Antica Azienda Agricola Paolo Bea, à Montefalco

20/06/2019 - Cet article est un complément essentiel à mon dossier Montafelco Sagrantino, écrit suite à l’Anteprima Sagrantino 2019 à Montefalco. Il met en lumière le domaine le plus passionnant de la zone.

Giampiero Bea, la cinquantaine dynamique, est le fils de Paolo. A la fois architecte et vigneron, il parle viticulture avec passion : convaincu de la nécessité de respecter la nature, de l’accompagner sans jamais la dominer, il préside aussi le groupement de producteurs Vini Veri. Sa philosophie tient en quelques principes : » mes vins proviennent du sol unique de Montefalco, conférant la minéralité spécifique de cette région.  Leur saveur est enracinée dans le sol, ainsi que dans notre tradition agricole. Cela découle de notre volonté de travailler avec les rythmes et les incohérences de la nature, plutôt que d’essayer de la manipuler. Technologie et science peuvent nous aider, mais elles ne peuvent pas se substituer aux processus essentiels et aux propriétés de la nature. »

Respect et authenticité

Dans les 11 ha de vignes, cette philosophie se traduit par une attention toute particulière au respect des différents terroirs du domaine avec leur structure physique et minérale, les climats liés aux altitudes et expositions, l’orographie. A propos de terroirs, Giampiero Bea regrette l’absence de connaissance générale et de hiérarchisation dans la région de Montefalco. Mais ce concept de hiérarchisation des terroirs ne faisant pas partie de la culture viticole italienne, exceptions faites du Piémont et pour partie de la Toscane, il ne peut se faire entendre au sein du Consorzio Tutela Vini Montefalco. Pour lui, le vin sera équilibré si le travail des vignes vise à l’équilibre du pied de vigne et ses raisins en amont. Il importe dès lors d’observer la réaction de la nature à chaque saison, de limiter au minimum les traitements dans le vignoble, d’exclure l’usage des produits chimiques, d’éviter toute forme d’accélération artificielle des processus.

Ce qui précède s’applique également en cave : les peaux et pépins de raisins récoltés tard, à parfaite maturité phénolique, macèrent longuement, parfois jusqu’à 60 jours, sans adjonction autre que le minimum nécessaire d’anhydride sulfureux, ni contrôle des températures. La vinification terminée, les vins sont longuement vieillis, de 4 à 6 ans, d’abord un an en inox puis trois ans en botti grandi de Slavonie. Enfin le vin est mis en bouteille sans filtration stérile, il y passera un ou deux ans avant d’être mis en marché.

In vino veritas

Le domaine produit 9 cuvées. Pour les avoir dégustées, je peux témoigner de leur authenticité. Les 100% sagrantino démontrent ce que ce cépage est capable d’offrir sur les bons terroirs de l’appellation : intensité de la matière, élégance des tanins et complexité de l’expression aromatique.

Montefalco Sagrantino Cerrete 2009

Le vin le plus ambitieux, une sorte de Cru que Giampiero Bea considère comme le terroir le plus qualitatif de la région pour le sagrantino. La macération a duré 32 jours avec levures indigènes. Le nez est dense, atramentaire, confiture de fruits noirs, profond. On retrouve en bouche cette profondeur d’une matière balancée, aux tanins effilés, juteux, d’une élégance peu commune dans la région. Très grand vin de 15° qui réalise la synthèse entre force, ampleur d’une part, finesse et distinction d’autre part. Et, sans surprise, très longue persistance en fin de bouche. La même cuvée en 2010 respecte la marque du millésime avec une trame plus verticale, aux tanins plus serrés, gages d’une belle longévité.

Montefalco Sagrantino Pagliaro 2010

Superbe nez de fruits rouges, bouche d’une pureté et d’une énergie folle, la qualité des tanins intégrés dans une matière juteuse est un exemple pour la région. Tout comme la finale longue et sans aucune amertume.

Montefalco Sagrantino Passito 2007

Les raisins ont été récoltés le 3 octobre 2007, à la main bien sûr. Ils ont été pressés après dessèchement à l’aération naturelle le 28 décembre. A suivi une macération et une fermentation de 122 jours. Le résultat est saisissant tant la bouche est d’une force qui n’a d’égal que la suavité des tanins et l’équilibre entre une acidité ferme, forte de 1,5 d’acétique, et 90 g. de sucre résiduel. Incroyable harmonie de ce sagrantino sucré, complexe et parfumé.

3 autres vins rouges sont proposés : Pipparello, un Montefalco Rosso Riserva assemblant en 2011 60 % de san giovese, 15 de sagrantino et 25 % de montepulciano, enfin 2 IGT dont Rosso de Véo, 50% de raisins de Ceretto plus 50% de raisins de vignes sur sols plus humides.

Trebbiano Spoletino

Il serait dommage de quitter le domaine Paolo Bea sans mentionner cet autre cépage autochtone, tant il se révèle intéressant lui aussi. Ce trebbiano spoletino est une variété qui n’a été redécouverte qu’au cours des dix dernières années. Sans aucun lien avec le trebbiano d’autres régions qui n’est en fait que de l’ugni, il est originaire de la région située entre Spoleto et Montefalco, où se situe la petite bourgade de Trevi (trebiae en latin) perchée sur les pentes inférieures du monte serano. Il lui doit son nom. Il s’agit d’une variété ancestrale, qui traditionnellement poussait sur des rangées d’ormes et d’érables, entre lesquels on tirait des cordes sur lesquelles la vigne avait la possibilité de se développer. Elle produisait une récolte importante, typique du concept de vin comme nourriture aujourd’hui oublié. Depuis quelques années, on a replanté des parcelles dans une plaine au sol favorables même si subsistent ici et là de ces lignes d’ormes mariés aux lianes de spoletino. Les longues grappes de ce cépage tardif permettent des vins à forte personnalité, très parfumés, toujours caractérisés par une acidité véhémente et une bonne dynamique Il est également intéressant de noter qu’il s’agit d’un raisin très plastique, capable de transmettre le style de tel ou tel producteur de manière fidèle. Qu’il soit macéré ou non avec ses peaux, qu’on l’élève en inox ou en bois plus ou moins longtemps, il est clair qu’il n’y a pas une expression unique du trebbiano spoletino. Celle voulue par Giampiero Bea est exceptionnelle :

Arboreus 2012 IGT Umbria Blanco

Le nom le dit, une large majorité (80%) des grappes proviennent de très vieilles vignes sur arbre, les 20% restant venant de parcelles récentes plantées de façon moderne. La macération de 23 jours avec les peaux a été suivie d’une fermentation de 97 jours sur les lies sans contrôle de température. La robe est d’un jaune or soutenu.  A l’aération, le nez offre une complexité réelle : agrumes, notes de noix, d’abricot séché, de fleurs séchées et de foin se combinent avec de la minéralité. La bouche associe une plénitude un rien mielleuse, une fraîcheur minérale, une légère tanicité. La matière est dense profonde, douce et rigoureuse à la fois. Un grand blanc d’Ombrie, lumineux et harmonieux, d’une longue persistance finale.

www.paolobea.com

Bernard Arnould

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