Dégusté pour vous: 3 cépages résistants

29/11/2018 - Leur intérêt: ils sont résistants aux maladies cryptogamiques comme l’oïdium et le mildiou. Ou plutôt, comme on dit chez Foncalieu, un groupement coopératif en pointe dans ce domaine, pour en avoir déjà planté plusieurs parcelles près de Béziers, ils sont «adaptés aux défis actuels et futurs de la viticulture».
Ces recherches, qui n’ont rien à voir avec les OGM, mettent en œuvre, de façon dirigée, les méthodes de l’hybridation naturelle.

A savoir, à partir de deux plants, en créer un troisième conservant des caractéristiques génétiques des deux parents, y compris les résistances aux maladies. Comme le cabernet sauvignon est le fils du cabernet franc et du sauvignon, le Floréal, l’Artaban et le Vidoc ont chacun deux parents.

Résistants… et recommandables

Avec un groupe de collègues journalistes, j’ai pu déguster des vins de ces trois cépages.
Le Floréal – un cépage blanc – a fait l’unanimité pour la belle aromatique fleurie à laquelle il doit son nom. L’Artaban a marqué les esprits (et les papilles) par une acidité ébouriffante (surtout pour un rouge du Sud). Mais cetet vivacité pourrait être des plus intéressante en assemblage ou en primeur; le Vidoc, enfin, avec ses tannins marqués mais suaves, semble promis à de beaux élevages.
En définitive, après dégustation, on se dit que ces cépages sont aptes à produire des vins tout à fait comparables à ceux des cépages actuels. Je ne suis même pas sûr qu’à l’aveugle, nous n’aurions pas classé le Floréal parmi les Sauvignons ou les Muscats secs, et l’Artaban entre le Gamay et le Carignan…

le Floréal, l’Artaban et le Vidoc

Les viticulteurs de Foncalieu sont convaincus

Une petite remarque: les chercheurs de l’INRA ne promettent pas une résistance totale, et préconisent d’ailleurs de faire un à deux traitements par an contre l’oïdium et le mildiou (à comparer avec les 10 à 15 effectués en année à risque). Une visite dans une des vignes plantées de cépages résistants, à Maraussan, a d’ailleurs permis aux experts de repérer quelques feuilles atteintes par les maladies; ce qui, à l’échelle d’un hectare, est négligeable, mais montre bien que la couverture n’est jamais totale.
Mais pour les responsables de Foncalieu, le résultat est déjà probant, de toute façon: les traitements ont pu être considérablement réduits; et comme le précise Jean-Bernard Abassie, le président de la Cave des Vignerons du Pays d’Ensérune, l’une des trois composantes de Foncalieu, «aucun viticulteur n’a jamais été content de devoir traiter ses vignes avec des produits chimiques ; car non seulement le viticulteur est la première victime potentielle de maladies liées à un surdosage, mais il doit encore aujourd’hui subir le regard très négatif de ses voisins, pour qui il devient un pollueur».

Révolution culturale et culturelle

Pour intéressante qu’elle soit, cette piste pose cependant plusieurs questions : combien de temps dureront les résistances? Ne risque-t-on pas de voir se développer des maladies que couvraient jusqu’ici les antifongiques? Comment les consommateurs vont-ils accueillir cette nouveauté? Comme dans toute création humaine, il faudra peser le gain et le risque. Dans le verre, elle est convaincante, en tout cas.
On saluera aussi l’esprit d’initiative des coopérateurs de Foncalieu, qui n’ont pas eu peur d’essuyer les plâtres de cette technique, d’investir dans les plants, d’y consacrer des terres, de former les viticulteurs. On est loin de l’image d’inertie que porte la coopération du Midi. Que l’innovation nous vienne ainsi d’une structure collective, dans un vignoble IGP du Languedoc, en dit long sur la révolution culturelle qui s’opère actuellement dans le secteur. 

Hervé Lalau

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