Dans la famille des Pouilly, je demande le Chasselas !

04/02/2019 - Pouilly-sur-Loire est un des derniers vignobles de France où l’on produit du vin de Chasselas, avec la (Haute) Savoie et l’Alsace. L’appellation, qui partage la même aire que celle de Pouilly-Fumé (le fumé étant le nom local du Sauvignon) est devenue quasi confidentielle. Pourtant, elle ne manque pas d’intérêt!

Pouilly-sur-Loire

AOC depuis 1937, Pouilly-sur-Loire ne représente plus aujourd’hui qu’une quarantaine d’hectares – c’est moitié moins qu’il y a vingt ans. Bien que nous nous trouvions sur les rives de la Loire, nous sommes en Bourgogne – ou plutôt dans le Nivernais, s’il on parle en termes de provinces. Le Chasselas y pousse (comme le Sauvignon) dans des sols souvent calcaires ou marneux ou encore sablo-argileux, ce qui nuance fort… subtilement les développements aromatiques et tactiles des vins.

Si l’origine du vignoble de Pouilly remonte au 5ème siècle après JC, ce sont les Bénédictins qui l’ont développé au Moyen-Age. Aux alentours de 1850, on comptait environ 2.000 ha de vignes à Pouilly, dont une majorité de Chasselas, ou Muscadet, comme on l’appelait à l’époque. Le Sauvignon, alias Blanc Fumé, venant largement derrière.
Pourtant, les ampélographes de l’époque ne sont pas tous dithyrambiques à l’égard du Chasselas; ainsi, Victor Rendu trouve-t-il qu’il donne «un vin fort ordinaire», alors que dans le même temps (nous sommes en 1852), il vante les qualités du Blanc fumé de Pouilly, supérieur selon lui à ses homologues du Sancerrois.
L’explication semble tenir d’abord au rendement: le Chasselas, à l’époque, est très productif, surtout dans les sols riches. Cependant, d’aucuns le vantent «pour sa fraîcheur et son caractère amène». Amen!

Les pérégrinations du Chasselas

D’après les travaux du Docteur José Vouillamoz, le Chasselas a une origine lémanique: tous les plants génétiquement proches du Chasselas sont issus de la région, à commencer par l’Altesse savoyarde, son plus proche parent.
C’est par la Bourgogne (où l’on trouve le village de… Chasselas) qu’il serait arrivé à Pouilly.
Notons que le grand essor du cépage à Pouilly est lié, non au marché du vin, mais à celui du raisin de table: au milieu de 19ème siècle, les vignes de Fontainebleau ne pouvant plus suffire à la demande, Pouilly devient un des premiers fournisseurs de Paris en raisin de Chasselas; ceci, en concurrence avec Moissac.
A partir de la fin septembre, chaque année, un train spécial partait quotidiennement de Pouilly (vers 16 h) pour apporter les paniers de chasselas aux Halles de Paris, où ils devaient arriver avant minuit.
Cette activité fit la fortune des vignerons mais s’étiola rapidement avec le mildiou et le phylloxera.

Quatre vins

Voici notre sélection parmi les vins qui nous ont été présentés par le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre, lors de notre passage dans la région, début septembre. Merci à Benoît, Edouard et Fanny pour leur accueil et leur professionnalisme!
Un dernier petit avertissement pour les néophytes du Chasselas: ne vous attendez pas forcément à un déferlement d’arômes ni à une puissance débridée; déguster du vin de Chasselas, c’est apprendre la subtilité.

Pouilly-sur-Loire 2017 Domaine Roger Pabiot

Robe blanc vert, ce vin respire un subtil parfum de verveine et de vétiver qui embaume les pommes et les poires de leurs délicates fragrances. Surprise: la bouche qu’on attend florale et fruitée s’avère minérale et saline. Du moins durant les deux premières gorgées. Un tout petit rien de carbonique renforce l’impression tannique qui appose son relief sur la langue. Enfin, jaillissent les fruits, pomme golden dont la douceur contraste avec le grain de sel, puis angélique confite et un rien de guimauve, histoire d’équilibrer les débuts quelque peu austères.
www.domaine-roger-pabiot.com
www.wijnhandeldebrabandere.be

Pouilly-sur-Loire 2017 Domaine Tinel-Blondelet

Robe vert blanc, le nez confit qui nous rappelle la pomme d’amour et la poire tatin déclinées en notes raffinées, s’y ajoute le bigarreau et un ananas qu’on n’attendait pas. La bouche ample offre une belle fraîcheur qui met en exergue les arômes fruités, légèrement boostés par un rien de carbonique, un soutien minéral et une fine ligne amère au goût de gentiane. Longueur poivrée.
www.tinel-blondelet.com
https://vinspirard.be –  www.fontaine-aux-vins.be  – www.leschateaux.be

La Centenaire 2017 Pouilly-sur-Loire Domaine Serge Dagueneau & Filles

La robe jaune clair aux reflets verts, un nez amusant de banane verte et d’ananas pour un début exotique, suivi des plus courants pomme acidulée et poire croquante teintées de poivre blanc. La bouche offre une agréable texture veloutée ponctuée de quelques grains de sel. La sensation de fraîcheur se conjugue à l’expression juteuse, ce qui donne l’impression d’avoir en bouche un vin à la fois gourmand et élégant.
www.s-dagueneau-filles.fr

De chez Kerbiquet 2015 Pouilly-sur-Loire Domaine du Bouchot

Robe blanc jaune, un nez peu intense certes, mais qui distille des notes graciles de pêche blanche et de poire fondante couplées à des fragrances de foin au regain et de tisane de tilleul et de camomille. La bouche mélange fraîcheur, gras et minéral, un trio qui d’emblée séduit les papilles par cette rondeur pointue colorée de groseille blanche et de marmelade de rhubarbe, de poivre et de pomme acidulé soulignée d’un rien de cannelle.
www.domaine-du-bouchot.com
www.lepetitvigneron.be  – www.upperwine.com  – www.oliviervins.com

«Sans Malo», d’Hector Famille

Aucun des quatre vins ne fait la fermentation malolactique, ce qui perturbe toujours les palais suisses, plus accoutumés aux Chasselas malo faite. Les deux styles ont leur place et leur raison d’être. Le plus amusant, c’est qu’autour du Léman, le Vaud fait la malo et en face, le Chablais français ne la fait pas.

Marc Vanhellemont et Hervé Lalau

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