Côtes du Rhône Villages avec Dénomination (1)

19/06/2015 - Ils sont 18 à pouvoir apposer le nom de leur commune derrière la mention Côtes du Rhône Villages – dont un, Cairanne, montera bientôt en cru.
Leurs noms évoquent des souvenirs… ou pas. Ils interpellent ou intriguent l’oenophile. Et si on leur rendait une petite visite?

Mais avant de déboucher, il convient sans doute de vous les présenter dans le détail.
Pour cela, nous avons choisi de les classer en deux grands ensembles : en premier lieu, les sols récents qui jouxtent le Rhône et ses affluents ;  en second, les terrains plus anciens et plus éloignés du fleuve. Une approche peu usitée, mais qui a l’avantage de la cohérence.
Dans un troisième temps, nous commenterons les vins de notre sélection. Mais n’anticipons pas.

Descendons les affluents

Au nord-est, Saint-Maurice-sur-Eygues

Le vignoble de Saint-Maurice prolonge celui du Cru Vinsobres et comme lui, appuie ses anciennes terrasses de l’Eygues sur les formations marneuses du Pliocène (fin de l’ère tertiaire, -5M). Les vignes regardent principalement vers le sud et montent jusqu’à 400m. Bien abrités du Mistral, Grenache (majoritaire), Syrah et Mourvèdre trouvent là un microclimat déjà remarqué par les Romains qui y implantèrent un vignoble important, comme en témoignent de nombreux vestiges. Le potentiel y est assez similaire au cru voisin, mais jusqu’ici sous-exploité.

Saint Maurice (3)

Saint-Maurice, les chiffres :
Superficie en production : 152 ha
Volume produit : près de 5.000 hl dont 92% de rouge, 5% de blanc et 3% de rosé
Encépagement des vins rouges : plus de 50 % de Grenache noir, 20% minimum de Syrah et/ou de Mourvèdre, accompagnés d’autres cépages admis à hauteur de 20% maximum. Les rosés calquent leur assemblage sur les rouges tout en pouvant ajouter 20% de cépages blancs.
Les blancs : 80% de Grenache blanc minimum, les 20% restant se partageant en Clairette, Marsanne, Roussanne, Bourboulenc et Viognier.
coupe_st-maurice2En 1953, Saint-Maurice fut classé en Côtes du Rhône Saint-Maurice et en 1967, en Côtes du Rhône Villages Saint-Maurice.

 

En suivant l’Eygues

La rivière change d’orthographe en passant de la Drôme au Vaucluse. Descendons-là jusqu’à Cairanne et quittons cette fois l’Aigues pour contourner le village jusqu’au Plan de Dieu.

Plan de Dieu

Jadis, cette vaste étendue de galets était recouverte de garrigue et bosquets infestés de brigands et malandrins. Mieux valait recommander son âme à Dieu avant de la traverser !
Cette ancienne terrasse de l’Ouvèze (un autre affluent du Rhône), s’étend sur 1.500ha. Au milieu de cette grande entité géologique, on admire certes les Dentelles de Montmirail qui semblent proches, mais on s’interroge rapidement sur la pertinence de l’appellation. On redoute la production de masse, les volumes extrêmes de vins lourds aux fruités surchauffés. Pourtant, dès la première gorgée, les rouges se révèlent délicats, alignant à la fois fraîcheur et puissance réservée, soulignés encore par un minéral bien installé. Les apparences nous trompent, les galets roulés de ce dépôt fluviatile du Riss (glaciation du quaternaire, 300.000 ans) reposent sur des argiles bleues ou des grès. Ils offrent une bonne rétention d’eau et évitent les stress hydriques durant l’été.

Plan de Dieu (2)
Plan de Dieu, les chiffres :
Superficie en production : 935 ha
Volume produit : 30.400 hl de rouge uniquement
Encépagement : Grenache noir, complété par 20% minimum de Syrah et de Mourvèdre.

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Le vignoble est consacré Côtes du Rhône Villages avec dénomination géographique en 2005

 

Rive droite

Cap plein ouest, traverser le Rhône à hauteur de Mornas et rejoindre l’enchainement des trois appellations Saint-Gervais, Chusclan et Laudun.

Au nord, Saint Gervais

 Les ainés se rappellent sans doute des Steinmaier et du Domaine de Sainte-Anne qui, en leur temps, ont apporté un éclairage inattendu sur le village et son petit vignoble. On découvrait des rouges aussi élégants que les blancs, les possibilités d’un terroir jusque-là méconnu. Les nombreux dépôts éoliens de lœss mélangés de sable, d’éclats calcaires et d’alluvions anciens de la Cèze font de Saint Gervais un terroir à part. La double influence climatique du Rhône et de son affluent modère chaleurs extrêmes et températures trop basses. 

Saint Gervais (2)

Saint Gervais, les chiffres:
Superficie en production : 73 ha
Volume produit : 2.422 hl dont 92% de rouge
Encépagement : l’assemblage des vins rouges de l’A.O.C. doit contenir 50% de Grenache minimum, accompagné de 20% minimum de Syrah et/ou de Mourvèdre. Les autres cépages admis par l’appellation ne peuvent dépasser 20%.
Pour les rosés : Grenache majoritaire, complété par 20% minimum  de Syrah et/ou de Mourvèdre. Les cépages blancs (Grenache, Clairette, Marsanne, Roussanne, Bourboulenc et Viognier) ne peuvent dépasser 20%.
Pour les blancs : les vins blancs doivent contenir 80% de Grenache blanc, Clairette blanche, Marsanne, Roussanne, Bourboulenc, Viognier.

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Date de création de l’appellation Côtes du Rhône Villages Saint Gervais : 1974.

 

À quelques encablures au sud-est, Chusclan

La Cèze arrose Chusclan avant de se jeter dans le Rhône. Le vignoble y prospère sur un terroir des plus variés, l’horizon coupé à l’ouest par les formations calcaires du Crétacé. La vigne y occupe trois types de sols, les siliceux des piémonts, les calcaires de dépôts récents mélangés d’argiles brunes et la terrasse Villafranchienne aux galets roulés, plus encore une fraction de sables fins. La Cave des Vignerons de Chusclan (aujourd’hui associée à sa voisine de Laudun), son a su tirer parti de cet important échantillonnage géologique pour offrir une palette de vins qui va de  l’élégance à la puissance sans jamais oublier la richesse fruitée.

Chusclan (2)

Chusclan :
Superficie en production : 284 ha
Volume produit : 10.066 hl dont 95% de rouge
Encépagement : 50% de Grenache minimum et au moins 20% de Syrah et/ou de Mourvèdre; 20% d’autres cépages autorisés sont admis.
Les rosés vinifiés par saignée et reproduisent l’assemblage des rouges, mais peuvent y intégrer à hauteur de 20% de cépages blancs (Grenache, Clairette, Marsanne, Roussanne, Bourboulenc et Viognier).

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L’AOC Côtes du Rhône Chusclan est née 1947 ; elle est devenue Côtes du Rhône Villages Chusclan en 1967 pour les rosés, et en 1971 pour les rouges.

 

Un peu plus au sud, Laudun

Savourer un blanc de Laudun, voilà qui fait envie…
Si l’appellation produit, comme ses pairs, une majorité de vins rouges, Laudun propose tout de même un bon 15% de blancs. Et ces derniers sont loin d’être étrangers à la réputation d’élégance et de finesse dont jouissent les deux couleurs. Les terrains sableux omniprésents ici expliquent l’élégance; quant aux argiles, ils apportent fond et structure dont un bon vin ne saurait se passer. Un bon assemblage géologique sur lequel un vigneron comme Luc Pélaquié nous fait depuis de nombreuses années d’excellentes cuvées.

Laudun (1)

Laudun en chiffres:
Superficie en production : 475 ha
Volume produit : 17.273 hl dont 83% de rouge, 15% de blanc
Encépagement : 50% minimum de Grenache et 20% minimum de Syrah et/ou de Mourvèdre.
Les rosés calquent les rouges et peuvent ajouter des cépages blancs à raison de maximum 20%.
Grenache et de Clairette dominent les blancs.

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Laudun a obtenu son classement parmi les Côtes du Rhône Villages avec dénomination communale en 1967.

 

Dans le prolongement, plus au sud

À même hauteur, deux « villages à dénominations géographiques » récentes se font face sans se voir : Sinargues et Gadagne. Si leur sol les rassemble, le fleuve les sépare. Toutes deux possèdent un lambeau de la terrasse Villafranchienne qui a fait entre autres la gloire de Châteauneuf-du-Pape s’est mise en place tout au début du Quaternaire, moment durant lequel le Rhin se jetait dans la Saône et alimentait par conséquent le Rhône et donnait à ce dernier un débit extraordinaire.

Signargues

À l’image du Plan de Dieu, il s’agit davantage d’une entité géologique que d’une appellation Villages, mais les deux jouissent de la même hiérarchisation que leurs équivalents communaux. Signargues est la plus méridionale de la grande famille et si l’on se demande à quoi ressemblent les vins produits sur ce vieux cailloutis, il suffit de se référer à la petite union de producteurs d’Estézargues qui en faisaient déjà avant que l’appellation existe. Chaleur solaire, ajoutée à celle des galets, le balayage du Mistral, une pluviométrie chiche, la vigne s’y plaît-elle ? Le vin répond : oui ! Contrairement à l’attente, au vu du terroir sec et surchauffé, une fraîcheur presque soutenue met en valeur les superbes rouges à l’ampleur veloutée qui galbe la charge tannique importante.

Signagues (1)

Signargues en chiffres :
Superficie en production : 484 ha
Volume produit : 18.253 hl de rouge uniquement
Encépagement : il doit comporter 50% de Grenache, complété par la Syrah et/ou le Mourvèdre dans une proportion ne dépassant pas 20%.

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Le vignoble a été consacré Côtes du Rhône Villages avec nom géographique en 2005.

 

Rive gauche, Gadagne, le dernier né

Perché à la même altitude de 115 mètres que Signargues, l’entité géologique, sise à 15 Km au sud d’Avignon, semble mieux abritée que son alter ego. En effet, nombre de bosquets et de haies vives séparent les parcelles, les abritent du vent et leur offrent ombre et fraîcheur. Les vins, rouges essentiellement, se font l’écho de ce biotope préservé, c à d nez aérien et frais, bouche structurée parfois même un rien austère pour les cuvées destinées à la garde. Seules six caves particulières et une cave coopérative adhèrent pour l’instant au dernier né des Villages.

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Gadagne en chiffres :
Superficie en production : 48 ha
Volume produit : 1656 hl de rouge uniquement
Encépagement : le triumvirat classique Grenache, associés à la Syrah et au Mourvèdre, produit uniquement des vins rouges.

GADAGNE COUPE

Le vignoble implanté autour de Châteauneuf-de-Gadagne obtient l’appellation Côtes du Rhône dès 1937 puis l’appellation Côtes du Rhône Villages en 1997, et enfin Côtes du Rhône Villages Gadagne en 2012.

 

La transition Rochegude

Les appellations abordées jusqu’ici sont établies sur des sols récents (au sens géologique du terme, bien évidemment) ? Et proposent généralement des vins friands, au fruité ample et riche, bien épicé, avec suffisamment de fraîcheur et de structure pour à la fois s’offrir à la consommation dans l’année de l’embouteillage ou dans les années qui suivent, voire proposer une garde plus importante pour les cuvées les plus structurées.
Pour faire le lien avec la deuxième partie du dossier, consacrée aux sols plus anciens, Rochegude semble tout indiqué.

Rochegude

L’appellation offre deux visages, celui des terrasses anciennes du quaternaire, l’autre qui monte en altitude pour rejoindre les calcaires délités du Crétacé du Massif d’Uchaux. Deux types de terroirs vraiment différents qui associés ou séparés peuvent offrir des vins très nuancés ou diamétralement différents. La plaine offrant des vins plus solaires, la « montagne » des vins plus droits, plus austères. L’assemblage des deux terroirs trouve ici une bonne représentation des usages rhodaniens qui préfèrent arrondir les extrêmes au profit de l’équilibre et de la gourmandise. Un bel exemple : la production du Domaine des 5 Sens. 

Rochegude (3)

Rochegude en chiffres:
Superficie en production : 187 ha
Volume produit : 6.301 hl répartis en 99% de rouge et 1% de blanc
Encépagement : grande majorité de Grenache, accompagné de Syrah et/ou de Mourvèdre à hauteur de 20% minimum.

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Rochegude a reçu la dénomination géographique en 1967

 

Suite au prochain épisode, avec, cette fois, les sols anciens….

Marc Vanhellemont

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