Alsace : ballade sur 3 Grands Crus

21/09/2018 - Au sommet de la hiérarchie des terroirs alsaciens trônent les 52 G.C. Tous, il est vrai, ne recèlent pas le même potentiel de haute expression. Il est donc intéressant d’y aller voir de plus près de temps en temps afin de mieux situer leur spécificité. Aujourd’hui, trois d’entre eux figurent à votre menu.

G.C. Pfingstberg

Ce Grand Cru représente 28,15 Ha sur 220 hectares du ban communal d’Orschwihr, commune située dans la partie sud du vignoble alsacien, à une vingtaine de kilomètres de Colmar. Le Pfingstberg bénéficie d’un microclimat idéal grâce à son exposition sud, sud-est à 300 mètres d’altitude et grâce aussi à la protection des pluies et des vents offerte par le Massif Vosgien avec en particulier le Grand Ballon d’Alsace situé à l’arrière des collines. Le vignoble repose sur une texture argilo-gréseuse. La forte pente des sols a parfois nécessité la construction de terrasses consolidées par des murs en pierre de grès. Actuellement par contre, la tendance est de planter les nouvelles vignes dans le sens de la pente. Le Riesling, qui occupe ici 50% de la surface plantée, y trouve sa place à merveille : d’une part, ce terroir relativement frais permet une maturation plus longue des baies et donc il génère finesse et verticalité. D’autre part ses sols sont draînants et ils bénéficient de l’apport de nombreuses sources provenant des forêts qui dominent le vignoble, de sorte le G.C. ne connaît ni excès ni déficit en eau : les raisins peuvent atteindre une parfaite maturité qui développe minéralité et complexité aromatique spécifique. Ce pour autant bien entendu que le vigneron ait l’ambition de respecter au mieux le potentiel du G.C.

Peu de domaines sont présents sur le Pfingstberg. Pour avoir dégusté quelques cuvées de six d’entre eux, j’ai pu faire deux constats : primo, l’ensemble des vins possède une trame verticale, secundo le rôle du producteur reste essentiel dans l’expression d’un terroir de sorte qu’on peut hiérarchiser à cet égard le niveau des domaines.  Deux domaines sont selon moi au sommet :
Domaine Valentin Zusslin : quel brillant G.C. Pfingstberg en riesling dans le chaud 2015 !
Domaine François Schmitt :  G.C. Pfingstberg cuvée Paradis 2016 élégance et complexité

G.C Zinnkoepflé

Superficie deux fois et demie plus vaste pour ce coteau aux pentes rudes et escarpées, orientées au sud et sud-est. Le Zinnkoepflé est une arête d’orientation nord-sud qui s’avance au milieu de la vallée, servant de séparation aux communes de Soultzmatt et de Westhalten. Son sommet sud atteint les 446 mètres tandis que son extrémité nord monte jusqu’à 468 mètres. Il domine la Vallée Noble, nommée Vallis Praenobilis (la vallée hautement noble) dans les textes anciens. Les parcelles se situent entre 300 et 420 m sur une surface plantée de 71 ha. Le vignoble bénéficie d’un microclimat original chaud et aride de par son exposition mais aussi grâce à sa situation privilégiée à l’abri des vents et des précipitations. On y trouve d’ailleurs une flore et une faune méditerranéenne et caspienne. Le nom de « Zinnkoepflé » provient de « Sonne Koepflé » ou « Sonne Arle », nom local donné à de petits fossiles circulaires marins.  Les sols sont calcaro-gréseux à dominante de calcaire coquillier en son sommet, essentiellement gréseux dans le bas et calcaro-gréso-marneux en sa ceinture médiane. Ce millefeuille géologique allié à une pluviométrie des plus réduites (270 mm durant la période végétative) due à la protection particulière du Petit et du Grand Ballon, engendre des vins puissants, épicés, pleins de feu, spécialement dans le cas du gewurztraminer. Par contre, certains inclinent à penser qu’il ne s’agit pas du terroir idéal pour le riesling, notamment si l’hypothèse du réchauffement climatique devait se confirmer.

Le nombre de vignerons possédant des parcelles sur le Zinnkoepflé est plus élevé que sur le Pfingstberg. Il est dès lors normal que les profils des vins connaissent plus de diversité, permettant moins de cerner un idéal pour l’expression de ce terroir. Aussi, afin de clarifier l’offre, le syndicat actuel du G.C. s’oriente-t-il vers une proposition de n’accepter que des vins soit secs soit moelleux, éliminant tous les styles intermédiaires. Parmi plus de 15 producteurs, la dégustation des cuvées présentées met en avant quelques noms : Domaine Léon BoeschDomaine Agathe Bursin –  Domaine MuréDomaine DiringerDomaine Jean-Marie Haag – – Domaine Paul KublerDomaine Rieflé Seppi LandmannDomaine Éric Rominger

G.C. Steinert

Moins connu peut-être que les deux précédents, ce G.C. orienté vers l’est, est le plus abrupt des vignobles de la commune de Pfaffenheim. Son sol, sec et filtrant, est très largement calcaire. Il forme un terroir homogène avec en aval une couche de terre et des éboulis pierreux de même nature calcaire, d’où l’origine du nom Steinert. Les données géologiques conditionnent fortement l’encépagement et le mode de culture de ce lieu-dit de 38,90 ha où il est nécessaire de faire appel à un porte-greffe à haute résistance au calcaire actif et à la sécheresse, donc très peu vigoureux. Compte tenu de ces facteurs, le gewürztraminer domine l’encépagement suivi du pinot gris, le riesling ne représentant que 6%.

La dégustation a mis en avant les deux ou trois domaines à mon sens les plus qualitatifs :
Domaine Pierre FrickDomaine Moltès Antoine et filsDomaine Rieflé Seppi Landmann

Bernard Arnould

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