Connaissez-vous les vins de Romagne ?

16/01/2019 - Peut-être pas. Et dans ce cas, vous êtes tout excusé. Car cette région ne bénéficie pas d’un passé comparable à la célèbre Toscane voisine. Ni d’une réputation alimentée par des produits de bouche comme l’Emilie, son jambon de parme, son vinaigre de Modène et son parmesan.

Pourtant, j’ai découvert des vins de terroir qui valent que l’on s’intéresse à cette Romagne viticole nichée entre les Apennins et la mer Adriatique.

Depuis des millénaires, la longue plaine romagnole a vécu de la fécondité de ses terres. Les paysans y ont produit des fruits et légumes en abondance. Mais le raisin planté en plaine et sur les collines pré-apennines a aussi pris une place importante dans leur existence. Des données historiques montrent que, vers 1880, la consommation annuelle moyenne de vin y était d’environ 150 litres par habitant contre une moyenne nationale beaucoup plus faible (95 litres). C’est que le vin en Romagne était un besoin strictement lié à la culture et à la civilisation rurale.

De boisson de survie à produit de terroir

 Au cours des siècles passés, l’utilisation généralisée du vin n’a pas toujours été synonyme de qualité. En fait, des siècles durant il était plus important de produire de grandes quantités de vin, ce qui se faisait au détriment de la qualité. A ceci, deux raisons principales. D’une part, le vin était perçu comme une source d’énergie et de force, il était parfait pour ceux qui travaillaient dans les champs. De l’autre, il a été utilisé pour compenser la faible quantité d’eau dans ces zones, qui n’avait pas encore fait l’objet de travaux de remise en état des terres. A partir des années 90 toutefois, la tendance a inversé le mode de production et de consommation du vin. L’évolution économique et technique a favorisé l’apparition d’une nouvelle génération de producteurs. Plus ouverts sur le monde, ils ont introduit de techniques de production de vignes nouvelles et modernes. En Romagne, ils ont ouvert la voie à une série de vins de qualité tout en maintenant le lien avec le territoire et ses habitants.

Le Territoire DOC et DOCG

Située au sud de Bologne, la région de production couvre une zone démarrant au sud de la Via Emilia, cette ancienne route romaine courant de Rimini à Piacenza, pour s’élever progressivement vers le nord de la chaîne des Apennins qui sépare la Romagne de la Toscane. Florence n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres. Les vignobles sont plantés entre 100 et 350 m d’altitude, 400 en de rares endroits sur de sols le plus souvent riches en argile, voire marnes, avec plus ou moins de calcaire, de sable ou de grès calcaires d’aspect spongieux selon les endroits. Bien que la mer adriatique ne soit pas loin, le vignoble de 7.000 ha en plantation bénéficie d’un climat de type continental avec des étés chauds et de longs hivers froids. Traditionnellement la région a toujours été divisée en trois macro zones d’ouest en est mais plus récemment 12 sous-zones ont été créées. Marketing ou tentative de différencier des terroirs ? La réponse ne m’est pas apparue clairement. Des normes de production plus restrictives sont attachées à ces sous-zones.

Albana DOCG

Le cépage blanc albana m’a permis d’intéressantes découvertes gustatives. Poussant exclusivement en Romagne, il peut être produit en vin sec, en vin doux, en passito et même en bulles ; Il jouit de la Docg depuis 1987.  Il offre un vin de couleur paille jaune moyen doux et il est encore servi aujourd’hui aux invités comme un hommage, un geste de gratitude pour leur visite. Il a un goût délicat mais surtout une acidité soutenue qui lui apporte une fraîcheur parfois renforcée par une fine minéralité. L’exemple le plus frappant de ceci a été :

Albana sec Valleripa 2017 -Tenuta Casali à Mercato Saraceno

Dans la sous-zone San Vicinio. D’une couleur jaune soutenue (macération préfermentaire), ce vin est issu d’un vignoble planté sur sol calcaire de tuf à 400 m. d’altitude : nez marqué par une minéralité crayeuse, bouche intense, énergique à la fraîcheur citronnée et à la texture légèrement tanique et au grain calcaire. Une cuvée qui évoque un beau Vouvray de terroir. http://tenutacasali.it

A goûter les Albana d’une vingtaine domaines, j’ai été frappé par la grande diversité de style que permet ce cépage. On peut y voir une incertitude de la part des producteurs quant aux attentes du marché, ou à l’inverse une volonté chez certains de respecter l’expression des différents terroirs. J’ai plus particulièrement apprécié les autres cuvées d’Albana suivantes :

– Fattoria Zerbina, un passito 2014 avec 300 g., de sucre et 9 d’acidité. www.zerbina.com
– Tre Monti, un 2017 avec macération de 95 jours en amphore de Géorgie. www.tremonti.it
– Marco Bandini, Caracara 2017, assemblage de 3 types de maturité. www.aziendaagricolabandinimarco.it
– Celli, I Croppi 2017, grain calcaire, petits tanins, du fond. www.celli-vini.com

Sangiovese DOC

C’est le vin de Romagne par excellence.
Il est produit en trois styles : Novello, Superiore et RIserva.  L’origine de ce cépage est incertaine et c’est un sujet de controverse entre Romagne et Toscane.  De nombreux ampélographes sont toutefois d’accord avec une théorie affirmant que le sangiovese est né en Toscane et que lors de l’agrandissement de Florence, entre le XV e et le XVI e siècle, il avait atteint la Romagne. Il y a trouvé un terreau propice au développement et à l’enracinement, créant ainsi une relation forte avec ce territoire et ses habitants. En raison de la composition des sols et des expositions différentes par rapport à la Toscane, les tanins sont ici d’ordinaire plus « soft » avec des notes de violette et de fruits des bois bien perceptibles.  Autre différence majeure avec la Toscane où le sangiovese était historiquement assemblé avec d’autres cépages, en Romagne le vin était à 100% sangiovese. L’appellation DOC date de 1967.

Impossible ici de présenter toutes les cuvées Sangiovese des 25 domaines visités, je me limite à une sélection de coups de cœurs, avec en tête le domaine dont les cuvées m’ont le plus impressionné en termes d’expression terroir :

– Fattoria Nicolucci à Predappio Alta : Predappio di Predappio – Vigna del Generale 2015, nez intense de cerise, de grenade, de fruits des bois, bouche de sol riche en roches calcaires avec de l’élégance et de la vitalité dans la richesse, une structure de tanins fruités, de la fraîcheur minérale jusqu’en finale, un grand vin ! http://vininicolucci.com

– Fattoria Zerbina, solide structure tanique d’argilo-calcaire. www.zerbina.com
– Tre Monti, une sélection massale de 1968. www.tremonti.it
– Tenuta Casali, élégance de tanins. http://tenutacasali.it
– San Valentino, une cuvée parcellaire de belle matière. www.vinisanvalentino.com
– Tenuta La Viola, douceur de fruit et équilibre. www.tenutalaviola.it
– San Patrignano, solaire, tanins fourrés. www.vinisanpatrignano.comwww.vascogroup.com
– Fattoria Paradiso, trois cuvées, trois expressions de clones différents. https://fattoriaparadiso.com
– Condé, 77ha de vignes, 52 parcelles, 7 vins, du potentiel. www.conde.it
– Piccolo Brunelli, des vins d’altitude, tanins serrés. www.piccolobrunelli.it
– la Pandolfa, élégance, sapidité. http://pandolfa.it

www.consorziovinidiromagna.it

Bernard Arnould

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