Découvrir les Colli Berici

04/11/2019 - L’Italie est un formidable pays viticole. A tout le moins au sens quantitatif. Car parmi les 73 DOCG et 329 DOC actuelles, toutes n’ont bien entendu pas le même niveau qualitatif, la même renommée.

Certaines sont mondialement connues, d’autres seulement localement. Il en va ainsi de cette région de Vénétie que je vous invite à découvrir aujourd’hui.

Située à proximité de Vicenza, soit à l’est des appellations plus connues de Valpolicella et de Soave, cette zone de collines culminant à 267 m d’altitude a un passé viticole. On y a retrouvé par exemple des pépins de raisins remontant au paléolithique. Des documents du 12 è siècle attestent par ailleurs d’une viticulture florissante. Le 16è siècle a vu y construire de magnifiques villas palladiennes, véritable signe de distinction sociale pour la riche bourgeoisie vénitienne. Mais …

Retour au présent

En effet, il y a un mais : à savoir qu’un prestigieux passé ne saurait garantir un présent glorieux. Gageons donc qu’à l’exception de quelques importateurs italiens de chez nous ou quelques descendants d’émigrés italiens originaires de la région de Vicenza, quasi personne en Belgique n’a bu un vin étiqueté Colli Berici. Dommage, et il est sans doute temps d’y remédier.
Car cette appellation a de beaux arguments à faire valoir. Située à quelques kilomètres au sud-est des collines de Soave, dans la partie sud de la province de Vicenza, elle ne pourrait être plus différente de Soave Classico malgré cette proximité. 


Les Colli Berici, séparées des pré-Alpes, ont la moitié des précipitations annuelles et des températures moyennes supérieures à celles de Soave Classico. Le paysage offre des forêts grimpant à l’assaut de pentes démarrant dans la plaine et montant vers les plateaux sur lesquels s’étalent la plupart des vignobles en une sorte de morcellement parcellaire offrant une diversité de pentes, d’altitude et d’exposition.
Outre le fait que ces forêts gardent de la fraîcheur durant les été chauds, l’ensemble favorise la conservation d’une biodiversité positive pour la vigne. Celle-ci se trouve en dominante dans le sud de l’appellation de part et du d’autre du Val Liona.  

La région des Colli Berici a été générée par un ancien un phénomène géologique dans lequel la surface de la terre s’est légèrement soulevée en raison de la pression magmatique en dessous. Même si la très ancienne coulée de lave était la même que celle qui a généré la région de Soave Classico, il n’y a eu ici que quelques petites éruptions marginales à la frontière de la région. En conséquence, une longue crête régulière d’origine sédimentaire (calcaire/marne) recouverte d’argile rouge (limon argileux et riche en oxyde de fer) a été créée.  

Question cépages, on peut s’interroger :  le cabernet sauvignon, le merlot implantés depuis longtemps, constituent-ils un bon argument pour se distinguer d’autres appellations? Heureusement, le carménère apporte plus de spécificité… il serait arrivé ici un peu par erreur, on l’aurait confondu avec le cabernet franc. Reste alors, outre un peu de pinot noir, le secret le mieux gardé d’Italie en termes d’encépagement : le tai rosso. Lié génétiquement à la famille du grenache, les Colli Berici sont sa seule patrie, même s il n’y représente qu’une minorité de l’encépagement en plantation, soit 65 ha sur 700. En blanc, nombre de cépages sont plantés dans la région : friulanogarganegamanzoni Biancopinot biancopinot grigiosauvignon blanc et chardonnay. En plus des blancs et rouges tranquilles, on y produit aussi du rosé, du passito et des bulles.

Deux potentielles locomotives

Tout cela dit, le facteur principal de la renommée, à savoir l’homme, a toujours le dernier mot lorsqu’il s’agit de mettre en valeur une région, ses terroirs et ses vins. Et c’est sans doute là que réside la faiblesse de l’appellation en termes d’image. Zone plutôt rurale, elle a manqué de vignerons ambitieux et prêts à proposer des vins dépassant le simple caractère variétal du raisin.
Lors de ma visite sur place, j’ai néanmoins rencontré deux vignerons partageant la même volonté de proposer des vins de terroir. En cela, ils se démarquent et peuvent assumer un rôle de locomotive pour l’appellation.

Dal Maso                     

L’histoire de cette propriété commence au 19è siècle. Nicolas Dal Maso et ses deux sœurs sont la 5è génération. Leurs 25 ha de vignes se répartissent sur trois appellations dont celle qui nous intéresse ici avec des vignes dans la partie sud des Colli Berici.

Le tai rosso y est joliment mis en valeur dans la cuvée Colpizzarda 2016. Le rendement est de moins d’un kilo par pied. Un nez élégant au fruit noir épicé précède une bouche aux tanins affinés par un élevage de 14 mois en chêne français. Le toucher de bouche est doux et juteux. Le bois est bien intégré malgré encore une petite raideur de jeunesse. L’acidité équilibre le côté suave de ce grenache local dans une matière balancée entre richesse et fraîcheur.

Casara Roveri Merlot 2016 est une autre cuvée des Colli Berici. Une certaine retenue au premier nez avec des notes de fruits noirs et un rien de bois. Les tanins sont moelleux, une bonne acidité cadenasse la largeur d’une matière bien typée sol argilo-calcaire. Agréable finale de persistance moyenne.

Durello Riserva 2016 et 2015 : l’ambition de Nicolas Dal Maso s’exprime aussi par la construction d’une magnifique cave semi-circulaire à quatre niveaux où, hors appellation Colli Berici, il élève d’intéressantes bulles : à la base, le cépage durella en DOC Lessini au sol volcanique, tantôt âgé 40 mois sur lies (2015)pour un metodo classico non dosé, tantôt 70 à 80 mois( échantillon 2016) : bouche verticale, à l’acidité minérale, légèrement saline, matière juteuse et élégante malgré sa vigueur.
A retenir aussi, un Recioto di Gambellara Classico Docg et un Vin Santo 2003 d’anthologie avec 450 g. de sucre superbement équilibrés grâce à la concentration d’acidité dont 1,8 g de volatile. Une persistance infinie…
www.dalmasovini.com

Inama

Cette maison est bien connue de par sa production de bons blancs d’AOP Soave à base du cépage garganega. Inama se veut également ambitieuse dans les Colli Berici. Pour se faire, on mise avant tout ici sur le cépage carménère complété de merlot et cabernet sauvignon. Le tai rosso est abandonné.  Mais surtout, on est acquis à l’importance du terroir. Dépasser les caractères variétaux du cépage est l’enjeu majeur de leur travail. Dans cette optique, Inama a fait appel en 2017 à la compétence du consultant français Stéphane Derenoncourt pour qui l’expression du lieu donne sa forme au vin. Les lieux dont il s’agit ici sont au nombre de trois ensembles de parcelles situées en différents terroirs de l’appellation :

Campo del Lago 2016 :  90% merlot de 50 ans complétés de 10% de cabernet sauvignon, conduits en pergola sur sol à dominante calcaire. Celui-ci contribue par son discret grain minéral à la fraîcheur d’une matière élégante aux arômes fruits des bois noirs et de pruneaux, du clou de girofle. Les tanins sont ronds et juteux, la persistance moyenne.

Oratorio di San Lorenzo Carmenère Riserva 2015 : un magnifique lieu de 12 ha au sol marno-calcaire planté uniquement de carmenère : un microclimat exceptionnel influencé par la forêt qui surplombe cette petite vallée bien exposée. Les raisins y bénéficient aussi d’un différentiel thermique important entre la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit. Tout cela donne un vin dense à la forme quasi carrée, avec des tanins sans agressivité et juteux. Arômes de sirop de cassis, cacao, poivre et autres épices douces. Une vraie personnalité au final généreux.

Bradisismo 2016 : 70% de cabernet sauvignon provenant majoritairement de l’autre côté de la zone des collines à proximité de Lonigo complété de 30% de carmenère. Une forme plus sphérique ici, la richesse du fruit mûr aux notes de cerises noires, de poivre, de cassis et de chocolat est soutenue par une acidité ferme et une structure tanique de velours.

Carménère Piu 2016 assemble des raisins de parcelles situées en différents lieux : 70% de carmenère pour 30 % de merlot en bio sur des sols d’argile rouge et calcaire. Nez de baies sauvages, de tomate bien mûre, poivre noir et graphite. Une bouche très juteuse aux tanins intégrés, de la fraîcheur et une persistance moyenne plus.

Pour conclure, une mention également pour le domaine Piovene Porto Godi., pour deux vins ambitieux:

Vigneto Pozzare cabernet 2016 constitue un intéressant assemblage de cabernets sauvignon et franc au nez de cassis, sureau poivre et fine minéralité, bonne structure de bouche

Thovara Tai Rosso 2015, vendangé en légère surmaturité, de bon équilibre entre suavité et fraîcheur grâce au sol calcaire peu profond.

www.piovene.com

https://consorzio.bevidoc.it  

Bernard Arnould

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