Bordeaux, terre de contrastes 

16/08/2018 - Pendant que l’on discute de savoir si la baisse constatée sur le marché des Primeurs de Bordeaux, pour le millésime 2017, est salutaire, insuffisante ou inquiétante, voilà le type de message que reçoivent des vignerons:

« Cher Producteurs,(sic)

L’un de nos acheteurs est actuellement à la recherche de vin de Bordeaux rouge en suivi à 1.75€ pour 500 000 bouteilles annuel ( plusieurs références possibles). ou en destockage ( sans quantités précisées) 1.40€
Merci de lui faire parvenir vos offres par e-mail avec photos et taux d’alcool si vous êtes interessés.»

Si on en demande, c’est que ça existe…

Comme le souligne le destinataire de ce mail, Alain Vautherot, il est plutôt gênant de recevoir ce genre de demande.
«Car d’une part, cela veut dire que cela existe, sinon, on n’en demanderait pas; et d’autre part, comment un producteur arrive-t-il à sortir du Bordeaux à ce prix-là avec de la qualité? Et je dis bien « producteur ».
Ensuite, comment voulez-vous arriver à dire aux consommateurs que les vrais prix pour faire vivre les vignerons, ce n’est pas cette gamme de prix?
Comment voulez-vous, pour un novice, débutant et amateur occasionnel, puisse valoriser un produit quand il reçoit des offres aussi basses?
La qualité, ça se paie et le plaisir aussi, et ça ne coûte pas forcément des centaines d’euros !»

Je n’aurais pas dit mieux.

Du prix et du degré

J’ajoute que si l’on peut trouver de l’AOP à 1,4 euros, cela veut dire, littéralement, que l’AOP ne vaut rien. Il vaudrait mieux en produire moins, en limitant la part de la production à l’hectare qui peut être déclarée en AOP, par exemple, et aiguiller le reste vers de l’IGP ou du Vin de France. Les appellations perdraient peut-être quelques cotisations volontaires obligatoires, mais l’image de l’AOP et la rentabilité à la bouteille s’en trouveraient certainement améliorées.
En corollaire, je trouve amusant (ou pathétique, au choix) que le seul critère de sélection, à part un prix ridicule, soit le degré d’alcool – un critère dont tous les critiques de vin vous diront à quel point il est non pertinent pour estimer la qualité d’un vin.

Deux marchés parallèles et qui devraient le rester

Mais qui parle de qualité? A côté du marché du vin pour oenophiles, celui que nous défendons, il y a un marché du vin dont la seule finalité est commerciale. Attention, commercial n’est pas un gros mot, il faut que le vin se vende; le consommateur de vin boisson, de vin volume, a le droit de trouver du vin qui corresponde à ses goûts et au prix – même ridicule – qu’il est disposé à payer. Le hic, c’est que les deux types de vins ne devraient jamais pouvoir être vendus sous la même appellation.
Celui qui achète une Dacia sait qu’il n’achète pas une Mercedes, et vice versa.

Aujourd’hui, dans bon nombre d’AOP, malheureusement, les deux concepts, le vin boisson et le vin passion, coexistent sous la même mention. Bordeaux n’est pas un cas isolé. Je pense à Bergerac, à Cahors, au Muscadet, à l’Alsace, au Beaujolais…

Plus embêtant encore, si l’AOP Bordeaux n’est que le premier niveau de la pyramide des appellations bordelaises, par son nom-même, tout ce qui s’y passe, les prix qui s’y pratiquent, ont des répercussions sur l’image des vins des niveaux supérieurs, appellations sous régionales, voire communales. Après tout, toutes sont des appellations d’origine contrôlées, toutes, du «petit» Bordeaux jusqu’au grand cru, sont au sommet de la hiérarchie viticole française.

Une idée pour que ça change ?

Hervé Lalau

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