Anjou noir – Episode 2 : trois domaines, trois expressions du chenin

13/06/2019 - Au contraire du domaine Thibaud Boudignon (voir épisode 1), les parcelles de La Bergerie se situent majoritairement dans les appellations Anjou plutôt que sur Savennières. Et de 5 ha chez T. Boudignon, on passe ici à 36 ha. Différence de taille, différence d’histoire, différence d’interprétation du chenin.

Domaine de la Bergerie

Lien épisode 1 Thibaud Boudignon

Dans la famille Guégniard, on est vigneron de mère en fils ou de père en fille depuis huit générations. Le Domaine de la Bergerie a été acheté à la Bougie en 1961 par la grand-mère d’Yves, femme au caractère bien trempé qui menait son domaine seule depuis l’âge de 37 ans. Cette acquisition vient alors s’ajouter au patrimoine viticole familial. En 1964, elle transmet le Domaine à sa fille Marie-Agnès. Commence dès lors une longue remise en état du vignoble. En 1979, Yves rejoint ses parents sur l’exploitation familiale. Il est la septième génération de vignerons. Il sera de ces vignerons de la rive gauche, qui après avoir gagné en notoriété dans le Layon dans les années 90, traverseront la Loire pour tenter l’expérience sur Savennières.

La 8è génération à l’œuvre

Mais désormais, ce sont les deux filles de Yves et Marie-Annick Guégniard qui gèrent l’exploitation de Champ sur Layon: Anne, l’aînée, a rejoint son père en 2007, et s’est associée à lui en 2010. Sept ans plus tard, la cadette, Marie, rejoint sa sœur. En 2018 les deux sœurs reprennent les rênes du vignoble. Ainsi, la tradition familiale perdure, la huitième génération est installée. Ce qui signifie bien entendu que Anne et Marie ne partent pas d’une feuille blanche au contraire de T. Boudignon par exemple. Elles ont du et doivent encore tenir compte des choix de leur père sur plus de 30 ans, en plus d’avoir à gérer la succession d’un point de vue affectif. Anne a entamé depuis 2010 la transition vers la viticulture bio en douceur par exemple. A leurs propres dires, Anne est la femme d’idées tandis que Marie est plus directe dans l’action. Les millésimes récents me semblent déjà porter la marque de Anne vers des vins plus tendus, moins riches. Je ne doute pas que les deux sympathiques sœurs poursuivent leur évolution dans la recherche de la plus fidèle expression de leurs terroirs sur socle de schiste.

Les chenins en sec

Les 36 ha de vignoble permettent une production diversifiée qui compte cinq types de vins, allant des blancs secs aux moelleux, en passant par un rosé, une bulle et des rouges. Dans le cadre de cette présentation, je me limite aux seuls chenins.

Sous la Tonnelle 2018 – AOP Anjou Blanc

Le nom le dit bien, ce 100% chenin de cuve se veut le blanc des copains. Fruité, frais, souple, floral et agrumes il se boit avec délectation sous la tonnelle.

Les Pierres Girard 2017 – AOP Anjou Blanc

Des chenins de 40 à 45 ans de sol argileux sur altération de schiste à proximité du domaine de Champ-sur-Layon. La vendange de raisins jaunes sans aucun botrytis, le pressurage lent et la fermentation en barriques de 400 l. débouchent sur un nez d’agrumes, de fruits jaunes et une bouche d’une belle vitalité avec un fin amer minéral qui contribue à sa fraîcheur et sa bonne persistance.

Vauchaumier 2016 – AOP Anjou Blanc

Une cuvée récente issue de vignes de chenin situées à l’intérieur de Clos du Château de Chanzeaux sur sol de schiste. La spécificité réside dans la sélection parcellaire d’une part, l’élevage en jarre de grès d’autre part. L’attaque se fait tendre avant que ne s’installe une tension alimentée par une minéralité saline. Terroir et sensualité du fruit se marrie superbement dans une matière à la finale longue et élégante.

Chaume 2017 – AOP Anjou Blanc 

si ce terroir donne souvent naissance à des vins moelleux, cette cuvée de chenins de 25 à 60 ans prouve sa capacité à produire un grand blanc sec de terroir sans aucun botrytis : nez d’une extrême élégance, bouche à la fois aérienne, grâcieuse et tendue par l’acidité et une minéralité saline qu’habille une petite rondeur de fruits mûrs. Agréable amer minéral en finale.

La Croix Piquot 2015 – AOP Savennières

Un sol de grès schisteux et sables éoliens à l’extrémité est de l’appellation pour un vin qui illustre la parfaite rencontre entre la générosité solaire du millésime et la force du terroir. Fermentation et élevage de 18 mois sur lies et sans bâtonnage en cuve inox. Fruits blancs, agrumes, équilibre et précision. Finale à la minéralité tonique, très Savennières.

La Croix Piquot 2016 – AOP Savennières

Autre millésime, autres nuances avec du fruit exotique, une bouche plus juteuse autour d’une minéralité moins ferme, toutefois même persistance finale sur un minéral aux beaux amers.

Clos le Grand Beaupréau 2016 – AOP Savennières : 

A proximité de la Coulée de Serrant et de la Roche aux Moines, ce Clos est le point culminant de l’appellation. Grâce à cette ouverture d’horizon, le vent s’impose comme facteur premier dans l’approche de la minéralité de ce terroir de schiste gréseux, sables éoliens et roche volcanique. On a ici une matière plus généreuse, puissante qu’affine cependant une jolie amertume et la minéralité ferme du schiste et du volcanique.

Les chenins moelleux et liquoreux

Le Clos de la Bergerie 2017 – AOP Coteaux du Layon 

Une première trie assez tôt puis 3 autres tries pour une matière d’un remarquable équilibre sucre-acidité avec un toucher de bouche suave et rond à l’attaque, puis un développement de fraîcheur agrumes confits qui mènent vers une finale aérienne. Fermentation et élevage 100% cuve.

Le Clos de la Girardière 2016 – AOP Coteaux du Layon Rablay

Un sol de sable et graviers sur altération de schiste pour un vin de passerillage en première trie puis tries avec botrytis. Des arômes d’ananas confit, de pêche bien mûre mais surtout un bel équilibre malgré 120 g. de sucre résiduel. La bouche offre certes plus de rondeur que le précédent mais le tout garde de la fraîcheur et de la pureté. Et toujours un élevage en cuve inox.

Chaume 2015 – AOP Coteaux du Layon 1er Cru Chaume

On aborde ici les vins liquoreux avec une importante concentration de sucre (160g. pour 11° d’alcool) et d’acidité due à une majorité de botrytis à la vendange. Mais au cœur du vin on trouve une fraîcheur minérale de sol gréso-schisteux qui confère à la matière énergie et équilibre. Arômes d’abricots suaves, de gelée de coing, de chair de pêche veloutée.  Fermentation et élevage en fûts de 400 l. pendant 18 mois.

Quarts de Chaume 2015 – AOP Quarts de Chaume Grand Cru

Ce grand cru permet une installation optimale du botrytis grâce à la proximité du Layon, ce qui a débouché sur 180 g de sucre pour 11° d’alcool. A la complexité du nez, pâte de fruits, ananas confit, abricot répond une bouche ample, riche certes mais néanmoins remarquablement balancée. Le terroir de schistes houillers et grès s’impose de maîtresse façon à la richesse qu’il a lui-même générée. De plus un élevage en barriques de 400 l. a permis de recadrer et retendre le vin. Ceci est un liquoreux d’exception, complexe, racé et persistant.

Une tentative de différenciation par rapport aux vins de l’épisode 1 de la trilogie pour conclure cet épisode 2 ?  Dans l’ensemble, une impression d’une touche plus légère, plus aérienne ici par opposition à la vigueur des vins de T. Boudignon, parfois un rien austères dans la jeunesse. Mais dans les deux domaines, d’authentiques chenins de terroir, à recommander à tous les amateurs de pureté, de vitalité, de précision.
www.domainebergerie.fr
www.compagnonsdubienboire.be

Bernard Arnould

Anne-Guegniard

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