que d’introduire la confusion dans ce qui avait le mérite d’être simple.
Pour une fois que le « lien au terroir » – la fameuse promesse des AOC – se matérialisait aussi par le cépage, composante essentielle du terroir!
Comment l’INAO, ce temple de la protection des identités d’appellation, a t-il pu cautionner cette dérive?

Expliquez-moi la démarche !

Question subsidiaire: pourquoi ce changement est-il envisagé pour le seul Muscadet générique, et non pour le Muscadet sur Lie ou les Muscadets à mention sous régionale ou communale. Est-il moins grave de dénaturer le générique (qui porte uniquement le nom de son cépage, en plus) que les autres?
Imaginerait-on de faire du Picpoul de Pinet avec autre chose que du piquepoul? De Du Cabernet d’Anjou avec autre chose que du cabernet? Du Gamay de Touraine avec autre chose que du gamay? De l’Alsace Riesling avec autre chose que du riesling ? Du Muscat de Rivesaltes avec autre chose que du muscat ?

Hervé Lalau

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Un commentaire

  • HERVE LALAU says:

    Il paraît que tout ça n’est qu’une sombre histoire de primes à la replantation qu’on ne pourrait toucher que si l’on change de cépages.
    A suivre…

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