Carlos Rubén, la voz de la Garnacha

19/12/2018 - Voilà, c’est dit, la Voix du Grenache. Pourquoi ? Très certainement parce que Carlos a appris tout au long de sa carrière d’œnologue que le Grenache est un matériau qui bien employé offre presqu’une infinité de possibilités.

Mais qui c’est ?

Carlos Ruben Magallanes Pernas naquit dans la jolie petite ville de Ponferrada, chef-lieu de la région de Bierzo, province de León. Ses premières amours furent le Verdejo rencontré en début de carrière à Rueda, puis la Mencía lors de son retour à Bierzo avant de rejoindre, en 1997, las Bodegas San Alejandro à Calatayud en Aragon. À l’époque, tout était à faire au sein de cette coopérative. En travaillant et retravaillant encore et encore la Garnacha, cépage phare aujourd’hui, il s’est pris d’affection pour lui. Un attachement qui s’est petit à petit transformé en un sentiment aussi fort que l’amour ou la passion. Quand on parle avec Rubén, il est difficile de savoir au juste lequel des deux prédomine. C’est la dégustation de ses vins qui en donne la clé. Complexité du personnage qui n’hésite pas à dire qu’il a la chance d’être en Espagne, le Grenache s’y décline au féminin…

Quelques vins pour affiner notre perception de sa conception

Una Garnacha fácil para empezar

Vida Libre 2017
Grenat violacé, un nez de marmelade de fruits rouges et noirs teintés de tapenade. La bouche gourmande, d’approche aisée, mais sans oublier d’avoir du caractère, des tanins croquants, juteux.
« Ce vin est né lors d’un passage à Hong-Kong, en descendant l’escalier roulant pour aller dîner, ‘et si tu me faisais un Grenache entrée de gamme’ m’avait demandé la personne avec qui est né le projet de faire une variation de Grenache de différentes régions espagnoles ». En fait, la réflexion Rubén sur le cépage. Réflexion qui sortira de la péninsule pour retrouver le cépage à travers l’Europe, puis le monde.

Aux origines, ‘entre vicinos’

La Cuna 2016
La robe grenat noir ourlé de rose, un nez de cerise sombre relevée d’une note de café. La bouche poivrée au fruité souligné d’un trait de réglisse et de quinquina, amertume gracieuse qui apporte son quota de fraîcheur. Ample, dense, aux tanins veloutés.
La Cuna 2017 violet pourpre offre un fruité plus élégant, des tanins plus fins, une plus grande longueur, un très bel équilibre, tout en y retrouvant la fine amertume de la réglisse.

Ce Berceau est le fruit de l’assemblage de Garnacha issu des trois régions aragonaises, Calatayud, Campo de Borja et Cariñena. Élevage de 6 mois en cuve avec une poignée de copeaux, pour Rubén cet ajout permet de stabiliser la couleur, ouvrir le nez et apporter un rien de matière sèche en plus.

Vino a beber o vino a pensar

Pour Carlos Rubén, il n’existe que deux types de vins, celui à boire et le vin de réflexion. El Clasico entre dans la deuxième catégorie.

El Clasico 2017
Grenat sombre, le nez floral évoque les fleurs mellifères qui parfument les gelées de groseille et fraise ombrées de poivre et de safran. La bouche offre la fraîcheur du fruit qui coule sur une trame tannique sans aspérité. Un vin très élégant.
Ce vin est une illustration des Garnacha espagnoles, il assemblage des vendanges non éraflées madrilène et catalane.

Du costaud…

Doble Cuerpo 2017
Violet noir, il respire la violette, la terre humide, la mûre, la pâte d’olive noire mélangée de pignons écrasés. On espère une bouche bien ouverte, pas de chance, il faudra attendre, mais c’est prévu. Aujourd’hui, c’est la structure qui parle et quelle structure ! Corpulente, un poil austère, elle offre néanmoins un jus délicat qui vient maculer sa trame tannique bien serrée. Des nuances de noyau et de queues de cerise s’entendent avec des saveurs de sauge et de thym pour d’un trait d’amertume amplifier le caractère sévère du vin. Mais, il ne faut pas vraiment s’y fier. En y goûtant de plus près, ce rouleur de mécanique est à la fois généreux et élégant. C’est la longueur, promesse d’une belle ouverture ultérieure, qui nous le confirme par ses notes de liqueur de rose, de poivre blanc et de cannelle.
Le vin assemble des Garnacha de Catalayud et de Garnacha Tintorera de Manchuela vinifiées et macérées séparément durant 3 semaines.

Des deux Catalognes, s’il vous plaît…

Susplau 2017
La robe grenat violacé, des biscuits un peu brûlés au nez, nappés de confiture de framboise et de mirabelle. En bouche, il avoue une force inattendue, surtout quand on s’appelle ‘s’il vous plaît’. Tempérament, densité, droiture, présence, voilà un vin avec lequel il nous faut négocier… pour en recevoir quelques faveurs fruitées. Ou attendre que son caractère bien trempé s’assouplisse.
Assemblage franco-espagnol de Grenache d’Estagel dans le Roussillon et de Garnatxa de Montsant vinifiés séparément.

Une évidence…

Sin Duda 2017
Violet noir, quel sombre aspect…. Mais il y a ce petit éclat fruité qui semble éclairer l’assise minérale, la soie tannique qui l’emballe avec son côté rugueux qui lui donne à la fois du caractère et du relief, une certaine douceur sans être pour autant sucré, des parfums de roses anciennes aux notes élégantes, une belle longueur qui augure une belle tenue dans le temps. Ce 100% Calatayud pour Carlos c’est « quand un oenophile boit ce vin, il se dit ‘c’est ça une Garnacha de Calatayud, c’est clair ! » … sin duda !
Fermentation d’une semaine à 30°C suivi d’une macération post-fermentaire.

¡Le plus anonyme!

Antonio Antonia 2017
La robe noire n’évoque aucunement le deuil. Au contraire, Carlos Rubén a fait ce vin comme il est bon de penser aux anciens, aux parents. Tout d’abord rien ne se passe, le temps de se remémorer les visages, d’entendre les voix, de reconnaître les gestes. Ce vin, c’est pareil, il paraît presque insignifiant, bien loin des démonstratifs qui sont l’apanage des cuvées Héritage et compagnie. Ici, rien de tout ça, le sourire accentue petit à petit la bouche, au fur et à mesure qu’elle reconnait le fruit de son enfance, l’épice qu’aimait le père, ce parfum floral qui flottait dans l’air, la tendresse de la mère. Le tanin soyeux ? Pas vraiment. Serré, il laisse échapper un jus généreux comme le sein maternel avec ce côté strict paternel. Élégant et puissant comme dans le regard que l’enfant pose sur ses parents.
Les Grenache viennent du Priorat et de Maury et sont élevés 6 mois en barriques de chêne français.

Cher Carlos Rubén

Après avoir dégusté tous ses vins et réfléchi à tout le cheminement depuis la poignée de main d’arrivée, je me dis que Carlos Ruben Magallanes Pernas est un grand timide bien loin de l’image un peu bourrue à l’espagnole qu’il aime donner. Chaque cuvée offre son quota de puissance, mais toujours matinée d’une sensibilité presqu’à fleur de peau. Quand il m’a demandé comment je trouvais le vin dédié à ses parents, nous avons eu tous deux les larmes aux yeux. Images fortes pour âmes sensibles… Du coup, il aime faire des vins costauds comme Doble Cuerpo ou Susplau (contraction de « s’il vous plaît » en catalan), et le dit presqu’avec délectation « je peux faire des vins légers et fruités, mais j’adore faire des vins avec beaucoup de structure, puissants » tout en ajoutant « c’est la forme de Rubén » évoquant sa corpulence. La dérision en plus, que demander de plus ?
Carlos transcende le cépage, s’y identifie, ce qui lui permet d’en explorer toutes les facettes et de nous en faire profiter. Un personnage émouvant…

www.carlosruben.wine

N.B. Carlos vinifie aussi d’autres cépages et propose bien d’autres cuvées, mais c’est une autre histoire que j’aurai du plaisir à vous conter une prochaine fois.

http://lewine.be

Marc Vanhellemont

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