Clos Centeilles : le retour de cépages  oubliés

29/06/2016 - Les vins rouges du Clos Centeilles ont acquis en un quart de siècle une renommée certaine. Pour autant, ce serait une erreur de négliger l’autre couleur. Car depuis 1995, le domaine cultive et vinifie des cépages oubliés tels l’araignan blanc, le riveyrenc blanc et gris qui entrent dans le Centeilles blanc. Par ailleurs, on y trouve aussi pour les rouges le morastel noir à jus blanc, le riveyrenc noir et l’œillade.

Le Domaine Clos Centeilles est situé au pied de la Montagne noire, au carrefour de l’Hérault et de l’Aude, sur le territoire délimité de l’appellation Minervois-la Livinière, première appellation village classée dès 1997. Cette région naturelle dite du « Petit Causse », n’a pas seulement un passé viticole mais aussi archéologique et architectural. L’élégante chapelle de Notre Dame de Centeilles, édifiée au XI° siècle, se dresse face aux terrasses exposées plein sud des 12 hectares de vignes de cette « campagne » où se côtoient tapis de thym, oliviers et les fameuses capitelles de pierre sèches qui donnent qui donnent leur nom à l’une des cuvées.

vue de Centeilles par le Nord

Sauver le patrimoine viticole languedocien

Telle était dès l’origine la volonté du couple Patricia Boyer et Daniel Domergue : à côté des traditionnels cépages déjà présents lors de leur arrivée  ils avaient réussi à ré-acclimater des cépages languedociens  du XVIII° siècle abandonnés et oubliés. Bien conscients d’une forme d’appauvrissement de ce patrimoine liée notamment à la plantation importante de syrah et l’arrachage de trop nombreuses parcelles de carignan, ils ont choisi de sortir du rang. Au-delà d’une cuvée d’assemblage étiquetée Clos Centeilles, ils ont ainsi créé peu après leur arrivée en 1990 sur la propriété un pur cinsault, le Capitelle de Centeilles d’une part, un pur carignan d’autre part, le Carignanissime. En 2000 apparaissent deux cuvées nées des cépages plantés en 1995 : C de Centeilles en blanc et en rouge. J’y reviens plus bas. En 2006, Patricia prend seule en charge la destinée du domaine tout en gardant le même objectif, au prix parfois de difficultés liées par exemple à des plants de cépages anciens virolés fournis par l’Inra mais aussi sans doute liées à la singularité de ses choix viti-vinicoles pour une production de vins au style fait de finesse et sensualité décalé par rapport aux amateurs locaux, plus friands  dans les années 90 et 2000 de puissance.  Cela n’a pas entamé la détermination de cette dame à la passion vigneronne chevillée au corps. Ce d’autant qu’elle est désormais assistée par sa fille Cécile  qui compte bien prendre sa suite dans le futur.

PATRICIA lUne reconnaissance méritée

14 avril 2016, le soleil semble bien décidé à reprendre ses droits sur le climat languedocien.
Il baigne l’horizon du  vignoble d’une douce lumière en cette fin de journée où La cuvée Clos Centeilles de Patricia vient de se voir attribuer à  près de dix ans d’écart une double distinction par un jury de sommeliers jugeant des vins de l’AOP Minervois La Livinière pour La Collection 2016.
Le 2010 séduit avec ses fruits noirs légèrement cacaoté, son élégance épicée, sa bouche d’une richesse mesurée aux tannins encore un rien proéminents malgré le jus et la chair, le vin garde beaucoup de fraîcheur jusqu’à une finale raffermie par une tannicité à la fine amertume.
Le 2001 a vu sa complexité se développer au fil du temps pour offrir des notes de liqueur de fruits, de tabac, d’épices douces et surtout une bouche d’une superbe fraîcheur.
L’âge a apporté une agréable rondeur à des tannins juteux quasi fondus. Une superbe bouteille !

Une descente en cave

Comment après cela résister à l’invitation d’une descente en cave pour aller saluer ces intéressants cépages oubliés, aujourd’hui en voie de réhabilitation au domaine. La dégustation démarre « dans » les cuves :

  • Assemblage 2015 de picpoul gris, clairette rose, terret bouret et carignan gris si ma mémoire est bonne car mes notes sont peu lisibles à cet endroit : non sulfité en cuve avec des notes florales et une fine minéralité
  • Assemblage 2015 de riveyrenc blanc et gris, araignan : un vin au profil plus élancé à l’attaque avec une fraîcheur d’agrumes, qui ensuite évolue vers plus de rondeur tout en gardant une vivacité saline

Ces blancs  sont pressurés directement, débourbés à température ambiante, vinifiés sans levurage, soutirés et gardés sur lies fines avec bâtonnage. La malo n’est pas systématique, et la mise en bouteilles se fait en juin.

  • Cuve de riveyrenc noir 2015 : une matière de grande fraîcheur et aux tannins un rien rustiques, des arômes de fruits rouges
  • Cuve de picpoul noir 2015 : une très belle fraîcheur, toujours du fruit rouge mais des tannins plus  mûrs
  • Cuve de maurastel 2015 : un nez de rouge très gourmand avec des arôme de raisins, de griottes une touche de VDN,  une mâche sans sévérité dans une matière nerveuse. Il s’agit d’un cépage à fermentation très lente et à ce stade il reste quelques grammes de sucre.

Quatre vins en bouteille

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La dégustation se termine par quatre bouteilles présentant quelques années d’évolution :

  • C de Centeilles blanc 2012, Côtes du Brian : assemblage à nouveau de riveyrenc blanc et gris, araignan  mais ici après élevage et trois ans de bouteilles pour un vin de bouche d’une superbe équilibre ;  la matière évite toute lourdeur, sans le déséquilibre alcool ou gras  que l’on trouve dans pas mal de blancs du sud non technologiques.
  • Même cuvée en 2009 : une robe jaune soutenue, un nez une touche oxydative, en bouche plus de gras et de rondeurs que 2012 en raison et du millésime et de l’évolution en bouteille ; mais la fraîcheur s’impose vite grâce à une minéralité saline et de beaux amers en finale.
  • C de Centeilles rouge 2010, Côtes de Brian : issue des vieux cépages picpoul noir, riveyrenc noir, œillade et morastel, voilà une bouteille qui offre à la fois buvabilité et présence en bouche ; l’attaque se révèle pleine sur une structure tannique à la mâche affinée par le temps ; ensuite un joli fruité de baies sauvages et de petite griotte ainsi qu’un équilibre nerveux prennent le relais pour nous emmener vers une finale fraîche. Ce vin se démarque bien des assemblages languedociens plus riches de grenache, syrah, carignan, mourvèdre.

Au final, que penser de ces cépages…

Mosaïque jeune vigne aux 9 cépages rares

Mosaïque jeune vigne aux 9 cépages rares

À l’époque de la reconstitution post phylloxera du vignoble languedocien, on a délaissé ces vieux cépages autochtones essentiellement pour des raisons culturales et économiques. Le mot d’ordre était de produire beaucoup de vin. Peu productifs,  avec un potentiel alcool bas, très sensibles aux maladies et difficiles à greffer, ils ne présentaient pas les qualités recherchées. Par contre  les défauts de ces cépages sont peut-être aujourd’hui des qualités. On pense par exemple à leur faible degré alcoolique en comparaison avec  d’autres variétés qui atteignent facilement les 14 ou 15 degrés. Le soleil du sud  n’empêche pas leur fraîcheur, leur vitalité si éloignées des matières massives et alcooleuses. Quant à dire que le futur du vignoble passera par eux… ? L’ histoire revient difficilement en arrière, mais il faut se féliciter que certain(e)s prennent par conviction et passion le risque de se démarquer de la masse pour maintenir une diversité des végétaux.
www.closcenteilles.com
www.lerepairedusommelier.bewww.domivins.bewww.start2taste.bewww.taveirnewines.be (Agent : Didier Kort)

Bernard Arnould

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 ébourgeonnage du Riveyrenc et vue sur le futur caveaul

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