Anjou noir : trois domaines, trois expressions du chenin (épisode 1) 

27/05/2019 - S’il est bien une terre de chenin, c’est en Val de Loire qu’on la trouve. De la Touraine à la région angevine en passant par le Saumurois, ce pineau de Loire, comme on l’appelle aussi, est le roi des cépages blancs locaux. Tantôt sur sols de tuffeau, tantôt sur différents schistes, ce chenin triomphe.

Mais on ne saurait pour autant négliger le travail et la patte des vignerons et vigneronnes. Une visite récente de trois domaines en Anjou illustre l’importance des hommes et des femmes qui font le vin.

L’Anjou noir est ancré sur les contreforts de ce qu’il reste du très ancien massif armoricain à l’ouest et au sud d’Angers. La région possède un substrat géologique relativement varié où des schistes millénaires dominent roches volcaniques, carbonifères, gréseuses et sédimentaires. Il s’oppose donc tout à fait à l’Anjou blanc saumurois dominé par les calcaires.

Domaine Thibaud Boudignon

« Il faut se donner les moyens de ses ambitions ». Ou comment comprendre en une phrase les desseins d’un Bordelais d’origine, passé par les Graves puis par la Bourgogne avant de se fixer en Anjou il y a douze ans. Son ambition était de produire de grands vins blancs secs, il a rapidement compris tout le potentiel que certaines parcelles de l’ouest de l’appellation Savennières pouvait lui offrir. Notamment dans la zone de la Possonnière où via de solides investissements il a acquis le Clos de la Hutte et le Clos Frémine, deux magnifiques terroirs plantés à partir de 2012 sur la roche de schiste. A ces deux magnifiques terroirs s’ajoute une sorte de jardin de colluvions plus au centre de l’appellation, Les Vignes Cendrées. Hors Savennières, Thibaud Boudignon vinifie encore les raisins de ses deux hectares originels sur Saint-Lambert-du-Lattay pour arriver à un total de 7 ha en production. Soucieux de favoriser la complexité du matériel végétal et par extension des vins, il replante le tout avec de vieilles sélections massales d’origine différentes sur des porte-greffes différents. Tout le travail au vignoble vise à l’équilibre du végétal et la nécessité d’éviter le stress de la plante sur ces terroirs qui se réchauffent rapidement. Le domaine fait ses propres composts pour travailler en biodynamie, on compte 4 à 5 apports organiques par an plus diverses tisanes. L’objectif de production tourne autour de 40h/h. En 2018, une trentaine de personnes ont vendangé les 7 ha en 4 jours. Les baies se doivent d’être mûres, sans excès mais certainement pas en sous maturité et sont ramassées sans tries, en un seul passage. Comme le dit Thibaud, «On passe tellement de temps dans les vignes, qu’il serait insensé de ne pas protéger au maximum les jus une fois le raisin coupé.» D’où sa décision d’investir aussi temps et argent dans un chai moderne, écoresponsable dont l’ambiance et la température sont tempérées par un système de puits géothermique. Cette climatisation naturelle permet des conditions d’élevage idéales, entre autres pour bloquer la fermentation malolactique : «Ne pas vouloir cette malolactique, c’est faire preuve de fidélité à l’équilibre de mes raisins, à leur maturité.» La fermentation et l’élevage se font 100% en fûts, en absence de débourbage.

Les différentes cuvées 2018, encore en élevage

Anjou blanc : fraîcheur et minéralité, agrumes frais, touche qui sauvignonne

Anjou A Françoise :  milieu et haut de butte sur Saint-Lambert, quelle énergie, quelle droiture dans cette matière saline, très agrumes mais avec une touche plus exotique, dans laquelle tranche une sorte de violence minérale.

Savennières Clos Frémine : ce terroir sablo-schisto-gréseux s’exprime plus en finesse. Un nez de mandarine, en bouche une fine amertume minérale sur grain de raisin frais, agrumes, à la fois élégance et force, un rien de rondeur pour habiller la signature minérale.

Savennières Les Vignes Cendrées : le sol le plus puissant avec une proportion importante d’argile amène une bouche plus large en foudre, une autre plus épurée malgré tout en barrique.

Savennières Clos de la Hutte : un grand terroir à roche affleurante, il combine les qualités des autres parcelles : grande précision aromatique et évidence minérale, parfait équilibre entre minéralité et gourmandise, rien d’austère avec un nez complexe sur la pierre à fusil, les agrumes, une bouche tranchante et précise, fin de bouche aérienne et saline.

2017 en bouteilles :

Anjou Cuvée Domaine : un vin pur, élégant avec des notes d’ananas frais, de l’énergie, de l’intensité, de la salinité et une discrète rondeur pour une gourmandise salivante.

Anjou A Françoise : les choix de viticulture ont permis d’éviter tout stigmate lié à un millésime de chaleur et de sécheresse, toujours une impressionnante force minérale saline et une finale d’une très longue persistance.

En conclusion, la patte de Thibaud Boudignon, c’est de la passion, une intelligence de projet, des vins de terroirs précis, purs, profonds, dégageant force et énergie.

www.cavedesoblats.com

A paraître, la suite de la trilogie :
Episode 2: le Domaine de la Bergerie
Épisode 3 : le Clos de l’Elu

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Bernard Arnould

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