Buena Vida, 20 ans déjà !

13/09/2017 - IVV a interrogé Wim Vanleuven, le fondateur de La Buena Vida, sur l’histoire de sa société, qui fête ses 20 ans ; et à travers elle, celle des vins espagnols, dont elle s’est fait une des meilleurs porte-paroles en Belgique.

IVV : Comment est née votre passion pour les vins d’Espagne?
WVL : En 1992-1993, j’ai fait un Erasmus à Barcelone, à la faculté de droit. C’est là que j’ai rencontré une jeune fille de la faculté d’économie, dont les parents, banquiers en Rioja, connaissaient bon nombre de vignerons de la région. Je m’intéressais beaucoup aux vins, mes parents m’ayant transmis leur culture classique des Bordeaux et Bourgognes, surtout. L Lors d’une première visite aux parents de mon amie, ceux-ci ont tenu à me montrer quelques domaines de la Rioja. La plupart des vins que j’ai dégustés ne me plaisaient pas trop, mais je restais toujours poli ! Il s’agissait de Riojas typiques des années 80 et 90, trop et mal boisés, avec très peu de matière. A un certain moment, dans un des domaines visités, un jeune oenologue m’a pris à part et m’a dit : “je vois que tu essaies de rester poli, mais tu n’aimes pas réellement ces vins, n’est-ce pas…?” J’ai confirmé son impression. Il m’a dit de lui suivre, qu’il avait autre chose à me faire déguster, d’un petit projet qu’il était en train de vinifier. J’ai accroché. Ce jeune oenologue s’appelait Miguel Angel de Gregorio – c’est un des oenologues des plus connus d’Espagne, aujourd’hui – il est propriétaire du domaine Allende, en Rioja. C’est lui aussi qui m’a dit d’aller voir en Priorat où les choses bougeaient beaucoup.

Rioja

À mon retour à la KUL, j’avais beaucoup de projets. Au mois d’octobre, j’avais déjà un contrat pour aller travailler l’année d’après pour un cabinet d’avocats renommé de Barcelone, alors ma 3ème licence de droit m’intéressait moins… J’ai donc commencé à former le projet de La Buena Vida, que j’ai finalement fondée le 30 août 1994. Le 1er octobre 1994, je partais à Barcelone. Tout en même temps…
Juste après mes examens, j’ai fait un voyage en Espagne pour constituer mon portefeuille, et je suis tout de suite arrivé en Priorat, où ça bougeait déjà pas mal.
Et puis, en 1997, Johan Sterckx, Premier Sommelier de Belgique 1997, m’a rejoint, et ce fut le vrai début de l’aventure de La Buena Vida au sens professionnel. Une aventure humaine aussi, celle d’une équipe.

Combien de vins avez-vous actuellement à votre assortiment?
 Plus ou moins 400.

Quel est le producteur le plus ancien à votre assortiment? Et le dernier entré?
 Le premier, ce fut Albet i Noya, en Penedès. Et le plus récent, c’est Terroir al Limit, en Priorat. Nous avons une relation suivie avec 95% de nos producteurs. En 20 ans, rares sont ceux que nous avons perdus, qu’ils soient partis ou qu’on ait dû les quitter suite à des problèmes chez eux.

Qui sélectionne les vins à la Buena Vida, et selon quel processus?
 Dans notre gamme, nous avons les vins de tous les oenologues réputés d’Espagne ; donc, le jour où il y a un projet intéressant dans une autre région, en principe nous le savons un an en avance. Le monde est petit et tous les gens de vins en Espagne se connaissent. Nous ne faisons donc pas de foires.

Comment se compose l’équipe de la Buena Vida, aujourd’hui, qui fait quoi?
Johan Sterckx et moi sommes co-propriétaires. Il y a 3 personnes au bureau, 3 personnes et demi dans la logistique et 3 personnes sur la route.

L’Espagne, l’autre pays des terroirs

Le fait de mettre en concurrence, dans votre assortiment, plusieurs producteurs d’une même région peut-il être un problème pour vous?
Si ce n’est pas un problème pour les producteurs, ça ne l’est pas pour nous non plus…
En outre, dans le futur, l’offre des vins d’Espagne s’articulera de plus en plus autour de ses terroirs, comme la France. Je suis justement en train d’écrire une brochure sur les différents terroirs du Priorat. Chaque village est différent (comme en Bourgogne). Il va donc de soi qu’on veut avoir un domaine dans chaque village.

Priorat

Vous avez beaucoup de producteurs bio et/ou biodynamiques et/ou nature à votre assortiment. Est-ce un critère de choix, pour vous?
Cela n’a jamais été un critère, bien qu’en réalité, les meilleurs travaillent presque toujours en bio. Ce n’est peut-être pas par hasard qu’un de nos premiers domaines (Albet i Noya) a été un pionnier du bio en Espagne. Aujourd’hui, nous essayons de pousser nos domaines vers le bio, d’autant qu’en Espagne, pays sec, il est beaucoup plus facile de travailler en bio qu’en France, par exemple. 75% de notre gamme est donc bio, biodynamique et/ou nature.

Comment compareriez-vous l’Espagne viticole d’il y a 20 ans et celle d’aujourd’hui? Quelles ont été pour vous les évolutions les plus marquantes?
Voilà une question qui mériterait 5 pages de réponse…
En bref :

1 – L’importance du terroir a beaucoup augmenté.
2 – Les cépages dits “améliorateurs” des années 90, comme le Chardonnay, le Cabernet ont presque disparu, au profit des cépages autochtones – on en redécouvre régulièrement.
3 – La popularité du bio, tant chez le producteur, comme chez le consommateur, n’a fait que progresser.
4 – Grâce à quelques pionniers – que nous avons souvent dans notre portefeuille – des petites appellations petites ont gagné en importance.
5 – Le Nord de l’Espagne, avec son climat moins chaud, a énormément progressé, notamment la Galice.
6 – Les vins d’Espagne ont beaucoup gagné en popularité auprès du grand public – il faut dire que nous venons quasiment de zéro…
7 – The future is the past (aussi bien en matière de vinification que de viticulture).

Penedès

Quel est le trio de tête de vos ventes en termes de dénominations ?
Penedès, Rueda et Montsant.

Et quelles sont les étoiles montantes de ces dernières années?
Valdeorras, Ribeira Sacra, Sierra de Gredos,Tenerife

La percée du Cava a-t-elle été un élément positif pour les autres vins d’Espagne?
C’est compliqué… la percée du Cava est surtout dû à ses prix bas. Ce n’est donc pas un élément particulièrement positif, à mon sens…

Votre site est une véritable encyclopédie du vin d’Espagne. Ce doit être un gros travail de mise à jour…En effet. Nos vignerons nous aident bien, mais ça reste un travail de fous.

Qu’est-ce qui manque encore aux vins d’Espagne pour que leur notoriété atteigne celle des vins de France ou d’Italie?
Les années, l’histoire…Patience !

Combattre les préjugés

Constatez-vous de grandes disparités régionales en Belgique, en ce qui concerne l’intérêt des consommateurs pour les vins d’Espagne?
Malheureusement oui ! En Wallonie, il faut déjà travailler avec les meilleurs sommeliers pour pouvoir rentrer. En général, les vins français y sont perçus comme les meilleurs. En Flandre, par contre, les consommateurs comme les restaurateurs voient de plus en plus qu’en matière de bons vins, ce n’est pas la nationalité qui compte. C’est seulement une affaire de préjugés et de culture du vin…

En Espagne, faut-il d’abord raisonner en termes de dénominations, ou de producteurs?
Comme partout : de producteurs ! C’est d’ailleurs le nouveau slogan que nous avons choisi pour nos vingt ans: « La Buena Vida, Vinos de Viticultor ».

Par quel vin conseilleriez-vous à un jeune oenophile de commercer l’exploration du la planète Espagne?
C’est compliqué… ça dépend un peu de ses goûts. Pour quelqu’un qui s’y connaît pas du tout, je pencherais pour une valeur sûre, comme un jeune Toro ou un Montsant. Pour les amateurs de choses un peu différentes, je choisirais un Grenache de la Sierra de Gredos ou une Mencía de Galice.

Quel vin regrettez-vous de ne pas avoir encore à votre assortiment?
Jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de bon Monastrell du Levante. Rien de ce qu’on goûte ne nous nous a convaincu. Et nous en avons goûté beaucoup !  Peut-être sommes-nous trop difficiles…

Toro

Quelques coups de coeur

Quel est le vin de la Buena Vida qui vous plaît le plus, d’année en année?
Pour moi, le Priorat Miserere. Nous le travaillons depuis 1995 ; c’est un vin qui est toujours la vraie expression de son millésime. Mais Johan, lui , pencherait plutôt pour le Viña Pedrosa Crianza, un grand classique de la Ribera del Duero qui reste fidèle à son style classique et élégant et qui ne déçoit jamais.

Et quel est le vin qui vous a le plus plu ce dernier mois?
Le Jané Ventura Sumoll 2004, en Penedès ; c’est le premier millésime de ce vin et il s’est développé de manière fantastique. Il est à la fois très élégant, et bien caractéristique de ce cépage.
Et puis le Viña Pedrosa Reserva 1997, en Ribera del Duero ; c’est un millésime faible dans lequel la maison n’a pas élaboré de Gran Reserva; le Reserva est donc leur grand vin dans ce millésime et ça se remarque. Quel beau vin !

Quel vin allez-vous boire ce soir?
Un Laderas del Tiétar Garnacha 2016 de la Sierra de Gredos, du Comando G, un clairet à l’ancienne, vin de soif avec une belle acidité et sans aucune longueur, juste pour le plaisir…

Propos recueillis par Hervé Lalau

Pour illustrer le propos, nous publierons bientôt un compte rendu d’une dégustation de vins importés par La Buena Vida.
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