A propos du Beaujolais Nouveau…

29/11/2019 - Il s’est vendu l’an dernier quelque 20 millions de bouteilles de Beaujolais Nouveau dans le Monde. En quelques jours.
Et pourtant, à lire certains journaux, qu’ils soient grand public ou spécialisés, on croirait qu’il y a 20 millions de masochistes qui se déchirent les boyaux avec de l’acide tartrique, du sucre de betterave et des levures industrielles, qui se niquent les papilles avec de l’arôme plus ou moins chimique de banane ou de fraise tagada.

Faut-il avoir l’esprit snob pour ainsi déblatérer sur un produit qui fait plaisir à tant de gens !

Faut-il être blasé, pour écraser ainsi de son mépris toute une région, en bloc. Et toute une catégorie de viticulteurs qui ne sont pas pires que leurs collègues des autres régions, et en plus, pratiquent des prix démocratiques…

Faut-il avoir envie de ramener sa science, pour accabler des vins qu’on n’a même pas encore bus, pour dire d’avance qu’on ne va pas aimer, et pire, qu’on ne doit pas aimer…

l y a eu des fraudeurs en Beaujolais, personne ne le nie (ils n’avaient pas le monopole des fraudes, d’ailleurs). Des gens qui chaptalisaient à outrance, des gens qui levuraient aux levures censées « révéler le potentiel aromatique », des gens qui truquaient les vins. Et il y a eu de mauvais vins.

Mais c’était il y a 15-20 ans. Du temps du Mexicain, ou presque, pour parler comme Audiard. Tout ça, on l’a écrit. Je l’ai écrit. Mais j’ai continué à déguster. Et je me suis rendu compte que le Beaujolais Nouveau redevenait peu à peu fréquentable. J’ai participé l’an dernier au Trophée des Beaujolais Nouveaux, avec les Œnologues de France, et j’ai ouvert les yeux, la gorge, les papilles: c’était vraiment bon, dites!

D’aucuns, malheureusement, en sont restés aux mauvaises années, celles où tout se vendait trop facilement. Des mauvaises années, où malgré tout, on trouvait encore de bons vins. Parce que partout, de Reims à Collioure et de Jerez à Montalcino, en passant par la Chapelle-de-Guinchay, il y a toujours eu du bon et du moins bon, il y a toujours eu de bons vignerons et de moins bons; même que c’est le problème de l’AOC, que de regrouper des gens aiment le vin et d’autres qui en fourguent, des gens qui ne voudraient même pas manger un bout de saucisson ensemble.

Alors, j’en ai ma claque de lire des commentaires convenus sur le Beaujolais Nouveau. Voilà maintenant qu’on dit qu’il empêcherait les crus de se faire connaître. Quelle foutaise! Une région, ça se construit sur une base. Et cette base, c’est son AOC la plus large et la plus communément vendue. A Villefranche, à Bordeaux, à Beaune, à Colmar, partout. Vouloir séparer cette base et le haut de la pyramide, c’est un mauvais calcul. D’autant que tout n’est pas bon dans les crus, loin de là.

Le Beaujolais doit croire en son Nouveau, le chouchouter, le vanter, parce que c’est sa carte de visite. Miser sur les nouvelles générations aussi, qui se moquent bien des années 90. Croyez-vous que nos confrères autrichiens en sont encore à disserter sur le scandale du vin au glycol ?

Et puis surtout, j’en ai marre de voir se creuser le fossé entre la masse des buveurs honnêtes et de prétendus experts, qui ne sont parfois que des perroquets allant répétant les poncifs vieux de plusieurs générations.

Même si cela doit me valoir quelques inimitiés,  à l’occasion du jour du Beaujolais Nouveau, j’avais envie de le dire. Et je lève mon verre de la cuvée «Bistrot» – la bien nommé – de la Cave de Bel Air, à la santé des pisse-vinaigres.

La jolie structure et le côté guilleret de ce gamay m’ont donné plus de joie que ne me donneront jamais la lecture d’un communiqué sur le montant de la vente des Hospices de Beaune, ou des notes grandiloquentes des Primeurs de Bordeaux.

Au passage, j’adresse mes amitiés à tous ceux qui aiment AUSSI boire simple et fruité, sans se prendre la tête. Parce que c’est AUSSI ça, le vin, non?

Hervé Lalau

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Vineyard and the town of Saint Julien in region Beaujolais, France

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