Calera, de grands vins californiens hors norme.

23/06/2017 - Calera en espagnol signifie « four à chaux ».
Quel rapport avec le vin me direz-vous ?
Le calcaire du terroir, bien sûr. Josh Jensen, le propriétaire de la Calera Winery, s’est intéressé assez jeune au vin.
Cet intérêt l’a mené en Bourgogne où, en 1970 et 71, il apprit le métier de vigneron au Domaine de la Romanée-Conti et au Domaine Dujac.

Il aurait pu faire pis en la matière. Ces maîtres bourguignons l’ont convaincu qu’un grand vin de pinot noir ne pouvait se faire que sur un sol riche en calcaire. Et dès son retour en Californie, il se mit à la recherche d’un terroir calcaire. Cette quête dura 2 ans.

En 1974, Josh trouva enfin le nec plus ultra : une parcelle à 670 m. d’altitude avec un dépôt calcaire de plusieurs millions de tonnes à proximité du Mount Harlan. Située à 40 km de l’océan pacifique, cette région fait partie de la Central Coast. San Francisco se trouve à 144km au nord. Dans les années 1800, ce site abritait une carrière d’extraction de calcaire. Un four à chaux haut de 9m  bien conservé s’y trouve toujours, on le retrouve comme symbole de la winery sur chaque bouteille.

En 1975, il a planté les premières 24 parcelles de pinot noir sur  trois terroirs distincts : Selleck (2 ha), Reed (2 ha) et Jensen (5,6 ha).  Suivant  la tradition bourguignonne,  il avait donné à chaque terroir un nom différent afin de souligner son intention d’y produire trois vins de terroir différents. Ces vignobles ont produit leur première récolte en 1978, soit un total de 65 caisses. (15 Selleck et 25 Reed et Jensen). Près de 40 ans plus tard, ces vignobles donnent une production faible et de grande qualité.

Dans les 30 années qui ont suivi, d’autres terrains furent acquis pour être plantés en viognier, en chardonnay et encore en pinot noir. Au total, 9 sites distincts sont en production.

En 1990, La  Mount Harlan AVA (American Viticultural Area) a été approuvée. Cette AVA couvre près de 3000 ha  dans les montagnes de Gavilan. Aujourd’hui, les seuls vignobles plantés de cette AVA sont ceux appartenant à Calera.

Une verticale des pinots noirs

Nous avons dégusté 14 pinots noirs sortis pour l’occasion de sa cave par le courtier belge Marc Buelinckx qui classe les pinots de ce domaine parmi le top 10 mondial.  D’autres vont même jusqu’à parler de Romanée-Conti californien. Les vins ont été dégustés par ordre de millésime de 2013  à 1997 (seuls 2012, 2002  et 1998 manquaient). Mais dans ce compte-rendu, il m’a semblé pertinent de regrouper les commentaires par sites en commençant par les plus anciens (1975). En effet, Josh Jensen parvient à mettre en évidence dans ses pinots les différences de terroir.  Cela dit, le fil rouge de la dégustation est bien perceptible dans tous les vins : fraîcheur et pureté du fruit, minéralité et  tension de la matière, soit des qualités peu courantes en Californie faisant donc bien de Calera un domaine hors norme.

Mt Harlan Selleck Pinot Noir 2010 (15,15 hl/ha) et 2006 (36,45 hl/ha)

Pour moi, ce terroir  au sol de granite décomposé et calcaire, très rocailleux, donne au vin une élégance et une finesse supérieure  équilibrant par exemple superbement la force et l’intensité d’un 2006 aux tanins de velours. Sa robe brique est teintée de reflets orangés.   Des notes de cerises macérées marquent le nez alors que la bouche est d’une étonnante fraîcheur. La minéralité énergise les 14°2 d’alcool, elle participe de l’intensité de l’ensemble.
Le 2010 offre en plus des touches de fruits rouges confits, de menthe et aussi de rose au nez. Le bois (30% de barriques neuves comme dans les autres vins) est bien intégré, les tanins sont ici aussi veloutés et la finale est persistante. Le rendement y tourne autour de 35 hl/ha mais en 2010 la sécheresse n’a permis qu’un rendement de 15,15 hl/ha. Ce 2010 possède une grande complexité. En bouche, le vin est riche profond avec une structure élégante et une  sous-jacente.

Mt Harlan  Jensen Pinot Noir 2014 (22hl/ha), 2004 (19,8 hl/ha) et 2000(39 hl/ha)

Quatre blocs de collines ici,  chacun avec une exposition différente. Les grappes portent de petites baies à l’origine de l’intensité du fruit. Les vins sont riches, ronds et capables de bien vieillir comme le démontrent ces deux millésimes.
Robe rouge brique et reflets jaunes pour le 04,  brique foncé pour le 00 en contraste total avec la jeunesse du 14.
La bouche du premier possède une tanicité encore bien présente avec un volume de richesse et d’alcool équilibré par une franche acidité, de sorte que ce vin se montre encore bien vivant. 2000 est un vin d’année classique avec beaucoup de fraîcheur dans une matière équilibrée aux arômes de sous-bois, de truffes. Les tanins de 2014 sont couverts de jus, ils ont une certaine tendresse contrebalancée par un grain calcaire qui participe de la fraîcheur d’une matière pourtant ronde et riche.

Mt Harlan Reed Pinot Noir 2008 (5,55 hl/ha)

Ce site possède le sol le plus profond et le plus foncé de tous,  avec plus d’argile que les autres vignobles.
Son orientation face au nord et au nord-est a pour conséquence un fruit lent à mûrir ; une robe rouge brique, un équilibre étonnant  pour 14, 9° d’alcool. Fruits noirs macérés, touche exotique et petit amer tanique qui participe de la relative virilité de la matière. Touche de chaleur alcool en finale.

Parmi les vins des autres terroirs, j’ai aussi apprécié :

Mt Harlan De Villiers Pinot Noir 2013, pour sa matière fraîche, sa trame tanique enrobée de jus et son grain calcaire

Mt Harlan Ryan Pinot Noir 2014,  pour sa fraîcheur calcaire dans une structure ferme à ce stade de vin bébé, pinot au nez mais terroir en bouche.

Mt Harlan Mills Pinot Noir 2005, pour son fruit de cerises macérées, sa bouche plus affinée et son équilibre.

Les blancs

Josh fut l’un des premiers vignerons  a expérimenté le viognier en Californie. En 1983,  en planta 0,8 ha sur un sol très calcaire. Puis en 1984, il planta sur le même terroir 2,4 ha de chardonnay. Par la suite d’autres pieds de viognier et de chardonnay furent ajoutés ainsi d’ailleurs qu’un peu d’aligoté.

La dégustation de trois millésimes de viognier s’est révélée très positive avec un 2014 d’une superbe matière vitale, ronde certes mais en tension et minéralité surtout ; un 2009 à la bouche plus ample, une douceur de velours au palais  et un rien d’amer minéral en finale ; un 1999 à la bouche plus chaleureuse et moins de fond pour des vignes jeunes.

Quatre millésimes de chardonnay ont démontré que même en Californie il était possible d’éviter la lourdeur et l’excès de richesse avec ce cépage. Le 2004 est extrêmement minéral dans son ampleur, on touche là presque à une forme d’austérité minérale alors que 2015 offre cette même minéralité mais plus habillée par la relative ampleur de la matière mais là aussi quelle vivacité ! 2011 marque par sa fraîcheur saline, son grain calcaire et en même temps par sa force, sa puissance qui n’est jamais écœurante grâce à une fine amertume de pierre. 2009  possède moins d’équilibre, avec un léger alcool dominant le milieu de bouche mais assez de minéralité pour le booster.

www.calerawine.com
www.portovino.bewww.wijnen-dekok.comwww.phildanstacave.be

Bernard Arnould

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