Beaucastel, les primeurs de la famille Perrin

25/09/2019 - 2018, un millésime curieux. Il faisait pluvieux dans le sud, alors que le nord connaissait une sécheresse sans précédent. Toutefois, malgré le retard de maturité, la grêle et le mildiou, le Rhône sud s’en est bien sorti. La vendange y est de qualité, le volume pas toujours au rendez-vous. Le mildiou a atteint le vignoble de Beaucastel comme celui proche de Coudoulet n’épargnant que 40% de la récolte.

Les primeurs

Déguster les vins en primeur est une bonne façon d’évaluer le millésime, en l’occurrence le 2018. Comme chaque année, les Perrin nous l’ont présenté. Quelques sommeliers invités les ont particulièrement appréciés. Voici leurs commentaires par les miens complétés.

Château de Beaucastel 2018 – Châteauneuf-du-Pape rouge

Un nez expressif, un fruit bien mûr et un bel accent épicé, la garrigue semble jaillir du verre. Le bois certes encore bien présent devrait se fondre facilement grâce au grand potentiel que possède le vin. Grande complexité aux tournures de fruits noirs, cerise et myrtille. Les tanins puissants et superbes sont déjà bien intégrés. Une belle longueur. J’ai hâte de redéguster ce vin d’ici cinq ans. 

Voilà pour Tom Leven, meilleur Sommelier de Belgique 2018. Quant à Antoine Lehebel, meilleur Sommelier de Belgique 2014 et demi-finaliste du Meilleur Sommelier du Monde 2019, il préfère commencer par la robe… 

Belle couleur brillante où l’on imagine déjà une certaine extraction. Le nez reste timide, mais typique pour Beaucastel. Un fruit bien mûr, des épices et un côté minéral, fumé, très complexe. Il y a un côté floral également qui donne de l’intensité, puis des touches d’encens, des pétales de rose et de violette un peu sèches.
C’est très jeune, mais on détecte déjà à ce stade la complexité aromatique que le vin offrira. Même à ce stade, il est déjà très agréable… le palais d’un grand vin, bien travaillé, hyper velouté. Des tannins bien présents, une belle acidité qui apporte de la fraîcheur, c’est bien équilibré. Il y a du fruit, du jus, rien de fatigant ou de sec. La longueur est très belle également et les tannins restent tout au long, on sent vraiment le grand vin. Finale minérale où l’on retrouve le terroir de Châteauneuf.
Un grand Beaucastel, beau millésime, joli vin, tout est là !
Superbe, vraiment, vivement que ce soit en bouteille ! 

Enfin, pour Andy De Brouwer, 1er Maître d’Hôtel 2019 Prosper Montagné, Sommelier of the Year 2012, ce Châteauneuf avoue…

 Une concentration de fruits rouges et noirs au reflets violacés, un nez gourmand de cerises noires et baies de sureau. Des arômes primaires signe d’un grand terroir, le fruit est tellement précis et soyeux qu’on imagine être dans une cave ou le moût frais coule du pressoir. En bouche, une rencontre de fruits noirs concentrés avec des tanins veloutés et une pointe d’acidité. En finale l’apothéose continue !
Nul reproche à faire, sauf à nous-mêmes, qui le dégustons bien avant son adolescence. Vin prometteur qui mérite quelques années de repos en cave, mais qu’est-ce que c’est bon déjà maintenant !!

Il n’y a rien a ajouter, tout est dit !

Passons la route pour nous rendre à Coudoulet de Beaucastel commenté par Antoine Lehebel

Coudoulet de Beaucastel – Côtes-du-Rhône rouge 2018 

Si sa couleur est engageante, bien brillante, son nez est un vrai nez de Côtes-du-Rhône avec des fruits rouges légèrement confiturés. Bien mûr, bien expressif, on a envie d’y aller. Framboises, fraises, cerises à l’eau de vie, relevées d’une petite touche très délicate de poivre blanc qui ajoutent un peu de complexité et l’ancrent bien dans sa région.
En bouche, une attaque très franche et très juteuse. Pas d’austérité, les tannins sont effectivement bien présents, assez fermes, mais déjà bien intégrés. Très belle longueur également.
C’est un vin qui va être complet, fruité, juteux, bien ouvert, velouté au niveau de la texture en bouche. Les tannins sont là et amènent un beau cadre à l’ensemble.
C’est certain, l’alcool est là lui aussi, c’est chaleureux, mais on est dans le Sud, c’est normal, c’est ce qu’on attend et ce n’est pas dérangeant.
Ce qui plaît, c’est que c’est un vrai Côtes-du-Rhône, mais qui se situe clairement au-dessus de la moyenne par son fruit et sa structure.
Il est vrai que la bouche émerveille par son croquant. Bien plus ouverte que le nez, elle nos gâte de pâtes de fruits où rouges et noirs s’assemblent pour notre plus grand bonheur. Épices et plantes aromatiques complètent le tableau.

Plus au nord-est, Tom Leven s’est penché sur le Vinsobres

« Les Hauts de Julien » Vieilles Vignes 2018 – Vinsobres

Un nez très aromatique et une bouche bien mûre et vraiment très fruitée où se reconnaissent les mûres et les cerises. Juste après vient le bois de cèdre, mais aussi très élégante pointé épicée de poivre blanc. Les tanins sont mûrs et souples.

Antoine Lehebel enchaîne

Ici grâce à la Syrah, on voit une très nette différence, c’est coloré, c’est hyper dense, les larmes sont rouges avec une nuance violacée. Le nez charmeur offre des fruits noirs bien mûrs, des épices, de la violette. On retrouve la densité qu’on devinait déjà à l’œil. Si jeune, il propose déjà des notes de bois précieux, de bois de santal, une touche de cèdre et de cannelle. Très joli nez de Syrah, on le sent sudiste, mais sans exagération, il n’est pas fatigant.
La bouche est ouverte, intense et dense, très aromatique. Un côté réglisse assez marqué en début de bouche. Fruits noirs bien mûrs, gelées de myrtilles et de mûres qui ont été bien concentrées et bien réduites. Tannins puissants et bien présents, mais très ronds et veloutés, très bien intégrés. Belle longueur. L’alcool est là et apporte de la générosité et de la rondeur. On prend déjà beaucoup de plaisir à le déguster.

Andy De Brouwer conclut

Couleur rouge sombre aux reflets violacés dont les larmes colorées révèlent déjà la concentration et la teneur d’alcool. Nez également concentré parle de mûre, de sureau et de crème de cassis. Notes d’épices douces, de poivre de Sichuan, de réglisse et de chocolat ruby.
En bouche, l’attaque franche croque le fruit noir. Matière et texture s’avèrent veloutées et enveloppantes. Une note de bois évoque le toasté. C’est gourmand et concentré, soutenu par l’alcool. Finale prometteuse. Bien que trop jeune aujourd’hui, il mérite d’être oublié en cave ‘profonde’ pour en ressortir par la grande porte.
Et cette note de moka, une autre de réglisse assez discrète, juste là pour nous intriguer et nous inciter à franchir le cap des tanins encore bien hérissés. Ils renforcent le caractère austère du vin, et c’est en final que se révèle vraiment le Vinsobres. Généreux, il nous montre alors tout son potentiel fruité, floral, épicé.

Quant au Gigondas L’Argnée, voici les commentaires de Tom et d’Andy 

« L’Argnée » Vieilles Vignes 2018 – Gigondas

Un nez à la fois délicat et intense aux senteurs bien perceptibles. Puissant et bien structuré, il plaît par la rondeur de ses fruits mûrs qui rappellent les griottes et les fraises des bois. Le bois nous suit en arrière-plan. Le caractère capiteux est bien équilibré par le fruité et l’acidité. Un vin aux tanins très élégants et à la longueur sans fin. Explique Tom

Pour Andy la robe se teinte de rubis vif et violacé. Le nez exprime la concentration des fruits rouges légèrement acidulés. L’alcool est là, certes, mais justement l’alcool et les fruits accentuent les arômes gourmands et prometteurs. Dans le verre, le terroir de Gigondas se révèle avec ces notes de pierre à fusil et de plantes de garrigue. En bouche l’attaque ample séduisant. Malgré sa jeunesse, l’équilibre est déjà là, grâce à une utilisation modérée du bois et à l’alcool noyé dans la concentration fruitée boostée par l’acidité.À
boire sur le fruit dès sa sortie ou à laisser vieillir en cave, il le mérite bien.

J’ai beaucoup aimé sa suavité, son expression presque sucrée qui enrobe avec maestria les tanins bien présents, sa longueur aux graciles notes fruitées acidulées.

Reste quatre cuvées présentées lors de ces primeurs 

Gigondas 2018 – Domaine du Clos des Tourelles

Rubis violacé, le nez explose de fruits rouges et noirs où se mêle tout l’éventail des senteurs de garrigue. C’est un nez suave, plein, qui donne l’image potentielle du vin à boire, qui fait saliver, qui donne envie de le déguster sans plus tarder. Croquant, gourmand, profond et long, les tanins un rien sauvageons, il a du caractère et on adore s’en distraire. Fleurs, fruits, épices, minéral bien présent, fraîcheur importante, gras, …tout y est ! On l’aime dès maintenant ou d’ici quelques temps sans l’ombre d’un souci.

Les Christins 2018 – Vacqueyras

Grenat améthyste au nez discret mais gourmand qui nous parle de pâte de fruits noirs, cassis et myrtille soulignées d’un trait de réglisse. La fraîcheur buccale s’avère assez sensationnelle. Elle éveille les papilles et puis déroule ses arômes fruités où l’arbouse, la griotte et la prunelle s’ajoute aux fruits sentis. Les tanins offrent leur léger barrage soyeux qui ne résiste guère longtemps à l’explosion des baies. Finale délicatement épicée. 

Les Sinards 2018 – Châteauneuf-du-Pape

La robe rubis aux nuances rose sombre exhale des fragrances légèrement fumées avec un rien de toast sur lequel viennent se déposer fraise, groseille et cerise. La bouche reprend d’emblée la burlat, la croque, en suce le noyau, puis s’abandonne aux autres fruits. Les tanins étendent leur trame tactile aux contours un peu rêche, accentuation du caractère provençal, mixte entre fraîcheur, générosité et austérité.

La Gille 2018 – Gigondas

Une robe rubis cramoisi au nez délicat de groseille et de framboise embelli par le parfum floral de la rose ancienne à peine poivrée. Bouche aux tanins fins juste serrés libérant un jus frais et fruité. Une impression de garrigue vient rapidement parfumer le palais tout en le maculant du charnu des fruits.

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Marc Vanhellemont 

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