Dominique Piron : l’ambassadeur du Beaujolais

17/03/2016 - Il connaissait notre chemin, savait l’heure de notre venue, nous attendait. Il nous accueillit avec la plus grande amabilité, bien qu'il soit en plein dans les travaux - sa cave s'agrandit pour satisfaire à l'expansion des ventes. Mais c'est la marque d'un véritable ambassadeur...

Pour commencer, Dominique nous emmena par monts et par vaux, d’un cru à l’autre. Les dix passèrent en revue, de près ou de loin. En moins de deux heures, nous avions acquis une perspective générale de l’appellation, mais aussi une notion de ce que le Beaujolais compte comme terroirs et par conséquent, une estimation des étonnantes potentialités des vins issus du Gamay, trop souvent sous-estimées. Maintenant, après tant d’années de fuite en avant avec le Beaujolais Nouveau, on trouve ici, non pas des «cultissimes» vins cérébraux, mais de vrais vins à boire !
Une vision traduite par un Dominique enthousiaste à l’image de Michèle, l’une de ses deux sœurs. Trait de famille, certes. Du coup, je me suis senti comme un roi au milieu du royaume.

P10507831Portrait

Pas étonnant que Dominique ait été présent lors de la visite officielle du président chinois Xi Jinping en France. C’est à lui qu’est revenu l’honneur d’expliquer le vignoble français au représentant d’une des plus anciennes civilisations du monde. Avec un focus sur le Beaujolais, bien sûr!

C’est que les Piron non plus ne sont pas de la dernière pluie: si lui est né en 1950, il représente la quatorzième génération d’une dynastie fondée en 1590.
Pas étonnant qu’il se sente investi d’une mission qui transcende les aventures individuelles. Son père s’était déjà largement voué à la cause du Beaujolais.

Après des études d’œnologie fin des années 1960 et quelques déplacements essentiels pour apprendre le métier, Dominique est devenu vigneron à la fin des années 70.
Cette passion familiale, il la chérit, mais tellement plus fort qu’une tradition, totalement convaincu du potentiel du Gamay en Beaujolais, de la valeur de son patchwork territorial.

Renouveau

Son domaine de 65 ha s’étend sur 8 crus : Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Brouilly, Chénas, Fleurie, Chiroubles et Saint Amour. Et décrypter avec lui les cartes géologiques est un régal. On se sent savant.
Le nouvel étiquetage de ses vins montre, à la manière du Petit Prince de St-Ex, comment les différentes cuvées se situent sur la  la planète Gamay.

La jalousie, l’envie, lui sont étrangères. Rien de plus agréable pour lui que d’éveiller ces Belles au bois dormant comme Chénas à la vie princière, en compagnie de quelques collègues vignerons, histoire de confronter expériences et connaissances, ne pas rester le nez dans le guidon.
Le soir de notre rencontre, nous avons fêté son anniversaire en tout petit comité, exemple pertinent de sa simplicité.
Sans enfant, il s’est néanmoins trouvé un successeur. Julien Révillon est clairement une âme sœur, un héritier spirituel. Le vin, comme la vie transmise, aura ses hauts et ses bas.

Dominique pense que la roue tourne et que la région amorce une sorte de renaissance.
Le Beaujolais revit et de nombreux vignerons d’ailleurs regardent dans sa direction. Dominique Piron considère que c’est positif. C’est le persévérant qui gagne…

Mais choisissons maintenant un vin pour illustrer l’homme et le propos…

domaine-piron-sur-la-Cote-du-Py-site-672x372

Un Côte de Py, que choisir d’autre ?

Pour Dominique, ce gamay-là ressemble au sang qui coule dans ses veines.

Morgon Côte de Py 2014 Domaine Piron                  

morgon-cote-du-py-domaine-dominique-piron1

Une étiquette marquée d’un trait instantané, sombre, un arbre doré planté sur l’arc suggéré, simple, efficace, c’est la Côte de Py calligraphiée. Le vin s’en inspire. Grenat, il coule, juste estampillé d’une flamme rubis. C’est immédiat, pas de chichi, du fruit, de la générosité, mais aussi de la subtilité. Déjà, comme par transparence olfactive, les différents niveaux de lecture s’aperçoivent. Derrière la marmelade de myrtille et la confiture de griotte se cache la corole délicate d’un iris, le parfum entêtant d’un lis. On cherche plus, le dessin se précise, le trait s’accentue, noirci de graphite, ombré de poivre.
Quel jeu nous offrira la bouche ?
On la trouve d’emblée fraîche, croquante des fruits sentis, pleine d’entrain, prête à de multiples largesses. Mais il y a là aussi de la délicatesse, bien figurée par le grain soyeux des tanins. De la gourmandise encore, mais nuancée de sensualité. Puis, tout semble revenir au point de départ, virevolte espiègle qui nous propose à nouveau de la chair de cerise, suivie de subtile cardamome, d’une hachure de cumin. Les tanins, eux, s’essaient à la rusticité raffinée, caractère facétieux qui le rend encore plus attachant.
Un archétype du Gamay Beaujolais ? Peut-être… non, à coup sûr, une des facettes des multiples Gamay beaujolais.
Les vignes ont une cinquantaine d’années et s’étendent sur 8 ha perché à 300 mètres sur la Côte de Py en légère pente orientée sud-est, au sol de granits désagrégés riches en oxyde de fer.
Vinification : vendanges manuelles, table de tri, égrappage partiel et pigeages. Fermentations de 15 à 20 jours. Élevage à 30% en bois, foudres et fûts qui apporte de la rondeur.

www.domaines-piron.fr
www.vpsbelgium.be   www.gvb-wines.be

Johan De Groef et Marc Vanhellemont

Pour accéder aux autres «Caracterres», cliquer ici

Notre_Histoire-42baa7c8791d129681fbc886030cb093

 

Un commentaire

Répondre à Portrait Beaujolais, Dominique Piron | Les 5 du Vin Annuler la réponse