Douro

Le Douro, ce n’est pas que le Porto. Les vins « secs », comprenez non mutés, de la région n’ont cessé de progresser. Cela méritait bien une dégustation.
En voici les résultats. En prime, vous aurez l’opinion de nos dégustateurs sur ce vignoble – sans doute un des plus spectaculaires au monde. Au fait, vous partez quand ?

Le Douro d’Inge

C’est sans doute le plus beau vignoble au monde. Les panoramas, l’ambiance, l’espace, le sens de l’accueil des Portugais, tout est assez incroyable. Et pourtant, la région reste relativement en dehors des flux de touristes, qui ne s’écartent guère de la ville de Porto. C’est aussi une région qui s’est adaptée aux nouvelles habitudes de consommation de vin et propose des produits très fruités, bien secs et à la teneur en alcool de mieux en mieux contrôlée.

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Le Douro de Marc

La Vallée du Douro parle à l’imaginaire, au fantasmagorique…

Écoutant les récits d’autres explorateurs bachiques, on la voit abrupte, tourmentée, prise par les brumes matinales avant d’éclater au soleil, telle une gravure romantique du plus pur style byronien. Les vins parfois secrets, parfois généreux entretiennent la magie.

Un jour, un voyage nous emmène à Piñhao. C’est alors, les yeux pleins de souvenirs anticipés qu’on remonte le fleuve. Là encore, malgré la beauté bien différente de notre création mentale, on a du mal à se départir de cette chimère exaltée née au tréfonds de notre âme. Les vins encore maintiennent l’ambiguïté, ne livrant guère plus que le calque d’un terroir sublimé. Le nom des cépages n’y est pas étranger. Ils résonnent en nous comme une incantation, comme les ingrédients du philtre vinique qui d’une gorgée nous fait aimer à tout jamais ce lieu si particulier.

Chaque bouteille ouverte nous remémore, même à dix mille lieues, la majesté de la vallée. La mémoire aura toutefois fait le tri.
Le vignoble en gradins qui se reflètent dans le fleuve impose son image. Quand y réfléchit, cela ressemble à un parcours initiatique…

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Le Douro de Bernard

Eblouissement, ravissement, incrédulité, voilà autant de mots pour exprimer les émotions qui s’emparent de moi à chaque visite dans la plus célèbre vallée viticole du Portugal. Le fleuve, originaire d’Espagne, parcourt quelque 200 km entre la frontière et Porto. Il coule entre des vignobles qui semblent tomber à pic dans ses eaux scintillantes. Une nature sauvage évoque ici et là un paysage lunaire.

Le Douro reste le témoin de la lutte entre l’homme et la roche. Un sol impitoyable de schiste a dû être cassé, pulvérisé pour réaliser son inimitable architecture de terrasses et de gradins. Des centaines de génération de paysans se sont cassés le dos à planter des vignes accrochées à des versants inclinés jusqu’à 70° pour certains. Sans compter la construction de milliers de kilomètres de murets de soutènement qui grimpent jusqu’à 700 mètres d’altitude. Merveilleux terroir !

Pessegueiro_Banner article Douro

Le Douro de Jean-Michel

Je vous parle d’un temps où la France était le pays du «cheap Port»; et où je goûtais le Porto comme un militant de Greenpeace goûte une chasse à la baleine. Mais un jeune Vintage, puissant et fringant, fut pour moi une révélation, qui me donna l’envie de découvrir la région du Douro. La meilleure façon, et la plus reposante, de pénétrer cet étonnant paysage viticole est le train, qui suit le Douro jusque dans son lit. Au départ de la gare de Porto, saphir urbain enluminé d’azulejos, grimpez dans le petit tortillard qui mène avec entrain et concert de trompe jusqu’à Poucinho peu avant l’endroit où le fleuve devient Duero, au long des collines vertigineuses, spectaculaires, ouvragées par l’homme en d’innombrables terrasses étroites plantées de ceps dans un schiste si dur, si résistant, que les vignerons y taillent leurs piquets de vigne. Douro Supérieur, Haut Douro, Baixo Corgo, sont des autant de régions dans la région à découvrir avec un regard aiguisé. Un mélange d’ordonné et de sauvage. Ce vignoble se mérite. Ici, la visite des Quintas se mue vite en trekking. Le soleil ardent, la déclivité des terrains, l’obligation de récolte manuelle permettent d’imaginer la tâche ardue du vendangeur.

Passadouro-14

Le Douro de Daniel

Dès que le mot Douro est lâché, la panoplie des qualificatifs rangés à l’étage supérieur de notre belle langue fuse de toute part comme le bouquet final du feu d’artifice. C’est à celui qui évoquera le mieux son vertige, son éblouissement, son maëlstrom intérieur, sa mise en abîme face à ce grandiose spectacle. J’en ai fait l’expérience par une soirée de mars, nous venions du Dao en voiture et sommes arrivés tard à la somptueuse pousada qui nous accueillait. C’était la nuit, je n’avais rien vu du trajet car je cuvais gentiment mon Jaén et autre Alfrocheiro dégustés chez Luís et Maria Luisa (Lourenço). Au petit matin, une fois la brume éthylique dissipée, j’ai ouvert les volets pour voir un peu où nous avions atterri: Hou là là ! Nom d’une pipe (facile, mais de circonstance)!
Et ce n’est là qu’un faible échantillonnage des termes traduisant la transe émotionnelle qui me secoua. Je crois avoir compris à cet instant ce que signifiait le «syndrome de
Stendhal» à la puissance 10.

CRASTO

Le Douro d’Hervé

La scène se passe dans une coopérative du Haut Douro, en 1988. Je déguste en silence.
Consterné. Il n’y a pas photo: tous les vins sont mauvais. Pas seulement inintéressants, non – mauvais; ils sentent soit le chou, soit le rance, soit le vinaigre; certains présentent des précipitations de tartre. Le midi, nous déjeunons dans la cave, et on nous sert un autre vin; et là, miracle, il est bon. «Le vin s’est fait quasiment tout seul, on ne savait pas trop ce que ça allait donner, mais puisque vous êtes là, autant vous la faire goûter», nous dit le directeur technique. Je le félicite pour sa prise de risque, tout en pensant, en mon for intérieur : «Toi, mon gars, moins tu touches au vin, mieux c’est».
Plus de vingt ans ont passé, et les vins que nous avons dégustés cette année sont la preuve du chemin parcouru. Certes, le fleuve Douro a toujours été beau et ses terroirs, spectaculaires. Mais pour ce qui est du vin sec, mis à part quels vieux domaines comme Quinta do Cotto, Barca Velha ou quelques marques de Porto qui produisaient un peu de « sec » pour la famille, comme Cálem, c’était assez lamentable. Alors bravo à tous les Douro boys, les Douro girls aussi, bravo à tous ceux grâce à qui on peut aujourd’hui envoyer des amis oenophiles dans le Douro pour autre chose que le Porto !

Jean-Michel Jaeger/Bernard Arnould/Jean-Michel Jaeger
Hervé Lalau/Daniel Marcil/Inge Straetmans/Marc Vanhellemont

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